LE ROI TRAVAILLE A L’APAISEMENT DES PARTIS
« Majesté, maîtres des requestes ordinaires de son hôtel et surin- « tendants de la justice auxditz pays et province, et par M. de « Miram, aussi conseiller du Roi et maître ordinaire de ses comptes, « ayant charge sur le fait des finances » !.
Tout se passa selon les prescriptions de Vieilleville, et l’assemblée proposa divers articles dont s’inspirèrent les commissaires dans la rédaction du règlement qu’ils publièrent le 16. Cerèglement défend d'attaquer et d’injurier les réformés, de les rechercher en leurs consciences et d'empêcher que chacun en son privé puisse faire ses prières et élever ses enfants; — de les exclure des conseils, charges et fonctions publiques, — de fouler personne d'impôts pour raison de religion ; — défend aux réformés de s’assembler par troupes de plus de dix pour se rendre aux lieux où le culte est autorisé, et d’ÿ porter d’autres armes que leurs épées et dagues, — de faire entre eux des associations et des contributions de deniers, — d’user publiquement de la viande les jours défendus ; — aux ministres de résider ailleurs qu’aux lieux où l’édit autorise l'exercice de leur religion ; — ordonne qu’un cimetière spécial sera réservé aux inhumations ; — interdit le mariage des prêtres et des religieux, — à tous le port des armes à feu; — prescrit l'expulsion immédiate hors des villes des vagabonds sans aveu et sans moyens de gagner leur vie, etc.?.
Le roi désira en même temps rapprocher de lui les ducs de Guise, d'Aumale et de Mayenne’, et leur fit « proposer divers points rela- « tifs à un apaisement avec l'amiral #, pour oster toutes occasions
1 Hérelle, La Réforme et la Ligue, Lettres, p. 62-69. Les mémoires de Vieilleville ne disent rien de sa mission en Champagne.
2 Hérelle, ibid., p. 69-70..11 ne semble pas que les huguenots aient tenu grand compte de ces prescriptions, car « ay esté adverty, écrit Adolphe de Lyons, le 13 avril, aux gens du conseil de Châlons, qu'ilz font des assemblées à l’entour de vostre ville en plusieurs endroits et portent tous des armes à feu, qui est chose à eulx deffendue » (1d., ibid, et p. 72). Assurément, écrit-il au capitaine de la ville Le 9 février 1572, « ce n’est point pour deffiler des perles ». Aussi tenez-vous «sur vos gardes ».
3 Réunis à Joinville, ils célébraient (20 août) l'heureuse naissance d’un fils aîné du duc Charles, prince de Joinville.
4 11 s'était décidé à venir à la cour le 18 septembre 1571, et il y avait reçu un cordial accueil.
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« qui pourraient apporter troubles au royaume ; il aurait bien « toujours agréable qu'ils le vinssent trouver, pourvu que ce fût « avec leur train accoustumé » etnon « grandement accompagnez ». Ce fut pour Henri de Guise l’occasion de se rendre à Troyes, où il fit une entrée solennelle le 25 novembre 1571°, suivi, à une heure d'intervalle, de la duchesse sa femme, qui était en litière couverte de velours vert, et accompagnée d’un grand nombre de « demoi- « selles, les unes à cheval et les autres en coche 3». La ville devait offrir au duc « une nave d'argent bien dorée et diaprée », du poids de 24 à 25 marcs ; mais comme cet objet d'art ne put être achevé pour la circonstance, elle décida qu’en attendant on lui remettrait « le portrait de ladite nave ». De Troyes, Henri de Guise vint à Paris avec ses frères ; mais ils ne parurent pas à Blois, où était la cour.
L'esprit conciliant du roi, le zèle qu'il montrait pour le mariage de Marguerite, sa sœur, avec Henri de Navarre, la déférence qu'il marquait à Coligny, le présent qu’il lui fit comme cadeau de noce et à titre d’indemnité du sac de Châtillon-sur-Loing, pillé pendant la guerre, tout promettait à la France des jours meilleurs. Les villes de la généralité de Champagne se fussent particulièrement estimées heureuses si une subvention générale, destinée à solder les gens de guerre, n’était venue imposer aux villes de Troyes, Reims, Châlons, Laon, Guise, Langres, Chaumont et Bar-sur-Aube une somme de 52,800 livres pour l'entretien de six compagnies de gens de pied pendant quatre mois. Les malheureuses villes adressèrent au roi, non sans lui faire remarquer que « le clergé, qui tient et pos- « sède la pluspart des héritages d'’icelles et plat pays », était exempt de cette charge, de respectueuses remontrances où elles exposaient les souffrances et les misères inouïes des populations : les violences et les pilleries abominables des gens de guerre, la ruine du commerce, la désertion des campagnes par les laboureurs,
1 R.de Bouillé, Hist. des ducs de Guise, t. ll, p. 488.
? Il en avait fait une à Châlons le 8 juillet précédent, à l’occasion de laquelle Nicolas de Lassus, peintre, reçut 30 1. t. « pour 23 jours qu'il a vacqué, luy et son serviteur, à faire les pourtraictz et painctures qu'il a convenu faire à ladicte entrée, qui est à raison de 95 s. par journée dudict Lassus, et 25 s. pour les 23 jours de son serviteur (Arch. dép., AA 43).
5 Boutiot, t. IV, p. 44.