LE CARDINAL POURSUIT A REIMS SES RÉFORMES
la réduction à dix, quinze ou vingt feux de villages qui en comptaient deux, trois, quatre et cinq cents, la solitude désolée même de plus d’une localité '. Leurs plaintes demeurèrent sans résultat : il fallut payer.
Cependant le changement de politique qui avait empêché les Guise de se rendre à la cour, où dominaient leurs adversaires, avait également déterminé la retraite du cardinal de Lorraine. Rentré à Reims, il y avait repris le cours de ses bienfaits et de ses salutaires réformes. Réparer les pertes du trésor de la cathédrale, que les nécessités de l'Etat avaient appauvri, et par un testament qui témoigne à la fois de sa piété, de sa générosité et du mépris qu'il faisait des vanités du monde, assurer après sa mort le repos de son âme, fut un de ses premiers soins. Le 10 janvier 1572, il arrête, en faveur des pères Minimes de Bracancourt, dont les huguenots avaient incendié le monastère en 4569, l'établissement à Reims d’un couvent ?, dont les religieux devaient porter dans les villes et les villages du diocèse une parole souvent éloquente. Au mois d'avril suivant, il assemble un synode pour enjoindre aux curés, avec la pratique des constitutions arrêtées, l’instruetion des candidats aux saints ordres, et pour ordonner d’instituer dans les bourgs et villages qui en pourront ou voudront supporter les frais, des maitres d'école chargés d’enseigner à la jeunesse les éléments de la foi et des lettres, et à l'entretien desquels ilsera pourvu sur les revenus de l’église ou autrement.
On ne se bornait pas d’ailleurs à recommander, pour l'instruction religieuse de la jeunesse et des fidèles, l'usage des petits livres du P. Edmond Auger, alors très répandus; mais on allait jusqu’à prescrire de disposer derrière le maître-autel, ou en tout autre endroit propice, un pupitre où serait placé et retenu, au moyen d’une chainette, un exemplaire des livres saints, afin que chacun püt les
4 CI. Hatton, t. Il, p. 1440. Ces plaintes qui remplissent près de à pages in-4°, présentent un tableau aussi digne qu’il est triste de l’état de la Champagne en 1574, et non en 1575, comme le dit M. Bourquelot. La date donnée par M. Boutiot (t. IV, p. 17), est confirmée par les documents qu’il emprunte aux archives municipales de Troyes.
? À peine y étaient-ils installés que leur maison fut en partie ruinée par un incendie, 15 septembre 4580 ; relevée en 1583, ce ne fut qu'en 1630 que la dédicace en fut célébrée par Henri Clause, évêque de Châlons.
y lire ou les consulter commodément!. Ce fut aussi en 1572 que Charles de Lorraine dota l’Hôtel-Dieu des règlements qui en fixèrent l'administration.
Non moins soucieux des intérêts matériels que de ceux de la religion et des pauvres, après avoir déjà fait construire la halle de Saint-Remy, il songeait à en élever une autre entre les deux marchés ; il en avait dressé les plans et fait couper dans la forêt de Joinville les bois nécessaires à la construction, quand le décès du pape Pie V, survenu le30 avril, l’obligea d’aller à Rome pour prendre part à l’élection de son successeur ?.
C'est pendant son séjour en cette ville, pour laquelle il était parti (mai) en compagnie de Pelvé, l’une deses créatures, et où il demeura neuf mois, qu'il reçut (6 septembre) la nouvelle de l’horrible massacre de la Saint-Barthélemy (24 août). En ravivant et excitant contre Coligny la vengeance d'Henri de Guise, Catherine avait pensé sauver au prix du sang de l’amiral son influence minée par l'empire croissant qu'il prenait sur le roi. Trompée dans son attente par l’événement, et effrayée de l'explosion des menaces que provoqua chez les protestants la blessure de Coligny, elle avait si bien fait passer dans l’esprit du roi et de son conseil les alarmes dont elle était saisie, que, pour étoufferla conspiration dont elle sut leur persuader que les calvinistes ourdissaient les fils et préparaient le succès par des levées d'hommes tant en France qu’en Allemagne et en Suisse, on avait résolu de « tuer tous les chefs # » du parti. Les passions populaires, une fois débridées, avaient fait le reste, « au grand
4 Marlot, t. IV, p. 714, Constitut. synod. d'avril 1572, 5° et 6° canon.
2 Grégoire XIII, élu le 13 mai.
3 C’estce que fait suffisamment entendre le nonce du pape dans sa dépêche du 22 septembre, quand il dit que, « si l'amiral était mort immé- « diatement, nulle autre personne n'aurait péri ». (Theïiner, Contin. des Annales ecclés., t. 1°). La reine n’avait d’abord d'autre dessein que d’écarter un chef de parti aussi entreprenant qu’insinuant, qui avait acquis sur l’esprit du jeune roi une autorité « qui lui donnait presque le « gouvernement du royaume » (Dépêche du 24 août, ibid.). Cf. les Mémoires de Tavannes, dans la coll. Michaud, p. 388. Tavannes prit une part active au conseil du 23 août, où fut résolue l'exécution des principaux chefs de la conspiration.
4 Tavannes, ibid.