LA SAINT-BARTHÉLEMY
« regret des conseillers!» et du roi; mais celui-ci était sauvé, croyait-on, et lareïine-mère avait réussi à séparer la royauté du parti protestant.
Cette pensée du salut de Charles IX, obtenu par l’extermination des rebelles, explique les marques publiques de joie que donna la cour pontificale à la nouvelle de la Saint-Barthélemy : ce que Rome et le cardinal célébrèrent, ce n’était pas l'assassinat des hérétiques, mais la répression d’un complot tramé par eux contre la vie du roi très chrétien ; c'était la délivrance du royaume, la fin des guerres civiles ?. C’est, du reste, sous ces couleurs que Charles IX lui-même présenta l'affaire au Parlement, et qu’il l’'annonça à toutes les cours de la chrétienté 5. Il ne faut donc pas s’étonner qu’en France, qu’à Troyes, par exemple (31 août), à Provins (7 septembre), on ait rendu grâces à Dieu « de la victoire qu'il luiavait plu de donner au « roi sur les ennemis de l'Eglise catholique » devenus les siens #.
Mais le roi n’a pas entendu pour cela rompre l'édit de pacification, « lequel je veux au contraire, écrit-il le 24 août au gouverneur de Bourgogne, être entretenu autant que jamais, ainsi que je fais savoir par tous les endroits de mon royaume. Et d'autant, ajoute- « t-il, qu'il est grandement à craindre qu’une telle exécution ne sou- « lève mes subjects les uns aultres, et ne se facent grands massacres par les villes demon royaume, de quoy j’aurois merveilleux « regret, je vous prie de faire publier et entendre par tousles lieux et endroits de vostre gouvernement, que chacun ait à demeurer en repos et sécurité en sa maison, ne prendre les armes et offenser « l’un l’aultre sur la peine de la vie 5 ».
1 Tavannes, ibid., « n'ayant résolu que la mort des chefs et factieux ».
2 Lettre du cardinal à son ami Nicolas Psaume, évêque de Verdun. V. sur cette question d’un si grave intérêt, la Revue dés Questions historiques, 1866, 17° et 2° liv., et 1880, 52° et 53 liv.— La Saint-Barthélemy, par l'abbé Lefortier. — Guillemin, p. 436 et suiv. — Poirson, Précis de V'Hist. de France, 2 partie, p. 185. — Et tous les chroniqueurs cités dans ces divers ouvrages.
3 Sur la conspiration elle-même, voyez ce qu’en écrivait de Gomicourt au duc d’Albe, dont il était l’agent à la cour de France (Gachard, ap. Lefortier, la Saint-Barthélemy, p. 260).
4 Boutiot, t. IV, p. 32. — CI. Hatton, t. II, p. 688.
5 « Lettres du roy au gouverneur de Bourgogne » (Ap. Gabourd, Hist. de France, t. X, p. 503).
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Les craintes de Charles IX n'étaient pas superflues, car, dans son premier effroi, il avait, le 93 au soir, dépéché, non point, il est vrai, à tous les gouverneurs de provinces, mais, « aux gouverneurs des villes « remarquées, où il y avait nombre de gens de la religion ! », des instructions verbales ?, ayant pour but de prévenir toute insurrection de la part des calvinistes, et enjoignant de sévir contre les chefs et factieux3. De semblables instructions furent-elles envoyées à Meaux? Assurément on pouvait avoir appris, le jour même, par la rumeur publique, les massacres de Paris, dans cette ville qui n’est qu’à dix lieues de la capitale, et l’effervescence des passions populaires suffirait à expliquer les meurtres qui l’ensanglantèrent la première (25 août). Mais, outre que le martyrologe protestant de Crespin, qui parle desordres secrets envoyés à Orléans, Rouen, Lyon, etc., ne dit pas un mot de Meaux, il parait certain que ce fut tout au moins un zèle outré qui porta maître Louis Cosset, procureur du roi au bailliage, dès le soir même où il eut connaissance des événements de la nuit précédente, à faire jeter en prison tous les huguenots qu'il put arrêter, et à les livrer le lendemain aux poignards d’une horde d’assassins 4. Là, en effet, dit Claude Hatton 5, .« fut le carnage des huguenots tant par terre qu’en la « rivière fort gros, et fut à cette sédition le marché de Meaux fort « dépeuplé de huguenots et leurs maisons ruynées, ensemble les « biens qui y estoient entièrement pillez » ; les catholiques purent alors rentrer dans « les églises de messieurs Sainctz-Martin et « Sainctin », qui leur étaient fermées depuis dix ans.
1 Mèm. de l’'Estat de France, t. Le.
? L'esprit de ces instructions est assez clairement révélé par la lettre du duc de Guise à M. de Rancé.
5 Mém. de Tavannes, ibid., p. 388. — Le baron de Gordes, gouverneur du Dauphiné, ayant reçu un ordre écrit qui révoquait tous les ordres verbaux, répondit au roi, le 5 septembre, qu’il ne lui avait été communiqué aucun ordre verbal : « Ne vous en mettez aucunement en peine, dit « Charles IX, car ils s’adressaient seulement à quelques-uns qui s’étoient « trouvés prés demoy » (Mèm. de V'Estat de France, t. [*\.
4 Mëm. manuscrits de Pierre Janvier, de Jean Lenfant et de J.-A. Thuanus (de Thou); Essai hist. de Navarre ; Hist. de Meaux, par Carro.
5 T. Il, p. 688.