MASSACRES A MEAUX ET A TROYES
Au reste, dès le 28, le roi publiait une déclaration solennelle ! par laquelle, rappelant, conformément à celle qu'il avait faite au Parlement le 26, que ce qui était advenu n’avait eu d’autre but que d’ « obvier et prévenir l'exécution d’une malheureuse et détestable « conspiration » ourdie par l'amiral et ses adhérents, et non de « contrevenir à ses édietz de pacification », il entendait que tous ceux de la religion pussent vivre et demeurer chez eux en toute sûreté et liberté avec leurs « femmes, enfants et famille, sur peine « de la vie contre les délinquants et coulpables® ». En conséquence de cette déclaration, que devaient confirmer d’autres déclarations particulières du 30 aux villes de Bourges et de la Rochelle, le due de Guise écrivit, le 31 août, à M. de Rancé, « chevalier de l'Ordre « du roy et colonel des légionnaires françois au pays de Cham- « paigne », pour révoquer les ordres qu'il avait dû donner « fres- « chement après la mort de l’amiral », à l’cffet de tascher à rompre « ceux qui tenaient la campagne etoppressaient le pauvre peuple * ».
Déjà un ancien maire de Troyes, Pierre Belin, que le soin de divers intérêts avait amené à Paris auprès du due, et qui avait été témoin des événements, avait écrit, le 27, à Pierre Nevelet, son successeur, une lettre où il l’avertissait que les massacres dont il lui avait donné connaissance continuaïent encor à Paris, « avec « une délibération de Sa Majesté de faire fyn à exterminer les reli- « gieux#»; et il ajoutait immédiatement : « Je crois que avez « receu lettres pour y satisfaire et encore confirmation du roi... « Mgr de Guise m’a dit cejourd’hui que vous teniez la main à la « guarde des portes, et faire faire bon guet, comme l’on faict en « ceste ville (Paris)5 ».
4 CI. Hatton (t. Il, p. 683) en donne le texte.
2 V. Isambert, Recueil des Lois, etc., t. XIV, p. 257.
2 Cf. l'Hist. des ducs de Guise, t. Il, p. 522. Le jour même où il écrivait à de Rancé, parvenait au maire de Troyes une lettre du duc, écrite dès le 27, par laquelle le gouverneur ordonnait qu'on eût l'œil ouvert sur les huguenots et qu’on fit bonne garde, jour et nuit, afin qu'en ville « il n’arrive aucun inconvénient ». Toujours la crainte d’un soulèvement.
4 C'est-à-dire les religionnaires.
5 M. Boutiot, qui donne le texte de cette lettre, t. IV, p. 29, substitue le mot par au mot avec, ce qui signifierait que les massacres se pour-
Pierre Belin n’ignorait donc pas les instructions pacifiques formellement exprimées par le roi, et dont le due avait dû lui donner connaissance. On veut même qu'à son départ de Paris il ait été porteur de la déclaration royale du 28 août, et qu’il l'ait remise au bailli à son arrivée à Troyes, c’est-à-dire dans l'après-midi du 3 septembre, non toutefois sans lui avoirdit, de la part du duc, Le mot à l'oreille, pour le déterminer à procéder, avant la publication de ce mandement, à l'exécution des huguenots prisonniers!. Mais ces allégations, outre qu’elles semblent en contradiction avec le texte de la lettre que Belin écrivait au maire le 27?, sont en opposition formelle avec le caractère du due, les instructions qui nous restent de lui et la conduite qu’il tint dans les fatales journées. Car les princes lorrains, dit Brantôme, « comme si leur cholère fust « apaisée par la mort de l’amiral, gardèrent à beaucoup la vie, « même en leur maison de Guise, où le seigneur d’Acier et quelques « autres huguenots se récréèrent tellement qu'à leur retour le roy « leur en fit mauvais visage, croyant que ceux qui estaient réchap- « pés n’estaient sauvés que par leur faute * ».
suivaient par l’effet de la délibération du roi d'y mettre fin — chose absurde — tandis que le mot avec indique qu’ils continuaient malgré cette délibération.
1 M. Boutiot, qui semble reproduire in eætenso la déclaration royale du 28 août (p. 34 et 35, note),:n’en donne véritablement qu’une partie, et supprime toutes les dispositions qui témoignent de la ferme volonté du roi de protéger les huguenots. S'il n’avait trouvé dans les archives municipales que ce qu’il a publié, tout au moins devait-il avertir ses lecteurs que la copie de l’acte était incomplète (V., entre autres, dans Hatton, t. IL, p. 683 à 685, le texte entier de la délibération).
? Egaré sans doute par l'erreur qu’il a commise en substituant le mot par au mot avec, M. Boutiot a interprété faussement, ce nous semble, ce passage de la lettre : « Je crois que avez receu lettres pour y satisfaire », quand il a fait suivre ces mots de l'explication suivante : à l’extermination des réformés. [l paraît évident que le pronom y se rapporte à la délibération de Sa Majesté. Belin, qui avait réservé, dit-on, pour le mot à l'oreille, les instructions du duc de Guise, n'aurait pas été d’ailleurs assez impru-
dent pour exciter Nevelet au meurtre des huguenots dans une lettre qui pouvait être rendue publique.
$ Brantôme, t. Ill, p. 46. — Cf. le Réveil-matin des François, dans les Archives curieuses, t. NI, p. 188, 189. — Le Tocsain contre les massa-