LE RESTE DE LA CHAMPAGNE PRÉSERVÉ D’EXCÉS
Quoi que l’on puisse penser des dispositions de Belin, il est malheureusement trop certain que, le 4 septembre, à l’instigation du baïlli, une bande d’assassins, pénétrant dans les prisons de la ville, y mit à mort, selon le témoignage du martyrologe protestant, trente-sept partisans de la réforme’. Le lendemain, 5, Anne de Vaudrey faisait publier, à son de trompe, les déclarations royales que nous connaissons, et l’ordre rétabli cessa d’être troublé. Comme Louis Cosset à Meaux, le baïlli s'était sans doute laissé emporter par un zèle furieux, qui lui avait fait considérer comme œuvre pie et favorable à la paix publique l’immolation des huguenots.
Au reste, la Saint-Barthélemy, grâce à l'esprit des populations et à la modération du duc de Guise, n'éprouva pas d’autres villes, dans la Champagne, que celles de Troyes et de Meaux. Elle ne fit à Reims que deux victimes, « Messieurs de Lavannes et Nouvion ». A Provins, on alla même jusqu’à favoriser la fuite des huguenots, lesquels « prindrent le chemin, les aulcuns de Sedan, aultres ès « Allemagnes et les aultres à Genefve;.. et pour empescher qu’on « leur fist mal sur les chemins en s’enfuyant, avaient les hommes « de grandes croix blanches ou d’aultre couleur sur leurs chap- « peaux et habitz, et les damoyselles et femmes huguenottes des « patenostres en leurs mains ou à leur cincture ; etne voyait-on « plus personne par la France, tant ès villes, villages que par les « chemins, qu'ils n’eussent des croix sur leurs chappeaux et habitz, « quelque huguenots qu'ils fussent ou qu'ilz eussent esté, pour « saulver leur vie? ».
Mais le roi est impatient de ramener, avec la confiance, le calme
creurs, ibid., t. VII, page 75. — Il convient d’ailleurs de ne pas oublier la part que le cardinal de Lorraine prit à l'alliance du roi de Béarn avec Marguerite, en obtenant du nouveau pape la dispense nécessaire à la célébration du mariage. Le cardinal se plaisait à y fonder des espérances pour le bien de l'Eglise, tout comme il avait pensé gagner à la religion catholique le prince de Condé, en lui offrant la main de sa sœur Marie Stuart.
1 On en avait arrêté trente-deux dans la journée du 36 août, pour assurer la sécurité de la ville, surtout après un meurtre commis, le 27, sur un protestant qui tentait de s’échapper contre la défense du conseil (Boutiot, p. 36). :
2 CI. Hatton, p. 689.
SAR SE halte
dans les esprits. Le 18 septembre, il écrit à ses gouverneurs, notamment à celui de Champagne, pour leur recommander de veiller à ce que ses nobles de la religion réformée ne soient dans leurs personnes ou dans leurs biens l’objet d’aucun attentat. La meilleure nouvelle qu’il pourrait recevoir serait que les contrevenants à sa royale volonté ont été sévèrement châtiés!.
Le 28 septembre, il leur prescrit de visiter les villes de leur province, de rétablir une bonne police dans tous les lieux soumis à leur autorité, et de ne rien épargner pour calmer les esprits et donner satisfaction à tous les gens de bien?. Il invite particulièrement, le 3 novembre, le duc de Guise à se rendre dans son gouvernement, pour y remplir cette mission et lui transmettre un état de la noblesse de Champagne avec ses observations sur les « mœurs, « conditions et manière de vivre » de chaque gentilhomme. Il devra « faire venir devers luy les gentilshommes de la nouvelle oppinion « pour leur dire le vouloir et intention royale de les protéger, pour « les engager à la fidélité et obéisssance et pour les admonester « amyablement de ne persévérer plus longuement en l'erreur ». A cet effet, il ne négligera aucun des arguments détaillés dans ses instructions, et s’efforcera par ce moyen de « persuader à la no- « blesse et autres personnes qualifiées de ladite nouvelle oppinion « de retourner d’eux-mesmes et franchement à la religion catho- « lique ».
Le duc commence aussitôt sa tournée, et visite d’abord la villede Meaux. Il vient à Reims, où il se plaît à constater la modération des habitants * ; de là il se rend à Châlons, Vitry, Joinville, puis à Troyes, où il se trouve le 2 décembre; de Troyes il va à Sens, où il fait arrêter quelques mécontents catholiquesqui troublaientla ville ; de Sens à Montereau, de Montereau à Provins, où il est, du 12 au 415 décembre, « avec gros train ; caril lui en estoit besoin, d’aultant que « les huguenots et parents de l’admiral disoient et maintenoient que « ledit admiral avoit esté massacré par son moyen, et que par son
1 Estat de la France sous Charles IX. t. 1°", p. &5 r°. Lettre du roi au duc de Guise, son lieutenant général en Champagne et Brie.
? Id., ibid., p.577.
5 C1. Hatton, p. 699, et Mss. Dupuy, p. 584, pièce 4re.
4 Henri, la Réforme et la Ligue en Champagne, p. 40, note 2.