INVASION D’ALLEMANDS DANS LE BASSIGNY
« commandement le coup de harquebuse donné audit amiral avant « la sédition bartholonienne avoit esté fait ‘ ». L'accueil qu’il reçut des Provinois fut, du reste, aussi cordial et brillant que possible ; les marchands et artisans avaient fermé leur boutique comme un jour de fête, et tous les arquebusiers lui firent escorte. Le due avait fait assigner « les gentilshommes catholiques et protestants « du bailliage » à comparaître devant lui ; admis auprès de sa personne, ils ne se retirèrent pas sans admirer « sa sagesse et sa raison « précoces ». Aussi bien fit-il partout si bonne justice, voire même « des pillaiges et saccagements faicts sur ceulx de la nouvelle oppi- « nion », que chacun eut lieu d’être content. Toutefois il faut bien reconnaître que les gentilshommes protestants ne se rendirent qu’en très petit nombre à l’assignation du duc: sept ou huit à Meaux, autant à peu près à Reims, deux à Troyes, six à Sens, sept à Provins, et ainsi de suite. Le prince attendit vainement pendant deux jours en sa résidence de Joinville ceux des environs de Langres, de Chaumont et de Bar-sur-Aube. Il n’en comparut que trois ; les autres s'étaient éloignés par crainte de la colère du roi. Le 15 décembre, un mémoire rédigé et contresigné par Leseure, secrétaire du duc, faisait connaitre à Charles IX le succes du voyage?. Après quoi, le duc fut envoyé au siège de la Rochelle ë, dont les habitants, en représaille de la Saint-Barthélemy, avaient secoué le joug de l'autorité royale pour se constituer en république £.
Henri n’avait pas négligé pendant sa tournée de s'assurer de l’état des forteresses de son gouvernement, et il avait trouvé que, « s’il « ne plaisait à S. M. ordonner quelque bonne somme de deniers « pour y employer l’année prochaine, elles s’en iraient toutes en « bresches »Ÿ. L'avis était sage, et la précaution ne devait pas être
1 CI. Hatton, ibid.
? Mss. V. C. de Colbert, v. 7, {os 461 à 469.
3 CI. Hatton, p. 503.
* La quatrième guerre civile, à laquelle se rattache ce siège, n’affecta que le midi. Parmi les victimes qu’elle fit, il convient de mentionner le duc d'Aumale, tuéle 3 mars 1573, dans un combat très vif qui eut lieu vers 4 heures du soir, d’un coup de fauconneau tiré des remparts de la Rochelle. Ce prince eut pour successeur Mayenne, son neveu, dans le gouvernement de la Bourgogne.
5 {1 presse particulièrement à Châlons la continuation du boulevard
superflue, car, tandis que la Champagne goûtait un calme profond, des bandes de huguenots allemands, y pénétrant par les Ardennes, vinrent, à l’aide d’intelligences qu'ils avaient dans le Bassigny, surprendre le château de Choiïseul (fin d'avril 1573), où elles se fortifièrent. Leur projet était de s'emparer de Saint-Dizier ; mais le cardinal de Lorraine sut les en détourner par les mesures qu’il prit, et diriger ensuite contre Choiseul « une petite armée « bien gentille et volontaire », que lui fournirent les villes de Chaumont et de Langres. « Le château était fort, tant de la « nature du lieu que d'artifice d'hommes, planté sur le sommet « d’une montagne très haute, toute ronde, quasi inaccessible, et « en laquelle malaisément se pouvait-on aider de l'artillerie ». Réunie ie 4 mai à Rolampont, l’armée l'investit aussitôt et il ne tarda pas à succomber. Tous les hommes qu’on y trouva, au nombre de plus de 80, furent pendus, et on démantela la vieille forteresse !.
Dans ce temps-là même, la diète de Varsovie élisait le duc d'Anjou roi de Pologne (3 mai). Ce prince, qui poursuivait alors dans le midi la soumission des villes révoltées, en recevant la nouvelle de son élection, se hâta d’entrer en accommodement avec les religionnaires, malgré l’opposition du cardinal de Lorraine, qui représentait au conseil l'honneur de la France comme intéressé à la prise de la Rochelle?, et au mois de juillet, un nouvel édit de pacification, qui constituait le calvinisme dans une indépendance à peu près
d’Aumale ; il y consacrera 6,000 écus sur les 20,000 que le roi destine à la Champagne, pour la présente année (9 avril, Arch. municipales, AA 5). Le 3 septembre suivant, il insiste et veut que le boulevard soit achevé dans l’année (Id., ibid.).
1 V.le Tumulte de Bassigny,... ensemble la reprise du chasteau de Choiseul par l’armée du roy, en ce mois de mai mil cinq cent soixante et treize ( Trésor des pièces rares et curieuses de la Champagne et de la Brie, publié par J. Carnandet, t. 1er).
? Cest alors, et dans l’octave de la Fête-Dieu, qu’interprète des vœux du clergé auprès du roi, le cardinal offrit, de sa part, dans une longue harangue, que Marlot nous a conservée (p. 423), « de racheter pour « 4,100,000 livres de rentes aliénées sur la maison de ville de Paris, au « profit de la couronne », et « supplia Sa Majesté d’agréer que le clergé « fit présent à Monsieur son frère de la somme de 800,000 livres pour les
« frais de son voyage en Pologne ».