‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 118 sur 327 · LE DUC D’ANJOU ÉLU ROI DE POLOGNE · texte numérisé non relu

LE DUC D’ANJOU ÉLU ROI DE POLOGNE

complète, vint suspendre les hostilités. Le nouveau roi fut, dès

lors, tout entier à ses nouveaux sujets, dont l'élite ne cessait d’accourir pour le saluer. Ils se trouvèrent en France, tant à Paris que dans les environs, jusques au nombre de 2,000 avec autant de chevaux. Ils venaient par les « Allemagnes et la Lorraine, et des- « cendaient à Châlons, et de Châlons suyvaient la rivière de Marne, « passant par Chasteau Thierry, Meaux et Lagny ». [l en demeura quelques-uns en garnison dans ces deux dernières villes, jusqu’à l’époque du départ de leur roi. « Ils estaient tous beaux hommes, « grands et puissans et parlant latin, jusques à leurs palefreniers » ; mais c'était merveille de voir ce que dépensaient ces hôtes en vin et viande. « On s’ebbayssait comment ils ne crevaient de tant boire. « S'ils eussent demeuré encore demy-an en France, ils eussent beu « tout le vin de ce pays !». Ils quittèrentenfin Parisle 28septembre, faisant escorte à Henri, que Charles IX, les reines et toute la cour conduisirent lentement vers les marches d'Allemagne, non sans imposer de nouvelles charges à la province de Champagne, après les dons, les emprunts qu’elle avait eu à supporter pour couvrir à la fois les frais de l’avénement et de la guerre. On était arrivé à Vitry-le-François au commencement d'octobre, quand la petite vérole força Charles de s’y arrêter avec la cour. Catherine, une fois rassurée, reprit son voyage, le 12 novembre, avec Henri*?, s’acheminant par Saint-Dizier vers Joinville, où les attendait le cardinal de Lorraine avec le duc de Guise, et où la vertueuse Antoinette de Bourbon leur fit un digne accueil. De là, après s'être recommandé aux prières de cette princesse, le roi de Pologne continua sa route vers Nancy, toujours accompagné de sa mère. Quand on fut arrivé

à Blamont, sur la frontière de Lorraine, Catherine, se décidant enfin,

1 CI. Hatton, p. 734.

? Le roi continua de séjourner à Vitry jusqu'au delà du 49 novembre. Le jour même du départ de son frère, il écrivait aux Troyens pour les en informer, ainsi que de son rétablissement et de l’espoir qu'il avait de partir bientôt de ce lieu, et pour les prier d’avoir « toujours l’œil si soigneuse- « ment ouvert, que toutes choses puissent continuer en repos et tranquil- « lité » en sa ville de Troyes (Arch. de la ville). — Même lettre du roi, le même jour, aux habitants de Châlons (Hérelle, La Réforme et la Ligue, Lettres, p. T5). I était dans cette ville le 22 novembre (Arch. dép. transfé-

rées aux Archives de Reims, série G 191).

le 4 décembre, à se séparer de ce fils, le seul être qu'elle ait jamais aimé : « Partez, lui dit-elle, mais vous n’y demeurerez guère ».

Le pronostic devait trop bien se réaliser. L'édit de juillet n’avait fait qu'enflammer l'ambition des protestants, et le Languedoe, la Haute-Guyenne avaient osé se constituer en fédération républicaine, avec Nimes et Montauban pour chefs-lieux. La cour était à peine arrivée à Villers-Cotterets, conduisant le roi de Pologne à la frontière, quand survinrent des députés du midi, venant proposer la paix à des conditions inadmissibles. Condé, disait Catherine, Condé vivant etau cœur de la France, au sein de Paris avec 50,000 hommes de pied et 20,000 chevaux, ne demanderait pas la moitié de ce que ceux-ci ont l’insolence de prétendre. En même temps, le royaume était inondé de pamphlets où l’on criaitce « qu’en autre saison l’on « n’eût osé dire à l'oreille ‘». « Ainsi, dit Tavannes, d’un parti ruiné, « dissipé et du tout perdu, Dieu avait permis miraculeusement et « pour nos péchés qu’il fût restauré à la ruine de ce royaume « et pour servir de sujet aux troubles de la Ligue ? ». Catherine louvoya dans cette tempête. Mais son habileté et son âpreté au pouvoir ne firent que précipiter le parti des politiques ou des malcontents, nouvellement.éclos 5, dans une conspiration où il sut attirer le duc d'Alençon, esprit ardent et léger, par l’appât de la succession au trône, et dont le but était d’éloigner la reine-mère du gouvernement, de convoquer les états généraux et de décréter la liberté religieuse.

La découverte du complot (23 février 1574) *, l'explosion de la

1 V. Henri Martin, t. IX, p. 367 à 373.

? Tavannes, c. 10.

3 Ce parti se composait presque entièrement de courtisans égoistes et sans convictions, qui ne tendaient qu’à l'indépendance seigneuriale, également méprisés des catholiques et des protestants, aux yeux de qui ils passaient pour sacrifier aux intérêts temporels ceux de la conscience. Montmorency-Danville, gouverneur du Languedoc, catholique ambitieux, était considéré comme le chef de ce parti. — Le nom même de politique pris dans ce sens apparaît pour la première fois dans la requête du prince de Condé au roi, du 23 août 1568, où il dit que c’est le nom dont les princes lorrains stigmatisent les catholiques qui ne sont de leur parti. (De Thou, t. V, 1. 44, p. 524).

* Elle détermina le roi à recommander, le 27 février, aux habitants de Châlons, comme à ceux des autres villes de la Champagne, de veiller à

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