MORT DU ROI
cinquième guerre civile qui l’accompagna, les châtiments qui en furent la conséquence ! n’avaient pas peu contribué à affaiblir le roi, qui, depuis sa maladie, était dans un état de langueur désespéré. Se sentant mourir, il ne demandait que du repos: «Ne me « laissera-t-on pas mourir tranquille ? » disait-il amèrement. Il finit tristement, le 30 mai, jour de la Pentecôte, après avoir établi sa mère dépositaire de la souveraine puissance. Le cardinal de Lorraine était à Reims depuis les premiers jours d'avril, quand il apprit la mort de CharlesIX. Il monta en chaire le dimanche suivant, et fit en termes éloquents son oraison funèbre. L’émotion de son auditoire fut profonde, quand il rappela les pleurs que, moins de treize ans auparavant, le jeune prince avait versés à son sacre.
De son côté, le duc de Guise n’eut pas été plus tôt « adverty de « la mort du Roi, notre bon prince et seigneur naturel », qu'il manda aux villes de son gouvernement de se bien conserver à la dévotion de son successeur, en faisant si bonne garde « qu'il n’en « puisse advenir ynconvénient ? ». On peut croire que la sollicitude du gouverneur de la province ne trouva point la ville de Châlons indifférente. Elle n’en écrivit pas moins aussitôt au prévôt des marchands et aux échevins de Paris pour s’éclairer sur la situation politique, et savoir à qui devaient s'adresser ses hommages. La réponse qu’elle reçut, en lui apprenant que le « vray et légitime « roy » de France était le roy de Poulongne, et qu’en attendant son arrivée, la Royne sa mère était régente, ne put que la confirmer dans la nécessité de se garder contre toute surprise *.
leur sûreté. « Ne faillez pas, ajoutait-il en post-scriptum,... de faire incontinent retirer les bacz, basteaulx, flettes (flottes) et nacelles qui sont sur la rivière et iceulx mettre en lieu où ilz (ceux de la nouvelle oppinion) ne s’en puissent prévaloir à nostre préjudice et au vostre (Hérelle, La Reéforme et la Ligue, Lettres, p. 17, 18).
% Ces châtiments frappèrent, comme toujours, les moins coupables : « Vous voyez, Messieurs », disait aux témoins de sa catastrophe Coconnas, une des victimes, en allant au supplice, « vous voyez que les petits « sont pris, et les grands demeurent qui ont fait la faute ».
? Registre XVII des Conclus. du conseil de ville de Châlons, 4 juin. La lettre est du 4°.
3 Hérelle, La Réforme et la Ligue, Lettres, p. 80. La lettre du prévôt des marchands est du 5 juin.
Si la Champagne ne manquait pas de repos, elle aussi dépérissait de langueur. La récolte de 1573 avait été presque nulle, surtout dans la Brie, où une partie des terres, « à cause des guerres des années « précédentes », était restée sans labour, et le revenu des autres avait été réduit par de désastreuses gelées. Aussi la misère était-elle excessive, encore accrue par l’affluence de pauvres étrangers, venus des provinces voisines. Provins, Troyes firent acheter des grains pour satisfaire aux besoins des habitants, et ne parvinrent qu'à grande peine à y pourvoir. Les autres couraient les campagnes, se nourrissant des herbes des jardins, et, à leur défaut, de celles des champs ; beaucoup succombèrent à la famine !. Comme il arrive toujours en un malheur public, il ne manqua pas de gens pour exploiter la situation. De « meschants chrestiens qui avaient du bled « et leur âme à vendre » osèrent, quand le blé fut taxé à 20 s. t. le boisseau, mêler « parmi leur froment du seigle, de l'orge et de « l’avène », et vendre le boïisseau de ce mélange jusqu'à 405. &. À Provins, un commissaire à la distribution du pain, sans parler de la facon barbare dont il la faisait, tira de sa charge « ung grand « prouffit» : on sait qu’ «il n’est homme plus cruel et moins « piteux que ung gueux refait ? ».
Ce fut ainsi qu’à la faveur des armements que les baillis de Troyes, de Sézanne, de Château-Thierry et de Meaux eurent ordre de faire dans les campagnes, on vit un capitaine de voleurs, sous le couvert d’une commission fausse qu’il s'était fait délivrer par « un « des beaux scribes » de Provins, nommé Cornu, recruter une compagnie de plus de 600 hommes « avec autant de harpail », dont il fit ledit Cornu lieutenant, et parcourir les villes et les campagnes en rançonnant, pillant et volant. Il commença sa tournée près de Melun, de là se porta dans les environs de Meaux, et remonta la Marne jusqu’à Vertus et à la tour de Mymaz (Montaimé); puis, traversant la Champagne, il se dirigea vers Troyes, d’où il se rendit par la route de Sens à Bray et à Nogent. Arrêtés un instant devant le bourg de Sognoles, près de Provins, qui leur avait fermé ses portes, ces brigands s’en emparent de vive force et pendant deux jours y commettent toutes sortes d’atrocités (20 mai). Enfin, poursuivis jusqu’à
1 CI. Hatton, p. 716 et 722 et suiv.
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