LOUIS XII A TROYES
Louis XII répondit à ces marques d’enthousiaste dévouement par divers actes de libéralité. Il dota la ville d’une nouvelle foire de quinze jours, commençant le 8 mai; régla les statuts de plusieurs corporations, notamment de ceile desdrapiers alors très florissante, et fitune ordonnance sur l'alignement des rues (19 avril). C’est également de Troyes (avril) que sont datées les lettres qui instituèrent à Sens trois nouvelles foires et un second marché hebdomadaire !.
Mais le succès des armes de Louis XII, les conciles de Tours (14 septembre 1510) et de Pise (1° novembre 1511) que ce prince oppose au pape et qui menacent son autorité n’ont fait qu’exalter la fougue de Jules IL. Les intrigues de ce belliqueux pontife organisent contre la France, sous le nom de Saënte-Ligue, une nouvelle coalition plus redoutable que la première, car c’est l'Europe entière qui, conjurée contre Louis, menace le royaume. Déjà le Milanais était perdu (6 juin 1513) et rentré sous la domination des Sforza. En même temps que les Suisses unis aux Allemands allaient inonder la Bourgogne et se présenter devant Dijon (7 septembre), Henri VIII envahissait l’Artois en publiant qu’il allait se faire sacrer à Reims, et venait mettre le siège devant Thérouenne (1% août), où Maximilien le joignait douze jours après. La prise et l’incendie de cette place (22 août), la soumission de Tournay (24 septembre), qui ne tint que trois jours, ouvraient aux ennemis de Louis le chemin de la cité rémoise. Mais Louis XII n'avait pas mis inutilement sa confiance dans la fidélité et le zèle de ses habitants.
Dès 151, la crainte de voir la guerre, ouverte en Italie, se rapprocher des frontières du royaume avait déterminé les villes de la Champagne à se mettre en défense. Troyes avait fait fondre des boules (balles) pour les bétons à feu, fabriquer des coulevrines (3 mai), réparer les Aacquebuttes'et les arbalètes de l’arsenal, rechercher dans les villages de la banlieue les plus habiles archers, tuer les chiens, expulser les maraulx et les étrangers, en même temps
! Le prémier avait été créé en 1225, comme la première foire en 1429. Celle-ci se tenait le jour des Cendres ; les trois autres, d’une durée de trois jours chacune, furent fixées aux 19 octobre, 12 janvier et 12 mai. (Larcher de Lavernade, Hist. de Sens, p. 162).
? Le dernier fut convoqué et présidé par Guillaume Briçonnet, qui le transporta ensuite à Milan et à Lyon.
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qu’elle faisait disposer des postes jusqu’à Langres, pour être promptement informée des mouvements de l’ennemi!. Reims n’était pas restée en arrière : mais ce fut surtout en 1512 que la menace d’une invasion de la province par les Allemands y provoqua un véritable élan patriotique. Non seulement les corps de métiers y voulurent avoir et entretenir chacun une pièce de canon, sur laquelle étaient marquées leursenseignes, ainsi qu'à Paris, Troyes, Châlons etautres villes (2 juin 1512)?, mais il fut décidé que, si l'ennemi franchissait V’Aisne, on sacrifierait tous les faubourgs, tous les arbres à une demi-lieue, et que ces matériaux seraient employés à la défense de la place. Le bac serait retiré chaque nuit à Berry, etle guet fait jour et nuit sur tous les passages de la rivière, de Vailly à Attigny; en même temps on défoncerait les chemins des fossés de la ville et on les sèmerait largement de febves; les fossés eux-mêmes seraient creusés à pied droit de la hauteur de sept à huit pieds. On asseorrait d’ailleurs par les chemins et les champs jebves et chauldetrappes à un quart de lieue de la ville, du côté par où l’ennemi pourrait venir, afin d’entraver sa marche. Les remparts seraient armés ; on y mettrait serpentines de fer, mais Les chambres en seraient logées dans une maison voisine, crainte qu'on ne les encloue. Pour augmenter le nombre des canons, on ferait fondre les plus grosses cloches des douze paroisses, « avec d'autre métal pris « chez les particuliers par poids et inventaire». Quant à la garnison, on sait que, « pour garder la ville, faut avec les habitants quatre « cents hommes d’armes et six mille hommes ; et faut pour vivre € un an aux habitants, qui sont douze mille ou environ, 48,000 sextiers de blé, et 16,000 sextiers aux gens de guerre... ; ct « 12,000 muids d'avoine, chaque homme d'armes ayant deux « chevaux et chaque archer un ». On fera les approvisionnements nécessaires et on distribuera par inventaire aux habitants es habillements de guerre et coulevrines à main. Les tours seront munies du bois nécessaire « pour faire bouillir l'huile » ; on
1 Boutiot, ibid., p. 270 et sq.
? V. les Arch. munic. de Châlons, série BB, 8 mai 1512.
3 Troyes fit fondre pour le même objet la grosse cloche de son beffroi, Marie, qui comptait 50 ans d'existence : 4,000 livres en furent cependant réservées pour servir à fondre une nouvelle cloche, qui, suspendue au beflroi en 1517, fut détruite 7 ans plus tard dans un incendie.