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MORT ET ÉLOGE DU CARDINAL DE LORRAINE

« les plus curieux témoignages de son goût ! ». Il constitua presque en son université de Reims une cinquième faculté, celle des beauxarts, en dotant cette ville des œuvres de grands maîtres italiens, et en y attirant le peintre flamand George Bobas, élève du Titien, maître de Beaussonnet et de toute une école rémoise.

A ces bienfaits qui exercèrent sur la politesse et les mœurs de la cité la plus heureuse influence, vinrent s’en joindre d’autres appelés à accroître le bien-être de la population. « Il y avait du côté de « l'occident, dit le chanoine Lacourt, plusieurs marais impraticables « etsans utilité. Le cardinal, appuyé de l’authorité du roy, entre- « prit de les dessécher en donnant plus de profondeur au lit de la « Vesle, ce qui réussit; on tira ensuite des sommes considérables de « ces marais infructueux qui ont étéconvertis en prés et en jardins. « Les sommes qui en provenaient furent employées à perfectionner « les fossés de la ville et les remparts ; ce travail occupa les pauvres, « et pendant plusieurs années de disette, on les fit ainsi subsister. « D'autre part, la crudité des eaux des puits causait plusieurs « incommodités, surtout parmi les pauvres. Le cardinal forma le « projet de faire venir les eaux des fontaines des montagnes voi- « sines par des canaux qui les auraient distribuées dans la ville. « L’estat des sommes à dépenser était dressé ; la mort inopinée du « cardinal l’empescha d'exécuter ce dessein ».

S'imagine-t-on qu'un prélatsi généreux ait pu être accusé d’avarice ? Ce qui est certain, c'est que « cet homme, à qui ses bénéfices « donnaient tous les ans 300,000 éeus, mourut si pauvre qu’on fut « obligé de vendre sa vaisselle et d'emprunter de l'argent aux « bourgeois de Reims pour fournir aux frais de ses funérailles. S'il « a eu de grandes richesses, il n’a pas manqué de gens ni d’institu- « tions qui les ont partagées ? : établissements de bienfaisance, « ordres mendiants, catholiques réfugiés d'Angleterre et d'Irlande, « universités de Reims et de Pont-à-Mousson, etc., ete. »ÿ.

France possède de J. Mutiano (Note fournie par M. H. Paris). Ap. Guillemin, p. 483.

! Guillemin, ibid.

2 Conjonction des lettres et armes, etc., p. 92, 93. Apud Guillemin, p. 480.

3 Le cardinal fonda celle-ci comme administrateur perpétuel de l'évêé-

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Le cardinal n’était pas moins magnanime qu'il était généreux. C'était pour lui une maxime qu’il n’est point de dépit, de jalousie ni de mécontentement, si grand fût-il, qui puisse détourner un homme de bien de la fidélité qu'il doit au roi et au royaume, et il estimait que c'était montrer de la légéreté et peu d'aptitude aux affaires d'Etat que «de laisser à faire son office et désister pour la moindre « fascherie du monde ! ». Aussi ce tigre altéré de sang put-il dire avec vérité, dans l’assemblée de Fontainebleau, que son frère et lui tenaient pour des titres de gloire les calomnies et les libelles diffamatoires répandus contre eux. De ces libelles, ajouta-t-il, il en est venu dans nos mains jusques à 22; nous les gardons comme de signalés témoignages de notre ferme attachement à la religion et au service du roi, sans en vouloir tirer aucune réparation ni vengeance ?.

Pour tout dire, en un mot, le cardinal de Lorraine fut « pour la « royauté un appui, pour l’hérésie un adversaire, pour la religion « un bouclier et pour les muses un père ÿ ». A ces titres divers, « il « a mérité de prendre place parmi ces grands génies du XV siècle « qui ont si puissamment contribué à la restauration de la foi reli- « gieuse, au renouvellement des études, au progrès de l'intelligence « et au mouvement général de la civilisation * ».

ché de Metz et grâce à une bulle pontificale du 5 décembre 1572. Il la remit à la compagnie de Jésus, qui en confia la direction au P. Edmond Hay. « Elle avait particulièrement pour but, dit Jean Calmet, de former de bons théologiens pour gouverner les paroisses » (Hist. de Lorraine, t. V, 1. XIV, p. 770).

1 Conjonct. des lettres et armes, etc., p. 91, 92.

2 Marlot, t. IV, p. 340.

À Hic vir hic est quem relligio clypeum, hæresis hostem,

Gallia patronum, musæ habuêre patrem.

Ce distique se trouve au bas du beau portrait du cardinal que possède le lycée de Reims, et qui est une copie de celui de Georges Bobas, due au pinceau de Marmotte.

4 Guillemin, p. 468. Son corps, transporté à Reims, où il arriva le 30 janvier 4575, y fut reçu avec grande solennité. La cérémonie religieuse terminée, on le descendit dans un tombeau de marbre noir construit der-

rière le maïître-autel de la cathédrale. L'église du couvent de Saint-Pierre

devait recevoir le cœur, lequel reposa auprès des restes de la feue reine d'Ecosse, Marie, sœur du cardinal.

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