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CHAPITRE Le

DU 30 MAI 1574 À LA MORT DU DUC D’ANJOU, 10 juin 1584.

Répondant au pacte d'union conclu par les protestants à Milhau, Henri III se dispose à la lutte, tandis que le duc de Guise, s'attachant à la poursuite des Allemands qui venaient renforcer les rebelles, les bat à Port-à-Binson.- Trêve de Champigny, bientôt rompue par les protestants. — La reine, qui aspire à la paix, y tend par toutes sortes d'accommodements. — Elle amène son fils, le duc d'Alençon, qui s'était joint aux mécontents, à accepter ses propositions. — Mais la nouvelle paix, par les concessions qu’elle fait aux protestants, indigne les catholiques. Ceux-ci sont de plus exaspérés par

les excès dos gens de guerre qu'elle répand sur le pays. — De là l'idée d’une grande ligue catholique. — La Champagne l’accueille. — Le roi se déclare, aux états de Blois,

le chef de la ligue ; mais les états veulent qu’il réduise tous ses sujets à la religion romaine, — Il les congédie et adresse aux provinces une exhortation à prendre la ligue. — La Champagne hésite. — Le roi, se rapprochant alors du roi de Navarre, signe avec lui la païx de Bergerac. — Retraite du duc d'Anjou. — Escroqueries de ses gens. — Voleries générales. — Les états du bailliage de Provins se réunissent pour aviser aux moyens de protéger le pays. -- Le roi fait alors disperser les brigands. — La sécurité renaît, mais la cupidité des fonctionnaires ne diminue pas. — Conduile opposée du maréchal de Matignon et de M. de Dinteville. —- Nouveaux brigandages, famine et peste. Excès des impôts. Palliatifs employés par le roi pour faire taire les mécontentements. -- Les Grands Jours à Troyes. — Entrée solennelle de Louis de Lorraine à Reims, --- Le nouvel archevêque y tient un concile provincial. — Processions blanches, —Mort du duc d'Anjou.

Parti d'Avignon le 40 janvier 1575, le nouveau roi ne devait gagner Reims que le 44 février, après avoir, dit-on, acquis à

Chaumont la certitude d’un complot tramé contre ses jours sous les

1 Jcoucha le 22 janvier à Vitry-le-François,

auspices du duc d'Alençon, son frère, qui obtint grâce en jurant fidélité pour l'avenir. Deux jours après son arrivée, le dimanche 43, € lan révolu de son sacre en Pologne, à même jour et heure ! », il était sacré par Louis ler de Lorraine, cardinal de Guise, évêque de Metz ?, oncle du nouvel archevêque, le jeune Louis Il de Lorraine. abbé de Fécamp, à qui ses 18 ans interdisaient l'exercice de toute fonction sacerdotale ; le surlendemain 45, à 3 heures après midi, le cardinal de Bourbon bénissait son alliance avec Louise de Lorraine, fille du comte de Vaudemont, oncle de Charles IE, duc de Lorraine ?.

Comme Charles IX, quand on vint à lui mettre la couronne sur la tête, Henri IT trouva qu’elle le blessait : elle faillit même par deux fois lui tomber du front, « ce qui fut, dit l’Estoile, remarqué et « interprété à mauvais présage ».

Le présage n’était pas trompeur. A son arrivée dans le Dauphiné ( septembre 1574), Henri s’était annoncé comme résolu à ne faire aucune concession aux huguenots, « pensant par ce moyen, dit « Sully, empêcher les soulevations des peuples »; et six mois ne s'étaient pas écoulés depuis qu’il était rentré en France que son indigne mollesse, en l’exposant au mépris universel, avait enhardi les seigneurs du parti protestant à signer à Milhau (10 février 1575) un pacte d'union et à acheter le concours de Jean Casimir au prix de l’abandon de Metz, Toul et Verdun.

Le roi ne s’'abandonne pourtant point en cette occurrence. Tout en avertissant les villes de la Champagne des entreprises auxquelles elles sont exposées (28 avril-25 juin) et en faisant appel à leur dévouement (4 août) #, il fait lever des troupes en Picardie, Champagne et Brie, Bourgogne et Lorraine, pour empêcher l'entrée des reitres dans le royaume ; il envoie au duc de Guise 43 pièces d’artillerie, qui remontent la Seine jusqu’à Nogent, sous l’escorte de 300 Suisses de sa garde, pour de là être trainées jusqu’à destination par

1 Mém. de l'Estoile, p. 142.

# Il était un des fils de Claude, 4° duc de Guise, et Louis If, son neveu, était fils de François.

$ Le cardinal dit messe basse (Pussot).

# Boutiot, p. 61 et 62. — Hérelle, La Réforme etla Ligue, Lettres, p. 87. C'est ce qu'il avait déjà fait, le 9 septembre 1574, pour Châlons, en remer-

ciant les habitants de la fidélité qu’ils avaient montrée pendant la régence de sa mère (Arch, mun, AA 6),

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