‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 124 sur 327 · LE DUC DE GUISE BAT LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

LE DUC DE GUISE BAT LES PROTESTANTS

l'ennemi !; cette blessure, qui lui fit donner le surnom de Balafré, était plus grave qu'il ne l’écrivait à la duchesse”. Elle l’obligea de se transporter à Château-Thierry pour s'y faire panser et de licencier pour quelques jours son armée; celle-ci se répandit du « Bac-à- « Binson jusques à Villenaux-la-Grand, Provins et les environs », où elle vécut à discrétion aux dépens de ses hôtes, consommant largement le menu bétail, et buvant « tout son saoul » des bons vins de l’année. De leur côté, les débris de l’armée ennemie allèrent se rallier aux environs de Vertus, et de là, au nombre de 3,000, ils se dirigèrent sur Sézanne, en mettant le feu, la nuit, pour se reconnaître, aux villages qu’ils traversaient. De Sézanne ils gagnèrent Esternay (11 octobre), où, à la porte du château, les attendaient du pain et des tonneaux de vin que leur avait fait préparer la dame, qui était huguenote; puis ils allèrent passer la Seine à Beaulieulez-Nogent (12 octobre), volant les chevaux qu’ils rencontraient, et ne se faisant scrupule de tuer les paysans quileur résistaient, «non « plus que de tuer un poux * ». Ils avaient hâte d'échapper à la poursuite du grand prieur de Champagne, dont la compagnie de500 chevaux portait en croupe deux à trois cents bons arquebusiers de pied, bien morionnés. Ge corps de troupes eut, en effet, le mérite

pagne et en l'absence du sieur de Barbézieux, fut suppléé dans la tâche de veiller sur la Champagne par le comte de Brienne. (Lettre du roi aux Châlonnais, 24 sept. 4575, et de Jean de Luxembourg aux mêmes, 1e octobre 1575 (Arch. mun. AA 6).

1 CI. Hatton, p. 788 et 789. D’autres disent par un reître à la poursuite duquel il s’était attaché. Tavannes, qui en était, après avoir mentionné les arquebusiers à cheval que le duc avait avec lui, dit positivement qu’ « il « fut blessé d’un arquebusier qu’il voulait tuer ».

2 Il eut, dit l’Estoile, « une grande partie de la joue et de l’oreille « gauche emportée ». Pour lui, il écrivait « à Madame la duchesse sa « femme : « Je n’ai point eu autre maladie que mal au cou , je me fis ier « segner sans ordonnance des médecins et sans trop de besoin ; toutes « fois je n’en trouve fort bien; je ne suis encore sorti, mais demain je « sortiray et m'en retourneray samedi... et pour fin, je vous baise les « mains ». (F. Gaignères, 52, f074, apud Paris : Hist. de l’abbaye d’Avenay, t. M, p. 226. — V. ibid., p. 229, sur ce sujet, une autre lettre de la grand’/mère du due, Antoinette de Bourbon, au duc de Lorraine, 20 oct.

8 CI. Hatton, p. 791.

de délivrer le pays des reîtres, mais il ne le sauva pas des attentats d'une foule de voleurs qui battaient les chemins à sa suite, dévalisant ou rançonnant les marchands, prêtres et gens de justice. Ainsi M. de Rochepot, seigneur de Montmirail, ne craignit point d'attaquer et de piller, dans la forêt de Sourdun, le coche de Troyes à Paris, qui contenait une douzaine de marchands !.

Ces brigandages furent à peine suspendus par une frève de sept mois, conclue et signée, le 24 novembre, à Champigny en Touraine. Cette trève, tout en autorisant, à titre provisotre, l'exercice du culte protestant dans les villes occupées par les confédérés, accordait au duc d'Alençon cinq places de sûreté : Angoulême, Niort, Saumur, Bourges, la Charité ; au prince Henri de Condé, celle de Mézières, et assurait 500,000 livres au duc Jean Casimir, pour qu'il n’entrât pas en France. Mais Angoulême et Bourges refusèrent d'ouvrir leurs portes au duc d'Alençon, Mézières de recevoir Condé dans ses murs, et, au lieu de payer à Jean Casimir la somme convenue, le roi fit lever, pour son propre compte, six mille Suisses et huit mille reitres : ce fut pour Condé un prétexte de reprendre les hostilités, pour la Champagne et spécialement pour la Brie le renouvellement de souffrances intolérables.

Les régiments destinés au camp de Gien se promenaient par la campagne et y commettaient toute sorte d’excès. Nul, dit CI. Hatton, ne s’imaginerait le mal que fit celui du capitaine Larchant par les villages où il logea, « en rançons, volz, murtres, viollements de « femmes, sans reprinses, correction ni chastiments. Et croissait de « jour à l’autre la tyrannie des gens de guerre, pire que oneques « n'avait esté; et estait toute meschanceté tolérée par les eapi- « taines, qui par chascune sepmaine recepvaient tribut de leurs « soldats, montant à ung escu pour le moins pour chascun sol- « dat*». La cruauté de la soldatesque n'avait d’égale que la barbare avidité des voleurs dont la Champagne était pour lors inondée. Ceux-ci allaient par troupes, comme gens de guerre, au son du tambour, de village en village, et rançonnaient les habitants, dévalisaient les voyageurs 5. Aussi la postérité, ajoute le chroniqueur,

1 Hatton, p. 797.

2 Id., p. 803.

$1d., p. 827. Le prévôt des marchands de Troyes rencontra à Sézanne

Page 1