PAIX DE MONSIEUR
dire, plus odieusement encore par le camp du roi que par celui des reitres!.
Tandis que Condé opérait dans le Bourbonnais sa jonction avec le duc d'Alençon (1e mars), le duc de Mayenne se dirigeait sur Sens pour se rapprocher du due de Montpensier, et la ville put craindre un instant qu'il ne voulut y faire séjourner et rafraîchir son armée ; mais il daigna accueillir la prière des habitants, appuyée du don «de « quatre grands et gros carreaux brochetz, du prix de 8 livres tour- « nois la pièce... Aulscuns ont volu dire qu'avec lesditz brochetz « Jui fut baillée la somme de mille écus d’or au soleil »; mais je ne puis le croire, ajoute Hatton, encore bien qu'aujourd'hui il ne manque pas de princes ni de grands seigneurs aussi avaritieux que l'aultre peuple, et disposés à faire pour l’argent une partie de ce qu'on leur demande *. Ainsi, quand, dans les premiers jours d'avril, apparut à Villenauxe le prince de Condé, le conseil ne manqua pas, en le priant de prendre la ville sous sa protection, de lui faire agréer force jambons de Mayence, oranges, fruits confits, vins et autres présents. Le duc d'Alençon, peu après, fut à Saint-Mard l’objet des mêmes sollicitations et séductions.
Les armées ennemies sont enfin en présence sous les murs de la cité sénonaise; l'Yonne seule les sépare, et Montpensier est impatient de se mesurer avec ses adversaires : ilen demande la permission au roi et n’en reçoit qu'une réponse ambiguë; mais la reine-mère accourt avec sa fille, la reine de Navarre, le cardinal de Bourbon et plusieurs autres seigneurs, sans parler deses plusbelles filles d'honneur, dont les attraits étaient ses armes accoutumées. Elle renouvelle au duc d'Alençon ses propositions de paix, et, dans une entrevue qu’elle eut avec lui au château d’Etigny?, elle parvint à les lui faire agréer (6 mai 1576). Heureuse de son succès, elle court à la grande église de Sens pour en remercier Dieu, et, y rencontrant le précentre, nostre maistre de Monté, elle lui commande deréunir les chanoines au son de toutes leurs cloches, pour chanter le Ze Deum laudamus en actions de grâces de la conclusion de la paix : « Madame, lui répondit le vertueux vieillard, selon ce que j'ai « entendu de la façon dont la paix est faite, c’est mieux à f'aire aux
1 CI. Hatton, p. 827. FTP eee 3 A une lieue et demie au sud de Sens.
24h LA PROVINCE DE CHAMPAGNE 1576.
« huguenots de chanter Ze Deum qu’à nous et aux catholiques. Il « nous sera plus convenable de chanter : Requiem œternam dona « nobis, Domine' ». Toutefois furent sonnées les cloches et chanté le Te Deum. Mais le précentre s'était fait l'interprète du sentiment public sur la paix de Monsieur ; car jamais conditions plus humiliantes pour la couronne, ni plus funestes aux intérêts catholiques, n'avaient été imposées à la royauté: Libre et public exercice du culte réformé; création de chambres mi-parties dans les huit parlements de France pour juger les causes des protestants et des catholiques-unis ; rétablissement des princes protestants dans leurs charges, offices et possessions ; déclaration qu'ils n’avaient rien fait que pour le service du roi ; octroi de huit places de süreté ; réunion des états généraux avant six mois.... d’une part; de l’autre, un vrai démembrement du domaine royal au profit de François, due d'Alençon, qui, avec le titre de duc d'Anjou et trois nouvelles placesde sûreté, La Charité-ur-Loire, Montereau et Château-Thierry, recevait en accroissement d’apanage les duchés d'Anjou, de Tourraine ? et de Berry, tandis que le roi de Navarre, nouvel échappéde la cour #, et le prince de Condé obtenaient la jouissance du gouvernement de la Guyenne et de la Picardie, dont ils n’avaient eu jusquelà que le titre ; enfin la promesse à Casimir de 3,600,000 livres, dont moitié comptant, pour payer ses troupes.
« Ce n’était pas seulement, dit un historien de la Ligue, M. de « Chalambert, la foi de tout un peuple sacriliée aux injustes exi- « gences de quelques sectaires, c'était la monarchie elle-même livrée « par lambeaux à l'ambition des princes du sang, c'était l’unité « nationale brisée et détruite au profit d’une féodalité nouvelle, « que le roi consentait à reconstituer de ses propres mains # ».
L’indignation était générale ; elle s’accrut encore des maux que
1 CL Hatton, p. 833. Précentre, préchantre, premier chantre.
2 Comme le domaine de 60,000 1. {. de rente de la reine d’Ecosse avait été, par ordonnance du 20 décembre 1560, affecté sur ce duché, le comté de Normandie fut en la circonstance substitué pour cet objet à la Touraine.
8 I s'était enfui le 5 février, et, après avoir proclamé à Saumur « son retour ou plutôt sa fidélité à la religion réformée » (Hist. des ducs de Guise, t. IE, p. 23), il était venu rejoindrele duc d'Alençon.
4 Hist, de la Ligue, t. K*, Introduction, p. 77.
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