‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 127 sur 327 · MAUX QUE CETTE PAIX DÉVERSE SUR LA CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

MAUX QUE CETTE PAIX DÉVERSE SUR LA CHAMPAGNE

le traité déversa, comme à l'ordinaire, sur le royaume avec les gens de guerre qu’il renvoyait dans leurs foyers, et particulièrement sur la Champagne avec les étrangers qu’il laissait libres d’y séjourner jusqu’au paiement intégral des sommes promises. Ceux-ci ne tardèrent pas à s’ébranler pour tirer droit à la rivière de Seine et de là gagner la Marne, où ils arrivèrent, mais où ils pensaient « vivre plus à leur ayse, car ce pays-là était moings foullé et mangé « que la Brie et vallée de Seine ‘». À leur approche, les gens des villages fuient, poussant devant eux leurs troupeaux, et courent chercher un asile dans les villes ou les châteaux-forts des environs : Troyes, Provins en sont encombrés, et la campagne comprise entre la Seine et la route de Sens à Troyes demeure livrée, pendant trois semaines, à la rapacité de l'ennemi, qui n’épargne rien et que la moindre résistance irrite : « Il fait alors moins sûr, de jour, sur les « chemins aux environs de cette ville, que de nuit, dans une forêt « infestée de loups ? ». S'il faut sortir, on ne sort que par bandes, de peur d’être détroussé ou fait prisonnier. Les murailles ne sont pas toujours elles-mêmes un abri assuré pour les gentilshommes ou les habitants des bourgs. Marigny l’éprouva cruellement: provoqués par des reîtres qui tirèrent aux créneaux plusieurs coups d’arquebuse, les habitants, en ripostant, en avaient tué une dizaine avecun de leurs capitaines. Aussitôt assiégés et bientôt obligés de se rendre, ils eurent à souffrir tous Les maux qui se font en la guerre; car tous les hommes, excepté deux en état de porter les armes, furent exterminés, les femmes violées, la ville pillée et les meïlleurs biens chargés sur les chariots des barbares ?,

Plus heureux fut le monastère du Paraclet-lez-Nogent-sur-Seine. L’abbesse, ne pouvant obtenir de sauvegarde, s'était décidée à se garder elle-même, et, après avoir retiré dans l’enceinte de son couvent tout le bestial et les meubles des plus proches villages, en vingt-quatre heures elle avait réuni autour d'elle deux cents bons soldats et gens de cœur des villes de Nogent, Pont, Villenauxe et autres lieux d’alentour. Les reitres vinrent, et plusieurs même logèrent dans le village ; mais ils crurent prudent de respecter l’abbaye ‘.

1 CI. Hatton, p. 835.

2 Id.,p. 846. 3 Id., p. 845. 4 1d., p. 843.

ET RNNEEEN S

nee re sure

L'armée de Casimir, qu'accompagnait le duc d'Anjou, demeura ainsi dans la vallée de la Seine jusqu'aux premiers jours de juin, après quoi elle prit le chemin de Châtillon-sur-Seine, où elle devait attendre le paiement de sa solde, qui ne tarda point.

Pendant ce temps-là, les reîtres du roi, venant de Meaux, avaient pénétré, vers la mi-mai, en Champagne, par la vallée de Ja Marne, et, ayant franchi cette rivière entre Epernay et Mareuil, étaient arrivés, dès le 26 mai, aux environs de Châlons, d’où ils s'étaient répandus jusque sur la rive droite de l’Aube. Plus redoutables encore que ceux de Casimir, ils désolèrent le pays pendant trois semaines, fauchant les blés en herbe, « courant les denrées et les tr upeaux », et volant pour plus desix mille écus de chevaux. Il avait bien fallu se résigner aux misères précédentes, fruits naturels de la guerre ; car, dit CI. Hatton, « je crois que, si les saints du paradis y allaient, « en peu ils deviendraient pis que diables ‘ » ; mais comment supporter, comme fruits de la paix, des maux plus grands encore ? On prit donc le parti de « courir sus à l’ennemy », et les gentilshommes champenois, qui s'étaient tenus cois jusqu’à cette heure ?, unis aux paysans, s'épargnèrent d'autant moins à la besogne que l'ennemi ne les ménageait pas plus que les gens du peuple. Aussi « tous « les reîtres logés aux environs de Châlons jusqu'à Sézanne et au- « delà, ne s’en retournèrent en Allemagne dire des nouvelles aux «gens de leur pays ; il en demeura beaucoup en Champagne pour « engraisser le terroir et pour nourrir le poisson des rivières; car

« tout autant qu’on en trouvait aux écarts, autant on en tuait et « ruait-on par terre {».

La ville même de Châlons fut le tombeau de plusieurs. Le conseil sollicitait vainement le commissaire royal, Mondreville, de mettre ordre aux violences de ces étrangers qui entendaient ne se retirer qu’à la condition de recevoir argent et vivres. « Je suis désolé et « ennuyé, leur disait-il en mai 1576, de voir les sujets du Roy en

1 CI. Hatton, p. 843.

? CL. Hatton (p. 853) va même jusqu'à dire qu’ils furent cause des désordres arrivés dans l'Etat, parce qu'en refusant au roi le service militaire qu'ils devaient, ils le forcèrent d'appeler à sa défense des étrangers.

8 Id., p. 854 et 853.

# Id., ibid.

Page 1