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CHALONS SE SOULÈVE CONTRE LES ALLEMANDS

« proie aux estrangiers ; mais s’estans rangez au service du Roy, il « faut les traiter comme tels, car mieux vaut que les reîtres aient du « bled, que la terre nous rend tous les jours, et du bestail que l’on « peut facilement recouvrer, que de laisser brusler et ravager ‘». Ce langage était sensé, mais peu fait pour remédier au mal, et le désordre allait croissant, quand, le 9 août 1576, un paysan vint demander justice du meurtre de son père. Le peuple l'escorte jusqu’à la demeure du colonel Amblof, dont le frère Schomberg commandait le corps d'armée allemand; ce gentilhomme, « traitable et « bien advisé », reçoit la députation, et s’efforçant de la « contenter « de patience » : « En temps de guerre, observet-il, il ne faut ré- « clamer ni avoir recours à la justice ». À ceite réponse, le paysan tire sa dague, « et, l’enfonçant au corps du colonel : Voilà donc la « guerre, dit-il, puisque la justice n’a point lieu ». Les reitres prennent les armes « pour venger Le coup » ; les Ghälonnais ripostent, et plus de trente soldats restent sur le carreau. Mondreviile, qu’une indisposition retenait au lit, se hâte d'interposer son autorité ; on l'insulte, on l’arrête, on le retient avec les siens « comine otages, en

1 V. Hérelle, La Réforme et la Ligue, lettres de Mondreville du 3 etdu 45 juin. — Mondreville n’avait cependant pas épargné ses démarches soit auprès des reîtres, soit auprès du duc de Guise; mais pouvait-il se flatter d’être plus puissant que le due ?. Celui-ci écrivait, le 23 mai, aux Châlonnais : « Messieurs, j'ay faict tout ce qui m'a esté possible pour le fait dont m'avez escript touchant les reistres, et n’en ay sceu encore aultre résolution du Roy, sinon qu'il a envoyé gens pour leur faire administrer vivres et les esloigner de vos quartiers. Je suis bien marry de ne pouvoir en cela mieulx faire pour le soulagement du pauvre peuple, mais la nécessité est si grande partout qu’il est impossibie de pouvoir contenter chacun. Croyez que je m'y emploierai de tout ce que je pourray, ne désirant rien tant que de les veoir hors du royaume... ».

Et le 5 juin suivant: « Messieurs, je suis bien marry que je n’ay sceu mieulx faire pour l’eslongnement des reistres, mais quant aux munitions que l’on vous demandait, vous en estes deschargez. Je vous prie de croire que en fout ce que j'auray jamais moyen, je m'emploieray de fort bonne volonté en ce qui me sera possible pour le soulagement de votre villle, mais le temps est si fascheux et le Roy en telle nécessité qu’il m'est impossible de pouvoir montrer par effect ma bonne volonté envers vous ny les aultres de mon gouvernement. Ce sera quand il plaira à Dieu, et que les choses seront en meilleur estat... » (Conclus. du conseil de ville).

« cas de représailles » ; il fallut l'intervention de l’évêque et des notables pour calmer la fureur du peuple !. Le roi entendait qu’on recherchât et qu'on punit les principaux coupables, mais il y a lieu de penser que l'intervention gracieuse du due de Guise parvint à les sauver ; Car « je m'asseure », écrit-il le 23 août, au lieutenant de M. le Grand Prevost de l’hostel du Roy, « qu’il ne s’en trouve char- « gez aucuns de la ville »?.

Les reîtres du roi, pressés par le due, ne tardèrent pas d’ailleurs à quitter enfin les environs de Châlons. Ils l'avaient déjà fait dans les premiers jours de juillet pour gagner Vitry, et de là, se portant sur l’Epine, après y avoir passé quinze jours, ils étaient revenus à Chälons dans les premiers jours d'août. L'événement tragique que nous venons de raconter les décida à s'éloigner. Ils se dirigèrent vers Sézanne et Provins, puis ils rentrèrenten septembre dans leur pays . Le duc de Guise avait été heureux d'annoncer aux Chälonnais leur départ, ne regrettant qu’une chose, c'était de n’avoir « sceu plus tost y donner ordre ; mais les deniers si rares ont esté « cause du trop long séjour quilz ont faict... » (23 août 1576).

Il avait fallu, pour acquitter les millions garantis aux Allemands, aliéner 200,000 livres de rente des biens ecclésiastiques. Cette spoliation, en irritant le clergé, les maux de la guerre, en exaspérant le peuple, les faiblesses de la cour, en indignant la nation, ne pouvaient manquer de réveiller l’idée d’une grande ligue catholique. « Gette idée, dit M. Henri Martin, résultait si naturellement de la « situation, qu’elle pouvait éclore dans la tête du premier venu « d’entre les zélés catholiques, aussi bien que dans le cerveau d’un

4 CI. Hatton, p. 860, et Arch. de Chälons, Registre des Conclusions. Dans Hatton, c’est Schomberg qui est tué ; mais le chroniqueur a été, à cet égard, induit en erreur par Jehan Emery, de qui il tenait le fait.

? La Réforme et la Ligue en Champagne, Documents, Lethr'es, par Hérelle, p. 100, 104.

3 1d.p. 859. — C'est alors que Rülly, qui avait eu beaucoup à souffrir tant « de plusieurs gens mal vivans, vacabonds tenans les champs sans adveu », que « des rcistres depuis naguères licenciés », demanda au roi

et obtint, au mois de novembre, Pautorisation de se fortifier (Marlot, t. IV,

p. 444, n. 4, ct lettres de Henri Il à l'Appendice, art. XG, p. 715). 4 Le diocèse de Châlons fut taxé à 65,598 I. t. (Arch. dép., série G 19,

Reg. in-f°).

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