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LA SAINTE LIGUE

« chef de parti. C'était à une ligue fortement organisée que les « hérétiques et les politiques avaient dû leurs succès: pourquoi les « bons chrétiens ne feraient-ils pasune ligue aussi, afin de défendre « la religion que le roi abandonnait? !»

Ce fut de la Picardie qu’en vint le signal. Il s'agissait, pour la province, de ne point passer sous le gouvernement de Condé et de ses huguenots ; à l’instigation du seigneur d'Humières, gouverneur de Péronne, Roiïe et Montdidier, l'élite de la noblesse du Santerre, de l’Amiénois, du Vérmandois, se réunit en conférences secrètes, et de ses délibérations sortit, en juin 1576, un acte d'Union, dont le but spécial était de conserver « la province en l’obéissance du roi « et en l’observance de l'Eglise catholique », mais qui devait bientôt, en se propageant, prendre le caractère général d’un acte d'opposition aux desseins des rebelles, ennemis de Dieu et de la couronne. On consacrait à ce but tous ses biens et sa vie ; on jurait de ne pas se retirer de l’Union, sous peine de mort ; on promettait d'honorer, suivre et servir le chef de la confédération en tout et partout et contre quiconque s’attaquerait directement ou indirectement à sa personne. Ce chef n'était pas nommé, mais tout le monde le désignait : c'était le duc de Guise. Aussi ne faut-il pas s'étonner que l’acte constitutif de la Ligue en Picardie désigne la Champagne comme une des provinces où elle comptait des ralliés, des affiliés. Le nombre de ceux-ci était déjà considérable, et, par l'unité du commandement, la précision du but, la puissance des moyens, l’enthousiasme et le concert des membres, la ligue catholique s’annonçait comme autrement menaçante que celle des protestants, quand Henri Illfut averti de son existence et de ses projets. Il crut pouvoir compter, pour les dissiper, sur l’appui des éfats générauæ, convoqués, dès le 6 août, à Blois, pour le 15 novembre suivant. Mais, dit un historien moderne, «le temps des surprises protestantes « était passé », et les rôles étaient changés ; « le catholicisme avait « repris toute son énergie, le clergé tout son zèle. Les élections « furent travaillées par les prédicateurs et les pamphlétaires avec « tant d’ardeur, que les protestants n’osèrent y venir » ou ne purent y prévaloir ; « et elles furent faites dans un sens si catholique que « toutes les instructions données aux députés portaient: Une foy

1 H. Martin, £. IX, p. 430.

« etuneloy en ce royaume !». Un pourra se faire une idée de la passion qu'y apportèrent les esprits par les discussions animées que soulevèrent à Provins, dans l'assemblée des nobles, les doléances à présenter sur le fait de la diversité de religion. Pour mettre fin aux débats qui ne durèrent pas moins de deux jours (8 et 9 octobre), encore bien que le nombre des catholiques excédàt dix fois celui des huguenots, on dut convenir que ceux-ci seraient libres d'exposer leurs doléances en un cahier à part, qu'ils signeraient seuls, « pour « en faire ainsi que bon leur semblerait? ».

Aussi, jaloux de sauver sa couronne en paralysant l'influence du duc de Guise, le roi manifeste-t-il un zèle outré pour le maintien de l'unité religieuse de son royaume. Les habitants de Châlons, à l'exemple du clergé, l'avaient, aux premiers jours d'octobre, prié d'interdire dans l'enceinte de leur ville l'érection d’un prêche qui ne pouvait que favoriser l'influence « d'étrangers sectateurs de la « prétendue religion », et compromettre la sûreté de l’une des principales clefs et forteresses de France, « en laquelle aussy est « establie la recepte générale de Champaigne et magasin d’artille- «rye»5. Henri leur avait répondu, le 11 novembre, qu’il entendait que son édit de pacification fût observé. Mais, le 2 décembre, peu satisfait de se montrer en conseil privé tout prêt à accepter la requête que lui feraient les trois états, afin « qu'il n’y eût qu’une « religion en son royaume », il ratifiait la ligue de Picardie, et entendait qu'elle fût faite dans toutes les provinces comme en celleci. Bientôt (11 décembre) il approuvait l'association particulière de la Champagne, où aux mots: « Tous catholiques devront fournir « deument d'armes et d'hommes pour l'exécution d'icelle » (association), étaient substitués ceux-ci : « ... promettons et jurons « d'employer nos biens et vies pour l'exécution de ce qui sera « commandé et ordonné par sa Majesté, après avoir ouï les remon- « trances des états » 5,

1 Lavallée, Hist. des Français, éd. in-19, t. IL, p. 493. — V. à l'Appen-

dice la liste des députés élus par la Champagne. 2 CI. Hatton, p. 863 et suiv.

3 La Réforme et la Ligue, p. 10%, 106.

4 Id., p. 108.

5 Mémoires du duc de Nevers, t. Ke, p. 115.

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