LE ROI S'EN DÉCLARE LE CHEF
Henri n’eut pas de repos qu'il n’eût obtenu de la noblesse (19 décembre) et du clergé (22) l'insertion en tête de leurs cahiers d’une résolution portant que le roi serait prié de « réduire tous ses sujets « à la religion romaine ». Le tiers état était prêt à suivre cet exemple : « C’est donc l'ouverture de la guerre », s'était écrié, dansune discussion préalable (15 décembre), le représentant du tiers état de Vermandois, l’illustre Bodin, auteur du traité : De la république. Les villes de Soissons, de Reims et de Châlons s'étaient empressées de le désavouer (16 décembre), comme « ayant demandé deux reli- « gions » ; mais la majorité s'étant décidée à compléter ainsi la proposition des deux autres ordres : « par les meilleures et les plus « saintes voyes et moyens que faire se pourra », Bodin s'était rallié à la nouvelle rédaction, qui fut votée le 26 décembre, etle roi déclara aussitôt que, selon le vœu des états, il révoquait son dernier édit comme ayant été rendu par force et contre le serment fait à son sacre (1° janvier 1577) !.
Il venait de recevoir (28 décembre) de fâcheuses nouvelles de la Guyenne et du Poitou, où, par manière de protestation contre l’assemblée illégale de Blois, les huguenots avaient repris les armes?. Vainement une députation des états généraux (6 janvier) tenta-t-elle de les ramener au devoir. Mécontent de leur résistance et menacé de se voir dominé par la ligue, le roi prend le parti de se déclarer le chef de celle-ci, et faisant dresser un formulaire d'union, il le signe, le soumet à la signature des députés, qui ne l’acceptèrent pas tous , et invite à y adhérer « tous bons catholiques et aultres vrais « Françoys », déclarant « rebelle, criminateur de lèze-majesté « divine et humaine, et proditeur de la patrie », quiconque refuserait de s’employer, corps, vie et bien à la défense de la « religion « catholique et romaine, au service du roi Henri et de la maison « de Valois, et à l'entière exécution de la résolution prise par les « états généraux ».
La lutte avec les huguenots était inévitable. Mais, pour soutenir
1 Cétait ce qu'il avait déclaré, le 24 décembre, au conseil du cabinet de la reine (Nevers, Journal des premiers Estats tenus à Blois, 1576).
2? C'est la 6° prise d'armes.
8 « Le tiers état de Champagne refusa d'accepter l'association, ce qui ne pouvait être » (Duc de Nevers, Journal, etc.).
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la guerre, il fallait de l'argent. À ce mot, les plus ardents se trouvèrent glacés. L'ordre ecclésiastique était à bout de sacrifices : «il « avait donné soixante millions en seize ans ; il servait encore en « ce moment les rentes de l'hôtel de ville, jusqu’à concurrence de € 1,200,000 livres par an, et le pape venait, de plus, d’autoriser, « sans son consentement, la vente de ses biens jusqu'à concurrence « de 50,000 écus de rente, ce dont le roi pouvait tirer près de quatre « millions! ». Tout ce qu'il pouvait encore faire, alors surtout qu'il se dressait en Champagne, comme le fit observer Guill. de Taix (44 janvier), des ligues dont l'entretien était mis à la charge du clergé, c'était de consentir à lever et à entretenir à ses frais, pendant six mois, 4,000 hommes de pied et 1,000 chevaux ?.
La noblesse, de son côté, n'avait à offrir que ses services. Mais le tiers état s’obstina à ne rien accorder, pas même la vente de 300,000 livres de rente des biens de la couronne, proposée par le roi (20 février), ce dont celui-ei se montra fort affligé : « Voilà, dit-il, « une trop énorme cruauté : ils ne me veulent secourir ni du leur, « ni permettre que je m'aide du mienÿ ». Après avoir fait tant d’avances au parti catholique, afin d'y paralyser l'influence du duc de Guise, il vit qu'il avait perdu sa peine. N'ayant plus rien à attendre de l’assemblée, il mit fin à ses travaux, et après avoir reçu, le 9 février, les cahiers des trois ordres, il congédia, le 4° mars, la noblesse et le tiers, et le 2 le clergé.
Les cahiers où ils avaient déposé leurs vœux ne sauraient être moins intéressants que ceux des précédents états généraux ; mais ils ne prouvent que trop combien les lois étaient impuissantes à réprimer les abus; car ce sont toujours mêmes plaintes et doléances.
Sans parler du vœu qui lui est commun avec la noblesse et le tiers en faveur de l’unité religieuse du royaume, le clergé demande qu'il soit fait défense à tout imprimeur ou libraire d'imprimer ou vendre des livres hérétiques, ou même des livres concernant la religion, s'ils ne sont approuvés par l’évêque diocésain. Il réclame la publication des décrets du concile de Trente, l'inaliénabilité des
1 Henri Martin, t. IX, p. 454.
? Mélanges historiques, de M. Camusat, ap. Boutiot, t. IV, p. 90. 3 Journ. de G. de Taix. 5