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LE ROI SE RAPPROCHE ALORS DES PROTESTANTS

Troyes ne se montra pas plus accommodante, encore bien qu’elle fût particulièrement travaillée par M. de Barbezieux, lieutenant du gouverneur, et le baïlli Anne de Vaudrey. Elle avait envoyé à Reims, à Châlons et à Sens, pour s’assurer des dispositions de ces villes, et quand la noblesse fut convoquée dans ses murs pour le 10 février, afin d’y signer le pacte, jaloux de ses libertés, le conseil ne négligea aucune des mesures nécessaires à la sûreté de la place. La noblesse ne fit du resteaucune concession : «Elle avait, dit-elle par la bouche « de M. de Dinteville, le serment de fidélité à S. M. et était née « avec l'obligation de lui faire service ; elle n’avait oncques fait acte « contraire ; sa loyauté était connue du roi; partant elle n’était « tenue ni ne voulait prester autre serment et s’astreindre davan- « tage ». Le clergé, de son côté, suivant l'exemple de la noblesse, sans désapprouver la ligue, ne voulut rien résoudre que toute la province de Champagne et de Brie ne fût assemblée (16 février) ; le tiers état fit de même. L'arrivée du due de Guise, qui avait quitté Blois, le 7 mars, pour se rendre dans son gouvernement, et qui vint passer huit joursà Troyes, modifia peu ces dispositions. Il dut repartir sans avoir obtenu d’autre gain que celui de quelques signatures de la noblesse et du clergé !.

À Reims, dont le conseil avait envoyé « vers Troyes et autres « villes du voisinage, pour se gouverner comme elles sur le faict « de la Sainte-Ligue », on oppose les mêmes fins de non recevoir qu’à Troyes et à Provins. À Châlons, on ne se montre pas moins prudent : une assemblée générale convoquée pour le 928 février n’est pas en nombre suffisant pour délibérer, il faut la remettre au 5 mars. Cette fois, les députés des cinquantaines déclarent « que « plusieurs de leurs compagnies refusent de signer ; que, pour eux, & ils ne peuvent et n’entendent rapporter leurs billets ni iceux « signer, sinon avec les gens du conseil de ville ? ».

lieu de passer par la porte; ce qui donna lieu de dire que Provins avait été « noyée et perdue, parce que le Rosne était venu passer par dessus ses « murailles » (CI. Hatton, p. 888).

1 Boutiot, t. IV, p. 95 à 102. — V. dans Carnandet l'Association faite par lévesque et chapitre de Troyes, le 22 mars 1577. — Cf. CI. Hatton, t. IL p. 1154.

? Henri, la Réforme et la Ligue en Champagne et à Reims, p. 67.

Les villes de Sens et de Chaumont sont les seules qui paraissent avoir prêté une oreille complaisante aux propositions du gouvernement, encore bien qu’elles n’aient clairement manifesté leur adhésion qu’en 1579, où Sens frappa une médaille commémorative #, et où Chaumont arréta, le 5 octobre, les bases d’une nouvelle confédération ?. Quant aux habitants de Langres, ils étaient du parti des politiques, et, dans leur opposition à la propagande guisarde, ils ordonnaient, le 15 février 1577, aux gardiens des portes « d’empè- « cher d’entrer ceux de Chaumont, ardents ligueurs ? ».

Bref, en Champagne, selon le mot du due de Nevers, la ligue « n’alla que d’une fesse », et en Brie, selon Claude Hatton, «per- « sonne n’en voulut manger ».

Désabusé de ce côté, Henri II ne songea plus qu’à négocier avec les huguenots. Ce lui fut chose facile. Le duc d'Anjou lui demeurait fidèle depuis la dernière paix ; Gondé faisait des levées en Allemagne, et le chef des Politiques, Damville, n’était pas satisfait des confédérés. Celui-ci gagné par le don du marquisat de Saluces, le roi de Navarre, qui demeurait seul, fut bientôt réduit aux dernières extrémités.

Sur ces entrefaites, le due de Guise, chargé d’aller s'opposer à l'entrée des Allemands en France, réunissait son camp entre Châlons et Vitry, son quartier général, et faisait charger à Paris plusieurs charrettes de harnais, de lances et autres sortes d'armes. Le roi avait envoyé à Provins, au mois de juillet, l’ordre de « faire « marcher l’arrière-ban des pays de Champagne et Brie, Bourgogne « et Picardie », et le 20, le bailli convoquait dans cette ville les gentilshommes. « Mais, nous dit CI Hatton, peu partirent, s'ils « n'étaient des ordonnances du roi. L'un était trop vieux, l’autre « était malade, un autre boiteux. Ainsi en est-il, au reste, quand le « roy demande ledit arrière-ban, qui est le service des gentils- « hommes de son royaume. Ils sont quasi tous, en une nuit, vieux, « malades et boiteux, et les médecins et notaires ont assez de « besogne pour faire attestation du mal qui leur est si soudain « advenu: ils aiment mieux contribuer argent que d’aller faire le

1 De Lavernade, p. 197. La médaille représentait au revers deux mains jointes tenant 3 flèches et 2 branches de laurier avec la légende : Sie nostra viret fiducia concors.

2 Hist, de Chaumont, par E. Jolibois, p. 4115: 3 Id., ibid.

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