AIX DE BERGERAC
« service qu’ils sont tenus à cause de leurs privilèges de noblesse, « que jadis leurs prédécesseurs leur ont acquise par leurs vertus et « beaux faits d'armes ! ». On se réunissait done lentement?, et on « était arrivé au mois de septembre, quand on apprit que Henri IF, sans aucun doute effrayé des victoires obtenues par la cause dont il se trouvait être l’apparent protecteur #, venaitde signer la paix avec le roi de Navarre (Paëx de Bergerac, 17 septembre).
Mais cette paix était moins faite encore que les précédentes pour rallier à la royauté les catholiques, car elle « établissait régulière- « ment le parti protestant comme Etat dans l'Etat, comme opinion « armée, comme secte indépendante », alors qu’il ne s'était jamais « montré si faible que dans la lutte qu’elle terminait. Aussi bien, depuis que Catherine gouvernait le royaume, c'était l’effet ordinaire de sa déplorable politique « que, plus les protestants étaient vaincus, « plus ils obtenaient de bonnes conditions ». Elles leur furent cette fois si avantageuses que Philippe IE, en recevant la nouvelle du traité, s'écria : « La foi est désormais incompatible « avec celte maison de Valois ; il faut se pourvoir ailleurs 5 ». C'était la Paix de Monsieur amplifiée et spécialement grossie d’un article qui, de l'interdiction faite aux calvinistes de « toutes pratiques, ligues et intelligences « hors du royaume », tombant directement sur la ligue des catholiques, cassaët et annulaït « toutes ligues, associations et confréries « faites et à faire, sous quelque « prétexte que ce soit... ».
i CI. Hatton, p. 899.
? A la faveur de cette convocation, certains capitaines levaient des soldats en Champagne sous ombre de commissions qu'ils disaient avoir reçues du roi: Si cela se fait aux environs de Châlons, écrit le due de Guise le 27 août 1577, n'hésitez pas à leur enjoindre de partir promptement, et, s'ils n’obéissent, à leur courir sus (Arch. mun., AA G).
3 Hist. des ducs de Guise, t. Il, p. 63. :
4 Cest peu après (décembre 1577), que Henri Ill, « à cause des besoins et affaires qu’il avait en ce temps-là, ordonna qu'il serait payé le parisis des tailles, ce qui estait 25 s. au lieu de 20 s., et on donna le nom à ce droit du talion, et pour le recevoir on créa des receveurs en titre d'office. M. Nicolas Forrest et autres ont esté receveurs à Reims » (Arch. admin., statuts, 1% vol., p. 477).
5 Lavallée, t. IL, p. 499.
Cette paix ne fut, du reste, d'aucun profit pour la tranquillité de la Champagne. Blessé des défiances que lui témoignait le roi, le due d'Anjou avait de nouveau rompu sa chaîne, et s'étant enfui de Paris le 14 février 1578, s'était retiré dans sa ville d'Angers, en attendant le moment (10 juillet) de gagner les Pays-Bas, où l’appelait une population impatiente de secouer le joug espagnol. A la nouvelle de sa fuite, Henri Ill avait donné l’alarme aux villes de laChampagne !, et celles-ci s'étaient empressées de garder leurs portes ?. Mais la province ne devait pas échapper aux maux inséparables de la situation. Comme quelques-unes de ces villes, Provins, Sézanne, Château-Thierry et Meaux, appartenaient au due, les gens du prince s’occupèrent tout d’abord d'y mettre garnison et de trouver pour lui de l'argent. Ce dernier soin n'était pas toujours accompagné chez eux d’un parfait désintéressement, et, des officiers du duc, M. de Rosne, son lieutenant, n’était pas le moins avide : « Monseigneur « n’est pas content de vous, dit-il un jour aux habitants de Provins « (mai) ; car, depuis qu’il s’est absenté de la cour, vous n'avez « pointété le voir ni le reconnaître pour votre seigneur tel qu'il « est; vous n’avez qu'un moyen de réparer votre faute, c’est de lui « voter une aide de 18 à 20,000 livres ». Or, dans le même temps, le roi adressait aux Provinois une commission par laquelle il leur mandait d'envoyer incontinent à Meaux la somme de 2,000 livres tournois pour le remboursement d’un emprunt qu'il avait levé sur ladite ville. L’embarras était grand, car la charge était lourde. Délibération prise, on s’acquitte envers le roi, et on envoie à M. de Rosne une députation chargée de lui offrir un large présent « des fruits de la ville, qui sont roses sèches et conserves d’icelles « roses », en le priant d’excuser la paresse des habitants. Ce n’était point l'affaire de M. de Rosne, qui eûtmieux aimé recevoir l’argent ; mais il ne put empêcher les députés d'aller trouver le duc en sa ville d'Angers. Ce leur fut un parti sage, car ils reçurent bon accueil du duc, promesse de ne pas avoir de garnison, et il ne fut point question d'argent. Heureux de cette issue, les Provinois, loin de
1 Non, disait-on, sans enjoindre (fin d'avril) « à tous les officiers de justice et de guerre de ne pas consentir à ce qu’il se levât un seul homme sans expresse permission » royale (Mist, des ducs de Guise, t. IL, p. 73).
2? CI. Hatton, p. 919.