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LES VOLERIES CONTINUENT

« Turenne » surprenaient Vaudoy ! et faisaient main basse sur tout ce qu'ils rencontraient, n’épargnant ni la vie des hommes, ni l'honneur des femmes ; tandis que les compagnies des seigneurs de Besancourt, de la Haute-Maison, de Michery et du capitaine de Boitou battaient et dévastaient affreusement le pays compris entre Sens et Château- Thierry, Rosoy-en-Brie et Châlons, Mireloset et Beaulieu, franchissant l’Yonne, entraient par subtilité à Courlon-les-Sens, où ils demeurèrent trois jours à boire tout leur saoul, à piller, rançonner les habitants ; encore fallut-il, pour les faire déloger, « leur baiïller « je ne sais combien de cens d’écus », et courir ensuite après eux pour ravoir à prix d’argent les filles de bonnes maisons qu'ils emmenaient. De Courlon ils vinrent à Sergines, qui se racheta du pillage par une grosse rançon ; de Sergines à Granges, puis à la ville de Trainel qui eut à peine le temps de fermer ses portes, abandonnant aux voleurs ses faubourgs et les troupeaux qui s’y trouvaient réunis ; le château de Villeneuve-aux-Riches-Hommes n’échappa pas à l'invasion, et plus d’un malheureux y trouva la mort. Arrivés à Nogent, qu'ils menacèrent pendant deux jours, au moment de franchir la Seine, les deux chefs de bande se séparèrent, et Beaulieu tira vers Troyes, alors que Mireloset, à la tête de sept ou huit cents gens d'armes escortés de plus de mille goujats et filles de joie, se portait au-delà du fleuve sur Chalaustre-la-Grand. Chalaustre leur promettait une riche proie ; aussi l’assiégèrent-ils (30 août) et lui donnèrent-ils trois assauts ; mais la vaillance des habitants, en les repoussant, donna le temps à la garnison de Provins d'intervenir ; les brigands durent décamper et, poursuivis avec vigueur jusqu’auprès de Soissons, abandonner sur les chemins une partie de leur butin.

Ce succès encouragea lesétats du bailliage de Provins à se réunir en cette ville, le 5 septembre, pour aviser aux moyens de protéger le pays contre de nouvelles invasions de brigands : ils pouvaient s’y croire autorisés et même encouragés par les instructions que le due de Guise avait adressées, le 27 août 1577, aux villes de la Champagne, leur enjoignant « d’assembler tout ce qu’elles pourraient « d'hommes tant des villes elles-mêmes que des villaiges aux envi- « rons, pour Courir sus » à ces capitaines sans commission qui

1 Arrondissement de Coulommiers.

désolaient la province, « etles tailler en pièces », s'ils voulaient faire les opiniastres et continuer à tenir les champs!». Les états convinrent donc que « les villes de Provins, de Montereau, de Bray, de Nogent, de Pont-sur-Seine, de Sézanne, de Villenauxe, de Chalaustre, de la Ferté-Gaucher, de Vaudoy, de Rosoy, Jouy-le Châtel et Dannemarie feraient une ligue avec les gens des villages et leurs gentilshommes », à l'effet de constituer un corps mobile d'hommes armés, élus ou volontaires, dont l'entretien serait à la charge du clergé. On était assuré déjà du concours de la noblesse et des bourgeoiïs de Sézanne, de Barbonne, de Fontaine-Denis, de Villenauxe-la- Grand, de Chalaustre-la-Grand, de Bray et de Montereau. On solliciterait celui des autres villes, et, en attendant l’organisation de la ligue, on enverrait au roi des députés chargés de l’informer de la situation du pays et de la résolution des états.

Sans recevoir tout d’abord la députation, et avant de lui faire une réponse favorable, le roi n'eut pas été plutôt informé de la mission dont elle était investie (10 septembre\, qu’il donna l’ordre à M. de Beauvais, capitaine de ses gardes, de dépêcher contre les voleurs trois ou quatre compagnies, avec commission de les tailler en pièces et d’en prendre les chefs morts ou vifs. Versle 27 septembre, comme ceux-ci occupaient les villages de Saint-Bon, Saint-Genest et Villiers-Saint-Georges, vers « les cinq heures du soir, à l’heure « de leur souper », les gardes du roi, les surprenant à Saint-Bon, les dispersaient après leur avoir tué environ vingt hommes et fait quelques prisonniers (12 septembre).

Quatorze jours après (26 septembre), les milices de Troyes, de Sézanne et de Provins, qui s'étaient levées à la voix de Barbezieux, atteignaient Beaulieu au Mesnil-lez-Sézanne ?et le contraignaient à se rendre.

Ce double succès, en abattant l'audace des voleurs, releva le courage des campagnes et leur rendit un peu de sécurité, sans les

1 La lettre citée par Hérelle (La Réforme et la Ligue, p. 112) est adressée « à Messieurs les gouverneurs et échevins de la ville de Chaalons », ainsi que nous l'avons dit plus haut (p. 259, n. 2), mais il n’est pas douteux que les autres villes de la Champagne aient reçu pareilles instructions (Cf. celles de M. de Dinteville aux Châlonnais du 12 novembre 1580, ibid., p. 130).

2 Le Mesnil-sur-Oger.

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