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DÉVOUEMENT DÉSINTÉRESSÉ DE DINTEVILLE

affriandé de leurs dépouilles ; il fait un si pressant appel à leur amour de la patrie, « qui est ce que toute âme bien née a toujours « eu de plus cher » ; il les intéresse si habilement à la cause du roi, qui, « s’assurant de la fidélité de ses sujets, les convie tous d’une « et d'autre religion, sans distinction », à la défense du pays ; il sait en un moisi bien flatter leurs sentiments d'honneur et de loyauté que l’assemblée, pressée de répondre à la confiance qui lui est témoignée, proteste spontanément contre les bruits de ligue et d'association qui ont pu parvenir aux oreilles du roi: « Ce « serait, disent-ils, crime de lèse-majesté ; nousn’avons jamais voulu « que nous entr’aider contre les voleurs et les pillards ». On activera les travaux des fortifications, afin de mettre la ville à l’abri de toute surprise, et Dinteville y enverra des munitions !.

Il ne quitta pas la ville sans avoir rassuré le roi (4 février) sur la fidélité des villes de Champagne qu'il avait visitées, Provins, Nogent et Troyes ; ainsi, le 22 février, représenta-t-il les habitants de Reims comme très affectionnés à Sa Majesté.

Il revenait de Chaumont, où il avait demeuré quatre jours, et se proposait d'aller passer à Troyes les jours gras; mais, au moment du départ, une lettre du roi vint lui ordonner de se rendre à Châlons le plus tôt possible : « il y sera dimanche prochain l’après diner » ©.

Vitry sollicitait dans ce temps-là même la permission de se fortifier, et Dinteville se proposait (24 juin) d’y mettre une compagnie, pour empêcher toute surprise des huguenots. Jaloux d’assurer leur prépondérance, les Ghälonnais, sous le ‘prétexte que la clôture de cette ville causerait un grand préjudice et dommage à toute la province et spécialement à leur cité, envoyèrent à la cour, dans le mois d'octobre, cinq députés chargés non-seulement de s'opposer à l’obtention de lettres à ce nécessaires, mais encore de demander la translation dans leurs murs du bailliage et siège présidial de Vitry. Les députés avaient mission d'offrir à cet effet 3 ou 4,000 écus.

1 Hist. de Chaumont, p. 117 et 4118.

? Lettre du 40 février 1580 (La Réforme et la Ligue, Lettres, p. 121). Le dimanche était celui de la Quinquagésime, tombant le 14.

3 Arch. départ., fonds de Torcy, liasse de Vitry-le-François. Les Chàlonnais échouèrent dans leur dessein, mais ils ne devaient pas renoncer à leurs vues ambitieuses, comme on peut le voir par le Recueil de M. de Ballidart, ann. 1611, 20 mars 161%, 25 avril 1625. En ce qui touche les

Châlons voyait du reste un danger et un inconvénient pour lui dans la situation «des petites villes et bourgades nouvellement et depuis peu de temps fermées », et demandait à M. de Dinteville qu’elles fussent tenues « de resserrer leurs armes et vivres » dans ses murs « le cas échéant ! ».

Chaque ville, chaque village de la frontière se mettait du reste en défense : Somme-Suippe s’entourait de fossés et de remparts? et l'exemple menaçait de devenir contagieux dans la prévôté de Sainte-Menehould, sans grand profit pour.la sûreté publique. C’est que les protestants avaient repris les armes vers la fin de l’année 1579 *, entraînés par de honteuses intrigues (Guerre des Amoureux), et le roi de Navarre, prenant Cahors le5 mai 4580, s’y était, pendant six jours, baigné dans le sang des catholiques. Mais, la guerre une fois terminée, après que Condé, qui s'était enfermé à La Fère *, contraint de rendre la place au maréchal de Matignon (10 sept.), se fut réfugié en Allemagne, le roi dut, le 14 juillet 1584, interdire de telles dépenses aux bourgs et villages qui n'étaient point encore fermés.

Bien qu’en somme tout l’avantage demeurât, dans cette indigne guerre, au parti catholique, le roi, dont le trésor était épuisé, fut

fortifications, on employa bien des années pour les élever. On ne commença d’y travailler un peu sérieusement qu’en 1582, à cause des troubles qui désolaient le pays ; les paysans des villages situés dans une étendue de 3 lieues devaient faire les charroïis sans aucune indemnité de travail ou de nourriture, et ce pendant six années au cas où besoin serait (Lettre du roi du 11 janvier 1583). Mais l’activité demeura plus d’une fois suspendue, et les habitants travaillaient encore à corvée le 13 novembre 1610, le 15 juillet 1622, etc. (même Recueil, arch, de Vitry). M. Ballidart, écuyer, et pendant trois ans maire de Vitry, y présente tout ce qu'il y a d’intéressant dans les 49 registres que possédaient alors les archives de la ville depuis le 16 juin 1604 jusqu’au 27 février 4772. Ballidart mourut en

1 La Réforme et la Ligue, Lettres, 28 avril 1580, p. 123, note.

5 Moœnibus et vallo clauduntur Somsopiani

Anno mil. quingent. L. tribus X sociis.

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