‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 142 sur 327 · MASSACRE DES HABITANTS ET INCENDIE DE BROYES · texte numérisé non relu

MASSACRE DES HABITANTS ET INCENDIE DE BROYES

rités du lieu, quand il fut tué d’un coup d’arquebuse par un barbier. En le voyant tomber, les gens de guerre qui l’accompagnaient s’'échauffent, emportent d'assaut le bourg, massacrent sans distinction de sexe tout ce qu’ils rencontrent, et se retirent après avoir mis le feu aux quatre coins du bourg, dont il ne resta debout que 15 maisons.

Après le gros de l’armée vinrent les trainards et les voleurs, qui renouvelaient ou multipliaient les plaies du pays, et pour qui rien n’était sacré. On ne s’imaginera jamais, dit à plusieurs reprises le Chroniqueur de la Brie, ce que coûtèrent de sang et de larmes à la Champagne les prétentions du due et la politique équivoque de la cour soit à l’égard des partis qui divisaient la France, soit vis-à-vis de Philippe Il, que le salut du trône interdisait d'attaquer ouvertement et qu'irritaient les coups obliques portés à sa puissance. Que serait-ce donc, si au spectacle des ruines accumulées par le brigandage on ajoutait la désertion des champs demeurant sans culture, les angoisses de la faim, le fléau de la peste, qui désola une partie de la province (1580-1582) !, les ravages causés par les vents et les tempêtes, qui brisèrent en 1581 la rosace de la grande église Notre- Dame de Reims? et déracinèrent plus de 2,000 pieds d’arbres dans

1 I] menace un instant Châlons, et voici ce que présente de curieux à ce sujet la conclusion du conseil de ville du 46 août 1581 : Sur le rapport présenté par les maîtres chirurgiens et barbiers de Châlons, qui ont reconnu le s'Chéron Guérart et son fils être atteints de la peste, conclu que ledit s° Chéron sera enfermé dans sa maison, « et les ouvertures d’icelles fermées à barres et crampons de fer, et l’huis à cadenas ; toutes foys, si sa sœur se voulloit charger du petit enfant dudit Guérart, quine se trouve infecté, sera ledit enfant à heure secrette extraict de ladite maison, vestu d’habits neufz, que les gouverneurs feront faire, conduit en la maison d’icelle sœur, laquelle sera aussi resserrée pour longtemps comme ledit Guérart, et cependant {ant ausdits Guérart et sa sœur leur seront vivres distribuez et autres leurs nécessitez, à la discretion desdits gouverneurs et leur seront faictes deffenses estroïites de ne sortir de leurs dites maïisons et de n’y admettre aulcunes personnes, sur peyne de prison ét pugnition corporelle ».

2 « L’0.. du côté du Palais », dit Pussot. Elle fut rétablie la même année, par Nicolas Dérodé (V. le Journal de Pussot et l'Histoire de Marlot, t. IV, p. 445).

les forêts de la Forestière, de la Traconne et du Gaux ‘, et par-dessus tout l'accumulation incroyable des impôts que le roi, par des inventions sataniques, arrachait à son peuple pour en dissiper follement le produit, et qui achevaient de ruiner les riches en privant les pauvres de tout moyen d'existence ? ? Ces impôts devinrent tellement intolérables que les députés des villes de la Champagne, fortuitement rencontrés en la ville de Troyes (décembre 1581), se décidèrent à en demander au roi la révocation ou la diminution, en ayant soin d’adoucir leurs remontrances par des vœux pour qu’il plût au Ciel de perpétuer « son nom par heureuse lignée et postérité $ ».

Leur requête ne demeura pas stérile, mais les exactions de la royauté ne devaient pas plus prendre fin que ses profusions. $e sentant méprisé, maudit du peuple, et voyant grandir autour de lui une féodalité nouvelle aussi turbulente qu’indépendante, Henri III avait pensé se l’attacher par l'inauguration de l'Ordre du Saïnt- Esprit (4® janvier 1579)4, comme il crut séduire le peuple en instituant l’ordre des Pénitents blancs (20 mai 1582). Aïnsi n'omit-il point, pour récompenser le zèle des officiers municipaux de Langres, d'autoriser le premier magistrat de cette ville à remplacer par le titre de maire celui de procureur général, qu'il avait porté jusque-là (22 mai 1582). Ainsi, pour se concilier l’attachement des Troyens, autant que pour remédier au désordre des temps, « lequel, « comme le dit Pasquier, vient de deux sources : l’insolence des « gentilshommes et la connivence des juges », ordonna-t-il, le 8 août 1583, la tenue des Grands Jours à Troyes, « capitale de la « Champagne ».

La cour, présidée par M. de Morsan, second président au Parlement, fit son entrée solennelle le mercredi 7 septembre, assista, le9, à une messe du Saint-Esprit, et tint, le 12, sa première audience de plaidoiries. Celles-ci se poursuivirent jusqu’au samedi 17 décembre,

4 CI. Hatton, p. 1070. — La destruction de la rosace de la cathédrale de Reims eut lieu le jour de Pâques. — Gaux s’écrit aujourd’hui Gault.

2 V. passim, dans CI. Hatton, les fournitures de vivres, les contributions de guerre, les emprunts, les tailles, etc., dont la Brie était accablée, — L’Hist. de Provins, p. 166 et 467. — L’Hist. de Troyes, t. IV, passim.

3 Boutiot, p. 125.

4 Les lettres d'institution sont de décembre 1578. Louis de Lorraine fut

un des premiers chevaliers nommés.

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