CONCILE PROVINCIAL A REIMS
et quand messieurs de la cour retournèrent à Paris, le président voyagea escorté de la force armée !.
Quatre mois auparavant, Reims avait été témoin de deux autres entrées aussi solennelles que joyeuses. Après avoir été suecessivement promu au cardinalat, le 9 mars 1578, ordonné prêtre à Paris par l'évêque de Beauvais, le jour de la Purification de la Vierge (2 février 1582)?, et, seize jours après, consacré évêque à Saint- Denis par le cardinal de Bourbon, Louis de Lorraine avait, le 30 avril 1583, à 4 heures après midi, fait en grande pompe, au bruit de quelques fauconneaux, son entrée ducale par la Porte-Mars, étant « revestu de rouge, avec un grand chapeau noir, et monté sur un « cheval bayart » ; puis, le lendemain 1° mai, il avait fait son entrée archiépiscopale « en forme de procession, ayant les pieds nuz », et accompagné des évêques de la province, ainsi que d’un grand nombre de gentilshommes, d'officiers et de vassaux#. Le nouvel archevêque avait voulu honorer sa prise de possession par l’indiction d’un concile provincial : il en fit l’ouverture par sa première messe, où furent observées plusieurs belles cérémonies », notamment « celle du feu mis à des étoupes pendantes à la pomme dorée & au-dessus de l’entrée du cœur,.. tandis que le sous-chantre lui « disait : Pater, sic transit gloria mundi* ». Après quoi, dans une
! Boutiot, p. 128 et sq.
* Cest le 24 février de cette année que le pape Grégoire XIIL ordonna par une bulle l'exécution de sa réforme du calendrier. Le 3 novembre 1582, Henri IE, mandant la réforme à l’évêque de Châlons, lui donnait l’ordre de supprimer 10 jours entre le 10 et le 20 décembre suivant, de sorte que le 10 décembre fût réputé le 20, et ainsi de suite (Arch. dép. de la Marne, G. 160, p. 174). Dix-huit ans auparavant (janvier 1563, v. s.), Charles IX avait ordonné que l’année commencerait, non plus à Pâques, mais au premier jour de janvier (Isambert, t. XIV, p. 469).
3 Antoinette de Bourbon n'avait pas joui du triomphe de son petit-fils : elle était morte le 20 janvier précédent, à l’âge de 88 ans.
! « Père, ainsi passe la gloire du monde » (Journal de Pussot). L'Ordo receptionwm (Arch. de Reims, Statuts, 1. Æ, p. XI) dit : « … quando dominus pontifex debet intrare chorum pro missa celebranda, debet ad perlicam super hostium (ostium) chori pendere cum tenui filo parvus globus et rarus stuparum.., ». La perche se terminait sans doute par une pomme dorée, et c’est à cette pomme que Pussot fait allusion.
courte allocution qu’il adressa à l'assemblée, il lui indiqua les matières qu’elle devait traiter.
Le zèle que montra ce concile provincial à réformer les mœurs et les abus, « semble, dit Marlot, avoir servi d’aiguillon au peuple « pour implorer le secours du ciel contre les hérésies »; car, soit que les prélats, de retour dans leurs diocèses, eussent porté leurs ouailles à ces manifestations religieuses, soit qu’elles y eussent été excitées elles-mêmes par l'exemple du roi « en l'institution de la « confrérie des pénitents », la Ghampagne se couvrit, cette année, pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre, de troupes d'hommes, de femmes et d'enfants, qui se rendaient en pèlerinage à des sanctuaires vénérés, revêtus d’aubes trainantes ou couverts d’un linceul blane, d’où vint qu'on donna à ces processions le nom de processions blanches. Elles parcouraient souvent de grandes distances, en chantant des litanies d’un ton triste et lugubre, en invoquant la miséricorde divine avec des soupirs et des lamentations. Ainsi vit-on l’évêque de Soissons venir à la tête de son peuple dans la ville de Laon, puis à Notre-Dame-de-Liesse, où il célébra la messe. Ainsi le cardinal se plaisait-il à encourager la piété des Rémois, en accompagnant pieds nus leurs processions ‘. Notre-Dame-de-Liesse et Laon, Soissons, l’Epine et Corbeny étaient les lieux particulièrement fréquentés, et pour éviter le poids de la chaleur, on s’y rendait surtout la nuit, ce qui ne laissait pas d’engendrer de graves désordres ?.
Ces mouvements de zèle extraordinaires, marques accoutumées de l'inquiétude du peuple, ne présageaient que trop l'orage qui
1 De son côté, la ville de Reims reçut des pays Voisins des processions parfois si nombreuses qu’on ne comptait pas, à en croire Morus (Meurier), moins de 70,000 pélerins qui étaient nourris gratuitement (Anquetil, Hist. de Reims. t. I, p. 148). — C’est en ce temps-là que le roi vint à Mézières pour prendre les eaux de Spa. Il y passa le mois de juin 1583, jouant journellement au mail dans la prairie d’Arches. Il logeait au palais des Tournelles que venait d'achever Louis de Gonzague, en faveur de qui il avait, par lettres de décembre 1581, érigé le comté de Rethel en duché, en y joignant la baronie de Rozoy (Hist. du diocèse de Laon par le P. Le Long, p. 448).
2 V. les Mémoires de Jacques Carorguy, publiés en 1880, p. 3 et 4.