LA SAINTE LIGUE ET LE CARDINAL DE BOURBON
« fondamentale loi du royaume... et que la couronne de France est « si conjointe à ladite religion, que les sujets ne sont tenus d’obéir « aux rois qu'après leur sacre » et le serment qu'ils y prêtent de demeurer fidèles à la foi deClovis ? Il fallait done à tout prix éloigner l'hérétique du trône, écarter de la nation le danger qui lamenagçait, et raffermir la société sur sa base catholique : ce fut pour la ligue, à qui l'attente de la fin prochaine du duc avait déjà rendu la vie, l’occasion d’éclater sous le nom de Saënte-Union.
Le conseil secret des Séx qui la dirigeait à Paris n'avait pas travaillé à en reconstituer les cadres sans éveiller chez Henri IT de sérieuses inquiétudes. Dès les mois de mars et d'avril, Le roïappelait l'attention des villes de la Champagne sur les dangers qu’elles couraient, et le 5 juin la reine-mère confirmait ses alarmes en annonçant à la ville de Troyes qu'elle était menacée d’un siège'. Puis Henri accordait aux huguenots (septembre) la faveur de conserver deux années de plus leurs places de sûreté, et le 11 novembre il publiait une déclaration de lèse-majesté contre tous promoteurs et adhérents de ligues et associations qui n’y renonceraient pas dans l’espace d’un mois.
Le duc de Guise, que le conseil parisien avait choisi pour chef de l’entreprise?, pouvait se croire menacé dans sa liberté : il quitta Paris avec le duc de Mayenne, son frère, et ils se rendirent tout d’abord dans la Lorraine, près de Nancy ÿ, où les appelait le règlement des intérêts de la ligue. Il ne suffisait pas, en effet, de repousser du trône Henri de Bourbon, comme entaché d’hérésie, il fallait désigner un autre héritier présomptif de la couronne. Les prétendants ne manquaient pas, et leurs prétentions plus ou moins avouées assuraient à la ligue l'appui de plus d’un prince étranger. Le roi d'Espagne se flattait de voir monter un jour sur le trône de France sa propre fille, en vertu des droits qu’elle tenait, selon lui, de sa mère Elisabeth, fille aînée de Henri IL. Le duc de Lorraine, de son côté, aspirait, sinon à y monter lui-même en vertu de l’origine « carlingienne » que lui avait créée ses généalogistes, du moins à y
! Boutiot, p. 131 et 133.
2? Lezeau, Arch. curieuses de l Histoire de France, Are série, t. XIV, p. 41.
3 Chez M. de Bassompierre, mars 1984. — Mist. de la Ligue par de Chalambert, t. Ier, p. 18.
asseoir son fils, le marquis du Pont, qui était né de la sœur cadette d’Elisabeth, et pour qui la reine-mère marquait une certaine prédilection.
Henri de Guise mit tout d'accord en ajournant tout. Il lui fallait un prête-nom : il le trouva dans l'oncle du roi de Navarre, le cardinal Charles de Bourbon, dont le choix avait pour lui l’avantage d’être à la fois un désaveu des vues ambitieuses qu’on lui attribuait, et une reconnaissance des droits de la maison de Bourbon à la succession de Henri HI.
Sur cette base s’ouvrirent à Joinville, le 2 janvier 1585 !, entre les Guise et les représentants de Philippe IT et du cardinal de Bourbon, des conférences qui aboutirent, le 16 janvier, à un traité que le pape Grégoire XIII devait sanctionner le 15 février, après avoir verbalement autorisé les catholiques à prendre les armes contre les protestants, éloignant tout scrupule de conscience qu'on pourrait avoir pour cet objet, car il était persuadé que le roi aurait cela pour bien fait.
Par le traité de Joinville, qui fut, dit-on, renouvelé à Reims par le due de Guise, le 2 septembre ?, le cardinal de Bourbon était reconnu héritier présomptif de la couronne, à l'exclusion de tout prince non catholique ; — l'exercice de toute autre religion que la catholique était interdit ; — le concile de Trente devait être reçu dans le royaume ; — la ville de Cambrai, dont le duc d'Anjou s'était emparé, et que la France retenait encore, devait être rendue à l’Espagneÿ ; — enfin Philippe Il s’engageait à fournir à la Sainte-Union 50,000 écus d'or par mois, et à verser immédiatement 600,000 éeus,
1 V. la Relation d’un contemporain, insérée dans Marlot, p. 463 et sq. On s'était réuni le 31 décembre 1584.
? Hist. des ducs de Guise, t. Il, p. 130, n. 2. — V. ci-dessous p. 287, n, 3.
3 Le Traité de Joinville, s’il fallait en croire M. H. Martin, « livrait l’intérieur à l’ultramontanisme, les frontières et l’extérieur à l'Espagne », et la ligue aurait toujours été « anti-nationale dans sa direction » (t. IX, p. ÿ&1). M. H. Martin a-t-il donc oublié que les rebelles avaient promis à Elisabeth Ze Havre comme gage de la restitution de Calais, à Casimir l’administration des Trois-Hvêéchés pour prix de son concours, et qu’en même
temps qu'ils livraient les clefs de la France à ses plus mortels ennemis, ils livraient l’intérieur à l’esprit révolutionnaire et au démembrement féodal ? «Il faut équitablement, dit l'historien des ducs de Guise, se rappeler ici que,