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LE DUC DE GUISE INTRODUIT A REIMS PAR LE CARDINAL

garantis pour les deux tiers par le duc de Lorraine, et remboursables par le cardinal devenu roi.

Ces dispositions arrêtées, le due de Guise, tandis que Mayenne partait pour Dijon, quitta Joinville se dirigeant sur Châlons, non sans avoir adressé (19 mars) à tous les parlements une lettre explicative des « occasions qui le contraignaient avec un indicible regret « de prendre les armes ». Après s'être, en passant, assuré de Saint- Dizier et de Vitry (20 mars) !, il fit, le 21 mars, son entrée solennelle à Châlons par la porte d'Allemagne. Au même moment, par la porte opposée ?, arrivait de Troyes M. de Dinteville, lieutenant général de la province, qu’une dépêche du roi y amenait pour en fermer les portes au due # ; mais, ne se trouvant le plus fort, il dut, après une conférence sans résultat avec ce prince, se retirer et regagner sa résidence, où l’avait devancé une lettre de Henri III félicitant les Troyens de leur dévouement et leur ordonnant de ne laisser pénétrer dans leurs murs que M. de Dinteville (23 mars)‘. Henri se flatta peut-être de réparer l’échec de son lieutenant en dépêchant à Ghälons le baron de Lux, qui s'y présentait le 26. Guise reçut avec distinction son envoyé, mais sans lui permettre de conférer avec le conseil de ville : « J'en dois rendre compte au roi », dit le baron; — « J'en rendray compte moi-même, reprit le duc; et aussy ne vous mettez en peine d’aller à Reims, où j’yray faire ceste commission ».

dès le 15 décembre 158%, un concordat, sorte de contre-ligue armée, s'était conclu à Magdebourg, entre Elisabeth et la ville de La Rochelle, pour sommer le roi de maintenir les édits favorables aux protestants, et de les faire cimenter par la garantie des Etats généraux. En même temps qu’elle offrait à Henri LIL contre les Guise des secours d'hommes et de deniers, la reine d'Angleterre, par sa puissance et ses promesses devenait l'âme de cette confédération en faveur de laquelle l'avait stimulée le roi de Navarre » (Bouillé, Hist. des ducs de Guise, t. Il, p. 132).

4 Vitry lui fit présent de brochets amenés vivants jusqu’à Châlons dans un tonneau plein d’eau, et lui fit porter à Arzillières un pâté fait d’une « grande et grosse carpe ». (Comptes communs, CC. 71, T° 129, 130 v°).

2 Porte de Marne.

3 Le roi lui avait écrit, le 12 mars, pour l’inviter à s’assurer de Reims,

Troyes, Châlons, Montereau, Langres et Sens, qui sont les villes principales

et les plus menacées (Hérelle, Documents, t. II, p. 127).

4 Boutiot, p. 136.

En effet, après avoir laissé à Châlons une garnison ‘ sous les ordres de M. de Rosne, le ducalla occuper Epernay (26) et s'avança ensuite vers Reims dans l'intention d’y entrer le lendemain par la porte de Vesle ; mais, le 26 même, était arrivée au conseil de ville une commission royale qui défendait de le recevoir, et cette assemblée, tout d’abord décidée à s’y conformer, avait remis la garde de la porte à un capitaine d’une fidélité si éprouvée qu’un changement de résolution du conseil ne put l’ébranler. Le cardinal prit alors le parti de tourner la difficulté, en faisant conduire son frère par Cormontreuil à la porte Dieu-Lumière, et en s’y rendant lui-même à la tête d’une partie de ses gardes (27 mars). Bientôt apparait le due, qui, feignant d'être surpris à la vue du prélat, lui dit : « Que faites-vous là, monsieur le cardinal ? — Je suis de garde, vous n’y entrerez pas ». Puis, riant de l’ébahissement du bon peuple et des portiers, tous deux se prennent par la main et se rendent à Saint-Remy. Le conseil devait bien refuser au duc les clefs de la ville: mais celui-ci? eut le bon esprit de ne point paraitre offensé de sa résistance et laissa au cardinal le soin de lui rallier toutes les sympathies®.

Quatre jours après (31 mars), paraissait, sous le nom du cardinal de Bourbon, le manifeste de la Ligue, imprimé à Reims et publié à Péronne, auquel le roi devait opposer, dans le courant d'avril, une assez pâle justification de ses actes, et Henri de Navarre sa déclaration du 10 juin, qui se terminait par un défi chevaleresque au duc de Guise.

Indubitablement, comme l’écrivait Dinteville au roi, Le Rubicon était passé, et sans perdre de temps il fallait arrêter le chef de la ligue par les armes ou les négociations. Henri IL avait plus de troupes que le duc de Guise, qui n’avait pas encore réuni en Champagne 12,000 combattants ; mais Paris était ligueur, et au moindre revers il fallait craindre une insurrection qui ruinerait tout ; « les « huguenots inspiraient » d’ailleurs « à Henri Ill encore plus de

1 V. la lettre de Henri de Lorraine écrite « de Vitry, le dernier jour de juillet 1585 » (Hérelle, La Réforme et la Ligue, Lettres, p. 135).

> V. Marlot, £. IV, p. 463, note 1, et p. sq.

3 Le duc devait faire à Reims son entrée solennelle le 13 octobre 1586

(Marlot, t. IV, p. 464).

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