‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 147 sur 327 · CATHERINE TENTE D'ARRÊTER LE DUC PAR UN TRAITÉ · texte numérisé non relu

CATHERINE TENTE D'ARRÊTER LE DUC PAR UN TRAITÉ

« crainte et d’aversion que les ligueurs ! ». Le roi prit le parti de traiter, et « le 30 mars 1585°, écrit l'Etoile, Catherine de Médicis, « avec l’archevêque de Lyon et le sire de la Chapelle aux Ursins, « s’achemina en Champaigne vers le duc de Guise pour entendre de « lui les causes de ce remuement, car la bonne dame en estait igno- « rante ». On avait pensé négocier à Châlons, maisil fallut s’arrêter à Epernay, où la reine arrivait le 2 avril, pour tomber malade d’une fièvre violente. Mandé tout aussitôt, le duc ne songea qu’à se fortifier en dépêchant des agents dans les villes de la Champagne, en se ménageant des intelligences dans les Trois-Evéchés, et en mettant la main sur l'argent que la reine envoyaità la garnison de Metz 5. Puis, laissant à Pontfaverger quelques troupes afin de surveiller Reims, il part pour Sainte-Menehould, dont il avait vainement tenté, un mois auparavant (20 mars), d'ébranler l’attachement au roi, et de là court à Verdun que les habitants venaient de livrer, le samedi saint, 20 avril, à Saint-Pol, un de ses capitaines! A peine de retour à Châlons, il apprend que Toul, Villefranche, Mouzon, Rocroy,

1 H. Martin, p. 549.

? C'était le jour même où, effrayé des irrésolutions du duc de Nevers, son beau-frère, le duc de Guise lui écrivait pour lui marquer la peine et le trouble où elles le jetaient (Hist. des ducs de Guise, t. I, p. 143).

$ La Reine au Roi, 16 avril, dans la Revue des Questions hist., 1° avril

+ Saint-Pol, qui est appelé à jouer pendant la Ligue un rôle important, s'appelait Antoine de Montbeton de Saint-Pol; mais l’histoire ne le connaît que sous ce dernier nom. Il était né vers 1550 (Biographie ardennaïse, art. Montbeton).

« Ce petit compagnon, dit la Lettre d’un gentilhomme de Champagne à un conseiller de Paris (Paris, chez Jamet Mettayer et Pierre L’Huillier, imprimeurs et libraires ordinaires du Roy), estoit fils d’un fermier, qui faisoit du tiercelet de noblesse, avoit reçu bonne nourriture en la maison de Monsieur Beauvais-Nangy avec quelques biensfaicts et advancements, et estoit si petit au voyage de Polongne, que je peux dire lavoir veu là, qu’à son retour monté sur un bidet de quinze escuz, portant luy mesmes sa petite valize derrière, sans avoir à peine un laquais ; depuis, d’arquebuzier il devint membre de compagnie de gens de pied, et au commencement de la Ligue eut quelque charge .sous le feu duc de Guise, la faveur duquel lui pourchassa une riche veufve »{(p. 9 et 40).

Châtillon-sur-Marne ‘et Mézières (20 avril) ?, ont reconnuson autorité. En même temps ses agents l’avertissaient qu’ils tenaient 36,009 hommes à sa disposition, qu'il « aurait tout ce qu'il voudrait, que « la noblesse lorraine s’y meslait ? ».

Henri de Guise se décide alors à se rendre à l'appel réitéré de Catherine et arrive à Epernay, le 29 avril, avec le cardinal de Bourbon. Une première entrevue, qui eut lieu, le 30, chez la reine, laissa les choses en l’état : « Nous n'avons rien gagné, écrivait tris- « tement Catherine à son fils, nous n’avons rien gagné sur eux, « cramponnés à la révocation de l’édit de l'exercice des prétendus « réformés ». Elle ne se décourage cependant pas et donne au duc un nouveau rendez-vous pour le 6 mai; mais, le 5, celui-ci tourne le dos à Epernay et va coucher à Châlons. Si ce n’est à Epernay, l’entrevue aura done lieu à Jâlons, qui est entre les deux villes: la reine y viendra déjeüner avec son conseil, et elle compte sur son neveu‘. Contraint de s’y rendre, Henri de Guise n’y vient que pour trainer en longueur les négociations (6 mai), et rendre nécessaires de nouvelles entrevues. Deux se tiennent à Sarry, le {+ et le 15 mai 5, à la faveur desquelles le ducinstalle aux environs de Verdun 3,000 reîtres et 3,000 lansquenets, et presse l’arrivée de 8,000 Suisses. La reine se décide alors à regagner Epernay, où elle arrive le 16 mai, et où, douze jours plus tard (28), elle a avec Henri une cinquième

1 La Reine au Roi, 16 avril, dans la Revue des Quest. hist., 1 avril 1880, p.470. « Un capitaine Jacques », avant le 17 avril, avait surpris cette « petite bourgade fermée, en laquelle il y a ung assez bon chasteau,.. qui « est... assis sur ung hault,.…. propre pour empêcher le commerce de la ri- « vière », et il y avait tué cinq des habitants qui ne songeaient à se défendre.

? Cette ville reçut pour gouverneur Saint Pol, qui ne tarda pas à y construire une citadelle.

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+ Elle devait y revenir le 5 juin, et y coucher cette fois par suite du

3 Henri, La Réforme et la Ligue en Champagne, p.

mauvais temps (La Reine au Roi, 6 juin).

5 Le lendemain 16, un jeudi, la reine et le duc allaient à l'Epine (lettre de la reine du 22 mai). — Cinq jours plus tard, le 91, le duc, toujours préoccupé des incertitudes du duc de Nevers, lui écrit de Châlons: ... « J'espère que cela vous fera haster à une sainte résolution où desjà tout ce que vous pouvez aymer ect embarqué. J'en supplie à Dieu qu’il vous en donne et à nous la grâce », (Mss. Dupuy, v. 590).

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