TRAITÉ DE NEMOURS. — DÉPIT DU ROI
conférence. Une sixième plus solennelle, à laquelle assistent, d’un côté les conseillers de Catherine, de l’autre le duc de Lorraine, le cardinal de Bourbon et l’évêque de Chälons avec plusieurs grands seigneurs (30 mai), n’est guère plus fructueuse que les précédentes, et la reine fatiguée annonce son départ pour le lendemain. Sur cette déclaration, l’on se décide à examiner et à discuter, articles par articles, les propositions qu'avait adressées le roi ; mais la journée ne suffit point à cette tâche, que le duc n’avait hâte d’ailleurs de terminer. Celles du 4% et du 7 juin s’épuisent en débats stériles sur le choix des places de sûreté à accorder aux catholiques.
Cependant l'attitude des Guise devenait de moins en moins rassurante : le duc d’Aumale était arrivé à Reims, et ses troupes campaient dans tous les villages des environs, « faisant tous les maulx « du monde ; aussi le pauvre peuple s’enfuyait devant eulx, comme « siestaient diables, et ne trouvaient plus dedans les villaijes « bestes, ni gens, ni meubles quelconques ‘.. ». Sous deux outrois jours, l’armée des Guise devait se joindre à celle de Mayenne entre Anglure et Sézanne ; déjà des garnisons occupaient Ecury, Condé, Tours et autres villages jusqu'aux portes d’Epernay ; le 44 juin, les reitres de la ligue ont dépassé Châlons, et tandis que les unsallaient loger entre cette ville et Epernay, les autres allaient rejoindre le gros de l’armée à Méry-sur-Seine.
À ces nouvelles la reine s'inquiète et convoque le duc à Epernay pour le 20, bien résolue, quoi qu'il arrive, à regagner Paris ; mais Henri était trop fort pour ne pas être certain du succès. Comme ses demandes ne lui sont plus disputées, on parvient cette fois à s’entendre (19 au soir?, 21, 22 juin), et la reine écrit joyeusement au roi pour lui communiquer ses espérances de paix : « Îlest vrai, ajoute-
1 La reine à Brulart, 6 juin. — Le 4, « noble homme Denis de Royssieu, conseiller du roy, trésorier de France, demeurant à Paris, avait passé avec Noël le Prince, Jehan Stapart et Jeh. Thévenier, marchands bouchers à Châlons, un marché par lequel lesdits bouchers s’engageaïent à fournir à l'armée de la Sainte-Ligue, au lieu qui serait ordonné, de 6,000 à 10,000 livres de chair par jour, par 2/3 bœufs et 1/3 mouton, et ce tant que la dite armée séjournerait es environ de Châlonset ne s’éloignerait d’icelle de plus de 36 lieues ». Noteinédite de M. L. Grignon.
? Cette conférence du soir avec leduc avait été précédée, le matin, d’une autre conférence avec le cardinal son frère.
NE
« t-elle, qu'il y a encore quelques petits articles à accorder, et ceulx « de l’argent que je trouve fort pesans. Toutefois il faut en sortir, « puisqu'il a pleu à Dieu que nous sommes d'accord du reste ! ». On en sortit enfin le 7 juillet à Nemours, où les articles de la pacification furent arrêtés, signés et envoyés au roi.
Ce fut le traité de Nemours, qui interdisait en France l'exercice de toute autre religion que la romaine, ordonnait aux ministres de sortir du royaume dans un mois, et aux calvinistes récalcitrants dans six mois, cassait les Chambres miparties, reprenait aux huguenots leurs places de sûreté, donnait comme telles pour cinq ans, au duc de Guise, Châlons, Mézières ?, Saint-Dizier, Toul et Verdun : au cardinal de Bourbon, Soissons ; au duc d’Aumale, Rue; au duc de Mercœur, Dinan, le Conquét; au duc de Mayenne, Beaune et le château de Dijon, et mettait à la charge du roi la paye des garnisons de ces places, en même temps que celle des troupes étrangères du duc. À tout prendre, ce n’était que la contre-partie, longuement disputée à un adversaire victorieux, de ces traités autrefois si facilement accordés à un parti rebelle et abattu, et si Za Ligueestait à cheval, comme dit l'Etoile, Le rot n’était pas plus à pied cette fois que par le passé. C'était une humiliation de plus qu’il subissait; mais elle lui fut d'autant plus dure que l’allégresse populaire qui accueillit le traité s’adressait bien moins à lui qu’au duc et grandissait l’ascendant de ce prince. Il ne prit même pas la peine de dissimuler son dépit, quand, pensant renouveler vis-à-vis du premier président du parlement, du prévôt des marchands, du doyen de la cathédrale et du cardinal de Guise qu'il avait mandés au Louvre (41 août), le subterfuge qui lui avait réussi auprès des députés des états généraux de 1577, il leur dit qu’en révoquant son dernier édit de pacification, c'était à leurs prières et doléances qu’il avait cédé : c’était à eux par conséquent à l'aider à conduire heureusement la guerre qu'ils lui mettaient sur les bras.
! Sur toutes ces négociations consulter le travail de M. E. de Barthélemy inséré dans la Revue des Questions historiques, livraison du 1° avril 1880, et les Documents de M. Hérelle, t. Il, p. 441, 442. |
? V. aux Documents, t. Il, p. 177, le texte de la commission donnée, le 29 juillet 1587, par le duc de Guise à la Vieuville pour le gouvernement de Mézières qu'il a « pleu à S. M. nous commettre, bailler et affecter particulièrement pour seureté de nostre religion catholique ».