DÉFIANCE POPULAIRE, — AUDACE DES GUISE
Or on ne peut faire la guerre sans deniers : que M. le premier président et ses collègues ne viennent donc pas lui rompre la tête de la suppression de leurs gages, ni les bourgeois de sa bonne ville de Paris, de celle des rentes de l’hôtel-de-ville. Quant au clergé, il entendait bien user de ses revenus sans attendre pour cela le consentement du pape, car c'était une guerre sainte qui allait éclater. Le premier président essayait de répondre : « Il eût mieux « valu, s’écria le roi, m’en croire et faire la paix ; j'ai grande peur « qu’en voulant perdre le prêche, nous ne hasardions fort la messe ». Et sur ce, il les congédia.
Cette sortie railleuse et colère de Henri III, en dévoilant sa pensée secrète, ne pouvait qu'accroître les défiances populaires et exciter le zèle catholique : il demandait à la bourgeoisie parisienne 200,000 écus, elle les vota sur le champ. L’audace des Guise s’acerut en même temps de la faiblesse du roi, et « il n’y eut rien qu'ils n’osas- « sent dans la suite ».
Dès le 49 juin, le duc avait donné au sieur de Rosne, chevalier de l’ordre du roi et capitaine d’une compagnie de 50 hommes de ses ordonnances, commission pour commander ex son absence au gouvernement de Champagne, en même temps qu'il l'avait investi de la garde de Châlons‘. Le 11 août, il se fait prêter serment d’obéissance par le conseil de cette ville, qui, le 41 octobre suivant, devait enjoindre aux protestants de remettre toutes leurs armes offensives et défensives?. Il augmente les fortifications et les garnisons de ses places, établit dans les villages voisins ses compagnies françaises, allemandes, italiennes, albanaises, et recommande sans cesse de faire bonne garde. La Champagne subit de plus en plus l’ascendant du chef de la ligue. La ville de Troyes, surveillée par Dinteville, demeurait à peu près seule fidèle au roi°. Le duc y vint, le 9 sep-
4 Arch. munic., Reg. XVI.
2 Cette prescription fut confirmée par une conclusion du 22 novembre 1586, conforme à une lettre du duc de Guise écrite à la même date, qui recommandait « de ne faire aucun mal aux prétendus réformés, mais bien de prendré garde à leurs actions, en ne leur laissant aucune arme ni moyen de faire mal, et en leur faisant commandement, la nuit venue, de ne sortir de leurs maisons » (Reg. des Conclusions).
5 A Provins, le clergé, entraîné par le cardinal de Pellevé, archevêque
nn = = - = —
tembre, en grande compagnie, et son séjour donna lieu à de nombreuses fêtes, au milieu desquelles on ne manqua pas de brûler la figure de l’hérésie !. Les circonstances avaient divisé la compagnie des arquebusiers ; le 9 février 1586, le duc en autorise la réorganisation. Le roi s’opposera à celle-ci le 22 suivant, comme, le 5 juin, il interdira toute réunion des arquebusiers ; comme le lendemain, restreignant les libertés municipales, il substituera à l’élection du maire la nomination royale ; mais ces mesures de défiance n'étaient guère propres à relever le prestige de son autorité. Il le vit bien quelques jours après.
Le roi avait, en 1580, fait don à sa sœur, la reine de Navarre, de la création de deux maitrises par corporation dans toute la France. Le 29 juin, arrivèrent à Troyes deux commissaires pour contraindre chaque corporation, non à recevoir de nouveaux maîtres, mais à leur payer 24 écus pour être dispensés de lever le métier. Or le peuple était alors très pauvre, la récolte mauvaise, le pain cher, la peste régnait et le travail avait cessé. Comme les remontrances faites aux commissaires étaient dédaigneusement repoussées, la foule s’ameuta, tua l’un des huissiers qui les accompagnaient, pilla la maison du greffier du bailliage et brüûla les archives ; elle ne se retira qu'à minuit pour renouveler ses excès le lendemain, dès 4 heures du matin. Les compagnies furent appelées; mais «elles « étaient très froides, ne voulant pas défendre les gabeleurs», et sous la conduite d’un tisserand, qui de l’arme qu'il portait se faisait nommer le capitaine La Fourche, la populace pilla trois nouvelles maisons, dont elle soupçonnait les propriétaires ? d’avoir fait venir les commissaires royaux. Il fallut recourir à la force armée pour dissiper l’émeute. La Fourche avait été arrêté dans la lutte, où succombèrent plus de 80 des siens ; arrivé le {* juillet à Troyes, Dinteville le fit pendre avec sa femme et deux autres chefs de la sédition.
de Sens, a juré la ligue le 20 août ; la noblesse, le lendemain, après avoir communié. Le peuple ne tardera pas à suivre cet exemple. (Hist. de Provins, t. Il, p. 171 et 172.)
1 Boutiot, t. IV, p. 140.
3 Les propriétaires étaient, avec le greffier Cousin, Sanguin, Bornot et Nicolas Largentier, qui tenait le grenier à sel.