‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 150 sur 327 · TROUBLES A TROYES. LE DUC LES APAISE · texte numérisé non relu

TROUBLES A TROYES. LE DUC LES APAISE

Mais le travail manquait toujours, et la misère, mauvaise conseillère, devenait de plus en plus poignante. « Les états étaient du tout « cassés », et certains métiers disaient « qu’il fallait faire partage « avecles riches ». Il y eut, à la fin d'août, de nouvelles mutineries. Cette fois le maire et les échevins prennent le parti de s'adresser au duc de Guise, et une députation part pour Joinville, bien fournie de jambons de Mayence et de langues de bœuf pour le duc, de linge et de confitures pour la duchesse. Le duc venait précisément à Troyes : il rencontra à Doulevant la députation, et continua son voyage avec elle ; à son arrivée dans la ville, il fut salué par l'artillerie et la mousqueterie. Sa première pensée fut de réduire la garde de jour et de nuit (9 septembre), et de prendre (11 septembre) les mesures nécessaires pour assurer du travail et du pain aux ouvriers. Il fit acheter du seigle et de l'orge pour les mélanger, organisa des œuvres publiques avec l’intervention du clergé, fit tripler la taxe de l’aumône. Il passa dans ces soins une partie du mois de septembre !. Mais les désordres qui les avaient appelés, n’en coûtèrent pas moins 1,500 livres à laville (septembre), et déjà, dans le cours de juillet, elle avait dû payer 9,000 écus pour sa part de la dépense d'entretien, pendant quatre mois, de 27 cornettes de reîtres ou 8,100 hommes, et de 20 enseignes de Suisses ou 6,000 hommes ?.

Cependant les Guise avaient, au commencement de septembre 1585, résolu * d’attaquer le duché de Bouillon, « pays des Marches »,

4 Boutiot, ibid., p. 443 et sq.

? Id., p. 448. Le roi pour cet objet faisait lever sur les villes du royaume 516,800 écus, et les 19 villes closes et gros bourgs du bailliage de Troyes étaient chargés de 13,510 écus. — Le pape avait, dès le 30 janvier 1586, accordé au roi l’aliénation de 50,000 écus de rente des biens ecclésiastiques du royaume, et, le 12 août, Cosme Clause, évêque de Châlons, en conséquence des lettres de commission qu’il avait reçues le 17 avril, invitait les bénéficiers de son diocèse à acquitter leur taxe par tous les moyens en leur pouvoir (Documents par M. Hérelle, t. I, p. 158 et sq.). Pour le diocèse de Reims, le roi avait chargé l'archevêque et le baïlli de Vermandois d'y procéder sans délai à l’aliénation des biens (Arch. dép. transférées aux archives de Reims, série G186).

3 11 y eut à ce sujet deux réunions, l’une à Orcamp, riche abbaye de l’ordre de Citeaux, à une lieue de Noyon, et l’autre à Reims, où « estoient

qui, depuis 1530, était devenu à la fois le refuge des proscrits religieux et un-ardent foyer de propagande, pour tout dire, en un mot, « une petite Genesve ». Cette guerre pouvait entretenir l’armée «en « lieu propice età propos », et la possession des passages de la Meuse devait accroître la popularité et la puissance des ligueurs. Un jeune favori du duc, originaire de la Brie, dont nous avons déjà fait mention, le capitaine Saint-Pol, posté, depuis avril 1585, à Mouzon, s'était chargé d'ouvrir les hostilités, et le 25 février 1586, il s'emparait de la petite place de Douzy. Des représailles ne tardèrent pas à s'exercer. Dans la nuit du 17 au 18 novembre, les Sédanais, sous la conduite de Montmarin, leur gouverneur, surprirent la ville de Rocroy, où ils tuèrent les sentinelles, le gouverneur et son fils, pillèrent les églises et mutilèrent les images ‘; mais le duc de Guise, sans s'arrêter au désaveu du duc de Bouillon, et sans attendre la permission du roi, vint assiéger Rocroy et la reprit à Montmarin par composition (24 décembre) ?. Maître de la place, il joint bientôt à la possession de Douzy celle de Raucourt (4 janvier 1587) et menace Sedan. L'hiver ne l’arrête pas plus que les ordres du roi, et ses succès entraînent dans la ligue le duché de Guise et les différentes places du diocèse de Laon, à l'exception de cette ville et de La Fère. Il faut arracher en quelque sorte au due la trêve de Reims (27 avril 1587), qui, bien que successivement prorogée jusqu'au 31 décembre, ne devait point terminer les hostilités. Les La Marck et les Guise allaient se combattre sur un autre terrain.

Une grande armée allemande *, de 30 à 40,000 hommes, se for-

« Mesdames de Guise et de Vendôme, le cardinal de Guise, les évesques « de Soissons et de Meaux, les députés du clergé de Laon, les sieurs de « Rosne et de Brissac » (Henri, p. 83, et de Thou, t. IX, p. 610).

1 Ce fut pour le duc de Guise l’occasion d'appeler l'attention des Chäâlonnais sur la nécessité de se bien garder (V. ci-dessus, p. 241, n. 2).

? V. le texte de la capitulation dans les Documents, t. I, p. 164.

$ Le Verdunois y fut compris à la première prorogation du 48-juin au 27 juillet, à la demande adressée, le 20 mai, par les états de Verdun à

Mgr de Guise, à Reims, où lareine mère du roi se doit trouver (Documents, tAI[p1470):

$ Elle se composait de 8,000 reîtres, 4,000 lansquenets, 20,000 Suisses et 4,000 arquebusiers français. Nous sommes ici dans la VII guerre civile.

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