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RÉSULTATS DES GUERRES D'ITALIE

conduite de ces capitaines, les compagnies d’aventuriers ou étrangers, Suisses, lansquenets, qui soutenaient alors presque seuls en Italie l'honneur de la France, firent des merveilles, jusqu’à triompher des Suisses, quand ceux-ci eurent abandonné le service du roi; tant il est vrai que la moralité du soldat, soutenue par l'exemple des chefs, fait la principale force d’une armée.

Les guerres d'Italie eurent aussi sur l’art et la littérature une influence singulière : car, en présence des chefs-d’œuvre de l’école italienne, les formes ascétiques et naïves de l’art chrétien firent place à la chair et au coloris de la beauté païenne ; nos artistes se rapprochèrent du moins de la nature. D’un autre côté, les séductions de la littérature antique, en portant tout d’abord l'esprit français à une imitation servile de la forme, firent perdre à notre langue ce tour gracieux et spontané qui lui était propre, pour l’embarrasser de constructions bizarres et d’épithètes oiseuses. Mais une étude approfondie de la pensée devait donner au caractère national plus de gravité, en même temps que, disciplinée par la scolastique, la langue devait devenir celle du bon sens et de la raison.

Pour le moment, la Champagne ne se ressent point ou se ressent peu de cette révolution. Elle a donné le jour, vers 1421, à un écrivain chez qui une allure franche et dégagée n’exclut pas la disposition à chercher les mots nouveaux : c'est le poète satyrique Coquillart, né à Reims « d’une famille sans nom comme sans fortune ». Après s'être signalé dans le barreau par la droiture de son jugement et l'étendue de son savoir, il était allé, plein d'illusions, chercher fortune à la cour ; mais, « fils d’un père sans écusson », et ignorant l’art de plier, il n’y rencontra que froideur et dédain. Désabusé, il revint au pays natal, où la religion le consola de ses déceptions, en même temps que le culte des lettres et ses succès d'avocat le mirent en honneur. Juvénal des Ursins, appréciant son mérite, en fit son procureur et par suite son représentant au conseil de ville (1470).

Victime des rigueurs de Cochinat, qui le fit jeter en prison, il se vengea à la mort de Louis XI, en stigmatisant l’avidité de ces ministres des rois qui font servir leur pouvoir à s'enrichir des deniers du peuple.

Entré dans les ordres et bientôt pourvu d’un canonicat (1483),

que devait couronner le titre d’official, il n'oublie pas son rôle de poète moraliste et livre aux scandales publics de vigoureux assauts.

Malheureusement, si ses poésies se recommandent par la facilité, le naturel et la simplicité, parfois légères dans le choix du sujet, elles sont trop souvent licencieuses dans l'expression, et font trop de sacrifices à l’équivoque et au mauvais goût de l’époque ; à l’originalité, elles joignent une excessive indépendance. À ce point de vue, on peut dire de Coquillart, dont le berceau appartient au moyen âge et la tombe à la Renaissance, qu’il inaugure les temps modernes. [l mourut le 42 mai 1510 1.

En même temps que l'esprit humain tendait à prendre son essor, l'imprimerie, qui venait d’être découverte (1441), commençait à multiplier les trésors de la science, en consacrant ses premiers travaux au service de la religion. Pierre Lerouge imprimait à Troyes, en 1483, le Bréviaire du diocèse, et, en 1499, les Postilles et Expositions des épitres et évangiles dominicales ; Arnoulf Bocquillom, à Châlons, en 1483 ou 1493, le Diurnale ad usum ecclesiæ Cathalaunensis, qu'il datait du 24 juillet ?: Guillaume Tavernier, à Provins,

1 V. la Notice sur la vie et les œuvres de G. Coquillart par M. Tarbe.

? L’incertitude de l’année vient d’un lapsus de l’imprimeur, qui a omis entre les mots quadrigentesimo et tercio celui d’octogesimo ou de nonagesimo, représentant le nombre ordinal des dizaines. Il existe deux exemplaires du Diwrnale, dont lun, qui est à la bibliothèque Bodléienne d'Oxfort, porte la signature de Pierre Dey, chanoine de Châlons, et l'autre, qui est sur peau de vélin, se voit à la bibliothèque nationale de Paris (salle Mazarine). Nous devons ces précieux et intéressants renseignements à l’obligeante érudition de M. Claudin, qui incline à penser que la date 1493 doit être préférée à celle de 1483.

Il est un autre ouvrage qui se voit chez M. le duc d’Aremberg, à Bruxelles : c’est un livre intitulé :

Les dictz des Oyseaux et des Bestes par Histores.

A la dernière page on lit :

Imprimé, à Chaalons par Estienne Bally, imprimeur demourant devant N'*° Dame en Vaulx près la Grosse Teste.

Il semblerait, selon M. Claudin, avoir été imprimé vers 4490 ou 1495.

D’autres le rapportent à l’année 1510.

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