LES ALLEMANDS VIENNENT AU SECOURS DES HUGUENOTS
mait pour venir au secours des huguenots, sous la conduite du burgrave de Dohna! et du due de Bouillon. Il importait de pourvoir au plus tôt au salut de la France. Un mois après la conclusion de la trève (27 mai), les chefs de la ligue, réunis à Reims avec « la reine « mère du roy et la fille de Lorraine ? », délibéraient sur ce grave intérêt ; le 23 juin, un édit royal convoquait les compagnies d’ordonnance à Chaumont pour le 20 juillet; à Saint-Florentin et à Gien-sur-Loire pour le 1 août ; et le 4 juillet, Henri IT et Guise se rencontraient à Meaux pour discuter le. plan de campagne à suivre. La première division devait être commandée par le due, la seconde par Montpensier ; le roi se réservait, avec le commandement de la troisième, la meilleure part de ses forces, car elle comprenait 8,000 chevaux et 22,000 fantassins. Il espérait bien, en ne laissant au duc de Guise qu’une poignée d'hommes pour combattre l'invasion, l’exposer à une ruine certaine et demeurer maître de la situation : « Je détruirai mes ennemis par mes ennemis », répétait-il souvent en se promenant dans son Louvreÿ. L'événement devait tromper son attente.
Les Allemands viennent de passer le Rhin, et le duc de Bouillon, se disant « lieutenant du roi de Navarre en l’armée », les a rejoints avec 300 chevaux ‘. Les Langrois, qui avaient de ce côté un émissaire, en ont, le 4 août, donné avis à leurs voisins les Chaumontais, qui se mettent aussitôt en défense #. Mais la concentration de cette armée aux environs de Sarrebourg ne fut pas terminée avant le 27, et dès le 18 juillet le due de Lorraine, en prévision du danger qui Ie menaçait, avait envoyé d'Haussonville et de Lenoncourt sur la
1 Il était né en 4550 d’une des plus illustres maisons de la Prusse, et il mourut en 4621.
? Journal de Pussot, et Marlot, t. IV, p. 466.
5 « De inimicis meis vindicabo inimicos meos ». Davila, t. [L, p. 356. — Cf. l'Histoire des ducs de Guise, t. IT, p. 218.
4 Mém, de la Ligue, t. I, p. 211, et Mém. des choses plus notables advenues en la province de Champagne (1585-1598), publiés par Hérelle, 1882, p. 27.
5 Les uns et les autres ne se bornèrent pas à armer les remparts; ils se gardèrent encore des entreprises des protestants en les chassant. A Langres, particulièrement, où l’on était très royaliste, on avait porté la défiance contre le chapitre jusqu’à le désarmer (Délib. du 30 mars 4587).
mo mé
Sarre et la Moselle, avec mission d’ « empêcher que l'ennemi ne « les puisse premier emparer ; de visiter et rompre gués, ponts, « chemins, barques, bateaux, arbres ; de lever les fers des moulins, « enclumeset soufflets des maréchaux ; d’abattreles fours ; de faire « entrer en villes grains, meubles et paysans ; d'envoyer ce qui n’y « pourra entrer ès grandes forêts, montagnes et lieux inaccessibles « et détournés, sans toutefois rien précipiter, sinon en l'extrémité ! ». L'arrivée du duc de Guise et de 1,500 lances envoyées par le duc de Parme devait porter l’armée lorraine à près de 20,000 hommes ? ;
* mais il fallait pourvoir de garnisons les principales places. La valeur des troupes et l’habileté des chefs suppléèrent du moins au nombre, et si les Lorrains ne furent point toujours heureux dans leurs rencontres avec l'ennemi, ils parvinrent à faire échouer toutes ses tentatives sur les moindres bicoques ; ils bravèrent même toutes ses forces à Pont-Saint-Vincent, et leur duc put consacrer cet exploit par une fastueuse médaille Ÿ. Pressés par la faim, fatigués, Aarassés, acculés sans cesse, affaiblis par les divisions des chefs et par l’indiscipline des soldats friands de vin et de pillage, ce ne fut qu'après trois semaines de marche que les Allemands atteignirent la Champagne (16 septembre)‘.
Ils étaient, depuis quatre jours, campés à Saint-Urbain près de Joinville, où le due de Guise les avait prévenus et les attendait avec 2,000 chevaux et 2,000 hommes de piedÿ, quand leur arriva (22 septembre) un renfort de 1,500 huguenots languedociens et dauphinois que leur amenait, à travers mille obstacles, le fils ainé de l'amiral Coligny, François de Châtillon. Sur les avis de ce chef, ils se décidèrent à marcher vers la Loire pour joindre l’armée du
1 Lettres patentes des 18 et 21 juillet 1587.
* On en peut voir le dénombrement, sous la date du 12 juillet, dans les Documents, t. 11, p. 183.
3 Elle portait ces mots pour légende: « Zpsa sibi pretium virtus ». Digot, Hist. de Lorraine, t. IV, p. 247). — L'armée confédérée était arrivée au Pont-Saint-Vincent, le 5 septembre (de Thou, 1. LXXXVII, p. 29-32).
4 Ils étaient, le 17, à Guimont (Gudmont, dans la Haute-Marne, arrondissement de Vassy). V. l'Ephéméride de l'expédition des Allemands en
France par Michel de la Huguerye, p. 213.
5 Davila, ibid., p. 379-380.