‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 152 sur 327 · LE DUC LES BAT A VIMORY ET A AUNEAU · texte numérisé non relu

LE DUC LES BAT A VIMORY ET A AUNEAU

Béarnais, en passant par Châtillon-sur-Seine et Ravière-sur-l’Armançon. Ils ne devaient plus avoir sur leurs flancs que les forces du duc de Guise’, et ces forces, bien que grossies de celles de Mayenne et d’un certain nombre de gentilshommes lorrains que le marquis du Pont avait été autorisé à mener en France, ne s’élevaient pas à plus de 1,500 chevaux et de 3,000 hommes de pied. Mais ce fut précisément ce qui les perdit. Car ne pouvant s’imaginer que rien fût capable des’opposer «à des hommes faits comme eux, considérables « en nombre, armez à l’avantage, bien montez et pourvus de ce € qu’il leur fallait », « ils se logeaient tous au large, se débordaient « après le butin, estaient nonchalans à faire la garde, et dans les « contrées qu’ils traversaient, trouvant quantité de vignes, quit- « taient leurs rangs pour s’en aller cueillir des raisins, dont ils sont « avides naturellement ? ». Les Guise, qui les suivaient à la piste à la tête de vieux soldats rompus à la fatigue, en les harcelant et les décimant par leurs escarmouches, leur firent moins de mal que « l’ivrognerie et la gourmandise où ils s’abandonnaient », jointes aux pluies excessives de l'automne et aux difficultés des chemins en un pays marécageux ; car « le nombre de leurs gens « en diminuait de jour en jour ». Mais « leur voyage en était aussi bien retardé *» ; c’est pourquoi ils ne laissèrent pas de marquer leur passage en Champagne par le meurtre, le pillage et l'incendie, encore bien que, sur l’ordre du due, on n’eût pas manqué d'appliquer à la province le plan de défense lorrain. L'abbaye de Clairvaux, assiégée (29 septembre), n’échappa à leur dévastation que grâce à une crue subite de l'Aube et à l’intervention du due, qui y fit passer des renforts.

Enfin l’ennemi quitta la Champagne pour entrer dans la Bourgogne par Châtillon, et de là se diriger sur la Charité, Montargis et Chartres. L'empressement que mit le duc de Guise à couvrir la capitale avec le petit corps d'armée dont il disposait, la gloire dont il se couvrit à Vémory (26 octobre) et à Auneau (24 novembre), en

1 Des ordres de la cour avaient empêché le duc de Lorraine de dépasser Bar. (V. Henri, Intervention de Charles IIT, duc de Lorraine, dans les affaires de la Ligue, p. 14).

? Davila, ibid., p. 380.

8 Id., ibid., p. 384 et 385.

inspirant au roi un profond dépit et de sérieuses alarmes, le portèrent à négocier la retraite des étrangers, qui, moyennant argent, jurèrent de ne plus revenir en France sans sa permission (8 décembre). Mais Guise, sans se considérer comme lié par cette convention, s’attacha avec une telle ardeur à leur poursuite, que sept mille seulement regagnèrent la frontière. La ligue triomphait en la personne du Balafré. [1 y eut à Troyes des paradis dans toutes les églises, pour appeler sur le roi et les princes catholiques les bénédictions du Ciel ; partout, en France, on célébra «un jubilé de « plénière rémission », qui fut donné, dans le diocèse de Reims, le second dimanche de carême (7 mars 1588) pour les villes, et le troisième dimanche pour les campagnes.

Mais le cardinal de Guise n’avait pas attendu ce moment pour seconder les favorables impressions que les triomphes de son frère faisaient sur l'esprit du peuple. Dès le 14 décembre 1587, sur son invitation, les députés de la province ecclésiastique s'étaient réunis à Reims, et, dans cette assemblée, le théologal Hubert Morus s'étant écrié que c'en était fait de l'Eglise, actum est de clero, s'il n’était pourvu, par l’union des catholiques entre eux, à «la connivence qui « se trouve au gouvernement des affaires », le doyen Pierre Frizon fit la proposition suivante : « Que chaque diocèse de la province « choisisse un personnage capable, zélé à la cause de Dieu ». Tous les délégués correspondront à Reims avec un syndic provincial ; celui-ci avec un conseil permanent, aussi provincial ; le conseil, avec un syndic ou solliciteur général résidant à Paris. Le synode vota cette proposition et organisa cette ligue cléricale. Puis il formula son opposition à toute « levée sur le clergé ! ».

Le cardinal n’omettait pas, d’ailleurs, de prodiguer les complaisances et les présents à la bourgeoisie municipale, en même temps que, par une sollicitude intéressée pour la garde de Reims, il tenait en haleine sa compagnie et la menait quelquefois au dehors,

Cette conduite et la requête impérieuse qu’à la suite de la réunion de Nancy (février 4583) le due adressa à Henri IT, étaient bien faites pour aviver chez celui-ci le dépit qu’il avait de la ruine de ses plans et de ses espérances : «Ah ! » disait-il à l'ambassadeur anglais

4 Henri, p. 90.

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