TROYES ET CHAUMONT S'UNISSENT AVEC PARIS
aucun dommage, il leur défendait de recevoir dans leurs murs M. de Dinteville, coupable d’avoir amené les étrangers. A cette lettre en était jointe une autre souscrite par « les catholiques unis « de Paris », et exprimant aux Troyens le vœu de leur rester unis. Le 17, une nouvelle dépêche du duc leur recommandait de ne se laisser surprendre par aucun effort qui puisse contredire aux bonnes intentions des gens de bien!.
Entre ces sollicitations contraires, Troyes s’efforçait de garder son indépendance; mais la ligue y avait un parti puissant avec lequel le cardinal entretenait des intelligences. Sur les avis qu’il en reçut à la suite de quelques troubles, ce prélat crut avoir trouvé l’occasion de pénétrer dansla place, et le 4 juin, sous un déguisement, il se présentait à la porte Saint-Jacques, accompagné de trois hommes seulement. Reconnu et obligé de se retirer, il court à la porte de Croncels et n’y a pas plus de succès ; mais des amis dévoués devaient, sept jours plus tard (11 juin), lui garder cette dernière porte et l'introduire par là dans la ville, « avec autant de joie et d’allégresse, « écrivait-il lui-même au doyen Frizon, que de confusion et de « honte dans l’âme de ses ennemis ; et, comme Dieu, ajoutait-il, « estait autheur de ceste entrée, il lui a pleu l’heurer de joie en « toute sorte et non de deuil, n’y avant dans ceste grande et incroya- « ble esmeute du peuple, personne qui ayt esté d’aucune vengeance, « ny violence ? ». Il oubliait qu'un garde de la ville tira sur lui à son entrée, pour ne se souvenir que « des fusées et pétards » par lesquels on la célébra, en même temps que fut chanté à la cathédrale un 7e Dewm. Mais il n’omit pas de modifier le conseil de ville, d’exiler quelques notables et de mettre la main sur les caisses publiques. Il fit aussi réparer les digues de la Seine qui avaient été coupées.
En même temps il s'empressait (11 juin) d’annoncer sa victoire aux Orléanais et aux Parisiens, plus particulièrement encore aux villes de. la Champagne, les invitant à s’en réjouir avec lui et à lui envoyer deux d’entre eux « pour voir à s'unir avec les Troyens* ».
! Boutiot, p. 152 et 153.
? Henri, p. 92, et Boutiot, p. 156.
3 Henri, p. 93. — Hérelle, La Réforme et la Ligue, lettre du cardinal
aux Châlonnais, de Troyes, 11 juin (p. 147).
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Son appel est entendu, et, en dépit des pamphlets qui poursuivent les guisards, et dont plusieurs sortent des presses rémoises‘, Reims lui envoie le lieutenant Souyn et le sieur de Bouzy, qui assistent à l'assemblée « consulaire, tenue en la chambre de l’échevinage, le « dimanche 19 juin, environ de deux heures après midi», à côté des magistrats troyens et de Rousselet, échevin de Paris.
Deux jours après (21), une nombreuse assistance vote à l’unanimité l’union avec Paris, et donne au conseiller Douynet et à Sébastien Mauroy, échevins, « pouvoir et puissance de, pour et au nom « de la ville de Troyes, traiter avec Messieurs les prévosts et esche- « vins de la ville de Paris, en ce qui touche l'honneur de Dieu, « manutention de la religion catholique, apostolique et romaine, de « l'Etat et service du Roy et soulagement du peuple, ladite union, « le tout sous le bon plaisir de S. M., sans toutefois que lesdits « procureurs puissent obliger ny asservir ladite ville, à quelques « conditions que ce soyt, sans sur ce préalablement en être déli- « béré et résolu par les eschevins, conseillers et habitants de ladite « ville en assemblée générale ».
Le lendemain, 22, sous la conduite de Rousselet, les députés partent pour Paris, où ne tardent pas à les rejoindre deux autres députés, Jacques d’Hartel, avocat, et François Brottes, envoyés par Chaumont. Cette ville, à qui le roi avait interdit, le 20 mai, de recevoir le duc de Guise, et qui, le 7 juin, protestait encore de sa fidélité à la couronne, pressée de recevoir le prince de Joinville, avait fini par lui ouvrir ses portes ; et, dans une réunion générale, qui se tint le dimanche 26 juin, le prince avait sollicité les habitants d’entrer dans l'union. La requête leur avait paru « très civile, juste et « résonnable » ; mais l'affaire était importante, et il serait bon de s'informer près des Troyens « de la formeet manière de ladite union, « afin denerien deffaillir à ce qu'on devait de l’obéissance et ser- « vice du Roi ». On avait donc, avec l’assentiment du prince, dépêché sans retard un notaire à Troyes. À son retour, le 29, on
1 Comme l’Antigaveston, qui traite les Guise « de petits compaignons, « agrandis naguère aux dépens du crucifix », et la Réponse à l’Antigaveston, dédiée à « Henry de Vaudemont, soi-disant de Lorraine, prétendu maire du « palais, roy de Jérusalem par fantaisie et de France par songe ». (Henri,
p. 95 et 96).