HÉSITATION DE CHALONS A S'UNIR A LA LIGUE
s'était réuni de nouveau, et, après s’être bien fait rendre compte de ce qui avait été arrêté à Troyes, l'assistance avait déclaré «unani- « mement et d’un commun accord » qu’elle entendait agir de même. Le 6 juillet, après avoir obtenu audience du duc de Guise, qui les accueillit « fort humainement », les députés champeñois furent admis à l’assemblée générale de la ligue, où les Parisiens et le Champenois Guillaume Rose, évêque de Senlis, les reçurent avec grandes démonstrations de joie, et les déterminèrent à s'unir avec Paris ?.
Quant à la ville de Châlons, elle hésite à s'engager. Le due la presse; il se plaint de la lenteur qu’elle met à se joindre à la ville de Paris (27 juin)$.
Ce jour-là même, après en avoir été vivement pressés, dès le 41 juin, par le cardinal et le duc #, les Châlonnais se décidaient à donner à Jean Aubelin et à Claude François, sieur de Chaufour, « pouvoir « et puissance pour et au nom de la ville traicter de union et asso- « ciation d’icelle avec Messieurs les Prévôt des marchands et esche- « vins de Paris et députez des autres villes catholiques du royaume « en ce qui concerne l’honneur de Dieu, manutention de la religion « catholique, apostolique et romaine, de l’estat et service du Roy et « solagement deson peuple ; le tout soubz le bon plaisir et voulloir « de sa dicte Majesté, sans que lesd. procureurs puissent asser-
1 Jolibois, ist. de Chaumont, p. 129 et sq.
? Henri, ibid., et Boutiot, p. 199.
3 Arch. mun. AA 6.
# Aux remontrances dilatoires que le Conseil de ville lui avait fait porter à Paris par un deses membres, le duc répondait, le 27 juin : « Messieurs, j'ai recu vos lettres par ce porteur et ay entendu de luy la charge que vous luy avez donnée sur l'union que je désire establir entre vous et Messieurs de cette ville ; en quoy les longueurs dont vous usez ne me peuvent que desplaire infyniment, vous voyant les dernierz de toutes les principales villes de ce royaulme à vouz résouldre ad ce qui dépend du service de Dieu et votre conservation. J’ay faict entendre à cedict porteur mon intention à laquelle je vous prie de satisfaire incontinent la présente receue, et envoyer les articles et mémoires sur ce nécessaires, suyvant l'instruction qui luy en a esté donnée... ». (Concl. du 30 juin : on convoquera dimanche prochain, 3 juillet, tous les habitants de Châlons dans la salle de l'évêché).
« menter ct obliger lad. ville de Chaalons à quelques conditions « onéreuses que ce soit, que préalablement il n’en ayt esté délibéré « et résoult par les gens du conseil de lad. ville ou par assemblée « générale » !. Ces réserves du conseil semblaient d'autant mieux justifiées, que le roi avait, depuis trois semaines, « envoyé son man- « dement et lettres patentes pour la convocation de ses Estatz géné- « raulx en la ville de Blois au quinzième jour de septembre pro- « Chain ». Ne pouvait-on attendre la réunion particulière des trois ordres qui se fera à Châlons aw plus tôt possible, pour délibérer sur un sujet si important?? Mais le duc ne l’entendait pas ainsi : il avait voulu être incontinent satisfait ?.
Au reste, peu de jours après le 15 juillet, Henri LIL, alarmé des nouvelles des provinces, se décidait à signer à Rouen avec la ligue età publier, sous le titre d'Ædit d'Union, un traité par lequel il s’engageait à ne poser les armes qu'après la destruction des hérétiques, déclarait déchu de ses droits au trône tout prince non catholique, nommait le duc de Guise lieutenant général du royaume, donnait à la ligue des places de sûreté”, s'engageait à former deux armées destinées à opérer contre les huguenots, l’une en Dauphiné sous la conduite de Mayenne, l’autre en Poitou, sous eZ général qu’il lui plairait de choësir, et confirmait la tenue à Blois des Ætats générauæ... Le duc ne manqua pas, d’ailleurs, de témoigner aux Troyens (17 juillet)sa satisfaction des événements accomplis et de les assurer de son dévouement à leurs intérêts 5. Aussi, quand la Sainte Union leur adressa la formule du serment à prêter, ils la signèrent avec empressement (19 août) 6.
! Les termes de cette procuration avaient été arrêtés le 3 juillet (V. Hérelle, La Réforme et la Ligue, Lettres, p. 147-151).
? Concl. du 18 juin. 3 27 juin.
4 Metz, Angoulême, Boulogne.
5 IL en devait faire autant pour les Châlonnais, le 149 juillet, comme le 17 même, le prévôt des marchands et les échevins de Paris les avaient remerciés de leur concours, dont ils espéraient bien la continuation, d’autant que Sa Majesté faisait démonstration de vouloir entendre elle-même à l’œuvre dont ils poursuivaient l'exécution. Mais Châlons persistait à se tenir sur la réserve.
Dès le 11 août, Bar-sur-Seine s'était déclaré pour la Ligue. — V. la formule du serment rapportée par H. Pithou. Ap. Boutiot, p. 161, note.