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LES ÉTATS GÉNÉRAUX CONVOQUÉS A BLOIS

L'état des esprits indique assez ce que durent être les élections : elles furent toutes favorables aux Guise, et, en Champagne particulièrement, elles se firent sous l'inspiration du cardinal!. Le clergé de Reims le choisit lui-même pour député, tandis que les bourgeois nommaient le lieutenant Nicolas Souyn, et que les états dressaient Zeurs remontrances en 109 articles, « mélange des pas- « sions du temps et des aspirations de tous les temps vers le pro- « grès, l'ordre et la liberté », où, « parmi de vieilles redites contre des abus sans cesse renaissants, on trouve des vœux nouveaux et « des détails du plus haut intérêt?». On peut, du reste, en dire autant du cahier général de la province ?, où se reflète le bon sens pratique de ses populations.

L'esprit profondément catholique de la Champagne s’affirme tout d'abord par une déclaration formelle d'opposition à l'envahissement des idées nouvelles : « Que tous les hérétiques, rebelles, « pertinaces et contradicteurs auxdits édits (de réunion), soient « contraints d'y obéir par toutes voies et contraintes ordinaires « et extraordinaires, même à main armée, et que la guerre leur « soit faite presque à leur entière ruine ou récipiscence,.. et les « biens desdits hérétiques confisqués et vendus, employés aux frais « de la guerre. »

4 V. à l'Appendice la liste des députés élus par la province.

2 Henri, p. 99.— V. les Remontrances elles-mêmes dans Marlot (Pièces justificatives, n° 94). V. aussi, pour Chaumont, Jolibois, p. 134.

3 Ilest signé :

Lecours, pour Provins ;

Saint-Remy et Linage, pour Vitry ;

P. Wallangelier et Antoine Michelot, pour Meaux ;

Gouget ou Songet, pour Sens ;

J. Angenoust et Ph. du Vert, pour Troyes ;

[Perret et] Rose, pour Chaumont ;

Nicolas Baullée, pour Sézanne ;

Jean Marteau, pour Château-Thierry.

(Boutiot, p. 163).

Perret signa également, comme président des députés du tiers état de la province, l'extrait du cahier des doléances présenté au roi le 4 janvier par Bernard, au nom de tous les députés du tiers convoqués à Blois. (Journal des Etats d'Etienne Bernard, p. 285-286. — V. les Arch. municipales de Troyes, BB, 14° carton, 2° liasse).

Mais la foi du tiers ne l’aveugle point sur les abus dont souffre l'Eglise. Aussi ses députés devront-ils s'élever contre « la « bigamie spirituelle », c’est-à-dire contre le cumul des bénéfices et contre la non résidence des bénéficiers, et demander que « toutes chanoineries et prébendes soient accessibles aux roturiers, « sans enquérir de la noblesse, mais de la capacité et vertu des « personnes ».

« Comme la dévotion des hommes se refroidit tous les jours, qu'il « plaise à S. M. d’ordonner que chacun paroissien sera tenu d'assister « tous les dimanches à la messe parrochiale, ou au moins de trois « dimanches l’un. »

Relativement à la justice, le tiers juge que celle-ci « est du tout € corrompue ». Il faut, dit-il, «oster la fourmillière des officiers « etsupprimer, dès à présent, tous offices de judicature créés depuis « la mort du roi Henri, qui sont sans fruits sinon d’épuiser les « finances du roi et succer le sang de son pauvre peuple, hormis « toutefois les sièges présidiaulx ès villes capitales des provinces et « anciens ressorts, selon lesquels doivent être limités et bornés « pour tout réduire à l'antiquité ».

On supprimera les juridictions particulières .

Les justiciers seront tenus d’avoir « des prisons seures non plus « bas que le rez-de-chaussée ».

Toutes les coutumes seront ramenées à un seul code.

« La province de Champagne se gouvernera ci-après par états, « tout ainsi que la province de Bourgogne ».

On continue de se plaindre des gens de guerre, et ce n’est pas sans raison ; Car « ils rançonnent et contraignent le pauvre labou- « reur et villageois par force leur trouver deniers par tormens et « cruautés jusques à leur chauffer, brûler eulx et leurs femmes et « leurs enfants ; après emportent meubles, bestail et chevaux, « mettent le feu aux maisons, assaillent et bruslent bourgs et vil- « lages, fermes ; viollent femmes et filles, tuent et massacrent en « iceux les sujets du roi, pauvres et innocents : pillent les églises et « meubles d’icelles ; et en aucuns lieux foulent et conculquent aux « pieds les saints sacrements ; et bref font actes si exécrables qu’on «n’en entendrait semblables des Turcs ». On demande done le rétablissement de la discipliue, et « qu’il soit défendu, à peine de la

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