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OPPOSITION FAITE AU ROI

« vie,.. de vivre sur le bonhomme et laboureur à discrétion, comme « ils l’appellent ».

Les bêtes nécessaires au labourage des terres et les instruments aratoires ne pourront être saisis.

On sollicitera, d’ailleurs, la réduction des tailles et autres impositions. « Il n’est pas possible de dire ni exprimer les oppressions « que le pauvre peuple a souffertes depuis la mort du roi Henri Il, « qui sont telles que le pays s’en va du tout en ruine et en friche, « et depuis douze ans elles sont si fort multipliées que à sa persé- « cution ne se peut rien ajouter que la mort ».

D'un autre côté, « plaise à S. M. faire retrancher les habits, « festins et grande suite des seigneurs, et on congnoîtra que « en peu de temps les plus petits feront le semblable », tant est grande la contagion de l'exemple en dépit des souffrances qu’on endure.

Tel est le résumé bien succincet des doléances et vœux que présentait le cahier spécial du tiers état champenois.

Après une communion générale (9 octobre}, dont M. Rose de Champagne avait été chargé, avec un député de la Normandie, de régler l’ordre, les états s'étaient ouverts le 16 octobre, et, tout d’abord, Henri [IE avait juré l’Edit d'Union comme loi fondamentale du royaume, se déclarant de nouveau chef de la ligue, et protestant qu'il ne ferait jamais paix, trèves ou accords avec les hérétiques.

Mais, satisfaite sur ce point, l'assemblée entendait encore supprimer toutes les tailles établies depuis 1576, sans se mettre en peine de créer d’autres sources de revenus. Ainsi l’avait-elle décidé, le 21 novembre !.

Elle avait pris pour interprète deses résolutions M. du Vert, député de Champagne de longue robe, dont l'énergie égalait l'éloquence et à qui le tiers état avait déjà, le 19 septembre 1588, commis le soin, ainsi qu'à Estienne Bernard, avocat au parlement de Dijon, de se concerter avec le clergé pour obtenir du roi qu'il voulüt bien pourvoir à la liberté et à la sûreté des états’. Du Vert se montra digne de la confiance dont il était honoré, et parla avec beaucoup de chaleur sur la nécessité de réduire les impôts,

1 Journal des Etats, par Est. Bernard, p. 116. 2 [d., p. 14.

faisant également rapport favorable sur une proposition de rechercher les partisans et financiers !. Aussi l’assemblée entreprit-elle de désigner ceux que l’on soumettrait à l'emprunt forcé, pour s'être enrichis à la foule du peuple. Chaque bailliage serait invité à signaler les dommages à l'Etat, et l’on tirerait au sort les noms des coupables qui seraient mis à contribution. L'opération devait se faire en présence de quatre commissaires du tiers, et du Vert était du nombre ?.

Vainement Henri IT s’efforce-t-il par ses caresses d’adoucir ces hommes passionnés ; vainement le duc de Guise lui-même essaie-til de les amener à des pensées plus modérées ‘sur le fait des finances ?: tout est impuissant contre les haïnes aveugles qui emportaient les états. Ils ne se montrent même pas touchés du parti auquel se résout à la fin le roi (3 décembre) de se rendre à leurs exigences, pourvu qu’on lui fasse des fonds pour l’état de sa maison et pour la guerre *. Humilié, désespéré, et n’accusant que le duc de l’opposition qu'il rencontrait, alors que le duc, sans inspirer la multitude, tirait uniquement sa force des passions dont elle était animée, Henri HI prit une résolution extrême et aussi insensée que criminelle : le 23 décembre, à huit heures du matin, le duc de Guise tombait sous le poignard des gardes apostés par Henri lui-même à la porte de son cabinet, et le lendemain, le cardinal son frère était tué à coups de hallebardes. En même temps le grand prévôt, sieur de Richelieu, se présentait à l'assemblée avec ordre de s'assurer de la personne de huit de ses membres, accusés d’avoir trempé dans un complot contre la vie du roi. Du Vert était un de ces soi-disant conspirateurs ; mais l’avocat de Troyes avait pris les devants et échappé par la fuite à la main des officiers royauxÿ.

On avait aussi dépêché des émissaires pour se défaire du duc de Mayenne, qui était alors à Lyon ; mais, sur un avis de l'ambassadeur

1 Le jeudi 24 et le vendredi 25. Journal, p. 119, 120 et 124.

2 Ibid., p. 125 et 126.

83 I] mande à son hôtel du Vert avec d’autres le 29 novembre, et les exhorte à se départir de l’idée d’obtenir avant tout la révocation des tailles ; déjà la veille, après souper, il avait tenté de les en dissuader. (Jowrnat des Etats, p. 132, 133).

4 Journal des Etats, p. 140.

5 Jd., p. 171 et 172.

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