ASSASSINAT DES GUISE
du roi d'Espagne, il avait eu le temps de fuir et de gagner la Bourgogne. Sa sœur, la duchesse douairière de Montpensier, était, de son côté, partie en toute hâte pour Saint-Dizier avec son neveu, le duc de Sommerive, second fils de Mayenne !.
Il était donc mort, ce vaillant Machabée de l'Eglise, le cadet de cette grande race des Guises en qui s'était personnifié le principe religieux ; mais de ses cendres ne devait point renaître la royauté de Henri IL, bien qu'il s’en flattât. « Quoi! » s’était écriée Catherine, alors mortellement malade, quand elle apprit de la bouche même de son fils le coup qu'il venait de frapper ; « quoi? vous avez fait « mourir le due de Guise! Dieu veuille que vous ne soyez pas « devenu ainsi roi de néant ! » Et retombant sur son lit de douleur, elle ne tarda guère à quitter ce monde (5 janvier 1589), désespérée de laisser son fils en une telle crise sans conseil et sans amis. Les jours de la dynastie des Valois étaient, en effet, comptés, l’agonie allait commencer.
A la nouvelle de l'assassinat des Guise, toute la Champagne fut saisie de frayeur et remplie de divisions, les royalistes s’agitant pour reprendre le pouvoir ; les ligueurs, pour le conserver. Déjà, pendant la tenue des états, alors que le gouverneur de Sainte- Menchould, Mondreville, créature des Guise, était à Blois auprès du due, son lieutenant Lamothe, s'appuyant sur quelques troupes postées dans la forteresse de Hans, avait formé le projet de livrer la ville aux ligueurs. Le lieutenant général au bailliage, Germain Godet de Renneville, informé de son dessein, l'avait habilement déjoué, en se présentant à Lamothe, un dimanche, en robe de palais, escorté, comme par honneur, de quelques officiers subalternes du
1 Mémoire des choses plus notables, etc., p. 37. C’est à tort que l’auteur du mémoire fait également partir le duc de Joinville, retenu prisonnier à Blois. L'erreur est d'autant plus manifeste qu’il n’est point parlé dans la suite de l'évasion du due sous le titre de duc de Guise, que la mort de son père lui avait légué. Des trois fils de Henri le Balafré, Charles l’aîné, était né le 20 août 1571 ; Louis de Lorraine, le second, né le 22 janvier 1575, devait embrasser la carrière ecclésiastique ; Claude, duc de Chevreuse, le plus jeune, né le 5 juin 1578, fut aussi désigné sous le titre de prince de Joinville, sans doute après que Louis se fut voué au sacerdoce. C’est celui dont il est question ci-dessous, aux dates du 413 décembre 1589 et du 6 octobre 1591,
bailliage et de plusieurs bourgeois armés. Lamothe, sans défiance, s’avançait pour le recevoir, quand Renneville lui déclare qu'il vient l'arrêter au nom du roi : « Montrez-moi cet ordre », lui ditle gouverneur : « Le voici », répond Renneville, en tirant un pistolet de dessous sa robe ; « il est toujours ordonné à un bon Français de « prévenir tout ce qui peut nuire aux intérêts du roi : je vous arrête». Et à l'instant tous ceux qui accompagnaient Renneville se saisirent de la personne de Lamothe. Informé de cet événement par un exprès qui lui remit le rapport du lieutenant général, la veille même du jour de l’assassinat du due de Guise, le roi s'était empressé de féliciter ce magistrat et l'avait investi du gouvernement de la place!.
Sainte-Menehould ne fut pas la seule des villes de la Champagne qui demeura fidèlement attachée au roi?. Châlons, peu après la réception des lettres que lui avait adressées Henri (24 décembre) pour lui faire connaître les motifs de sa conduite à l'égard du due et conformément à l’injonction par laquelle elles se terminaient de mettre « hors le s' de Rosne », prononça l'expulsion de ce seigneur (29 décembre). Bientôt (1 janvier 1589) la ville recevait de M. de Dinteville , pour assurer sa sécurité, M. de Thomassin, gentilhomme ordinaire du roi, qui habitait alors les environs de Sainte-Menchould. Ni les reproches du duc de Lorraine (8 janvier) qui venait d’inves-
! Hist. de Saïnte-Menchould, par Buirette, p. 24 et sq. — Le Mémoire des choses plus notables, etc., place ce fait après l'expulsion de Rosne, et lattribue en grande partie aux exhortations de la ville de Châlons, ce qui n'a rien dinvraisemblable. A l’appui du récit du Mémoire, l'éditeur, M. Hérelle, invoque une lettre originale du conseil de ville de Sainte- Menchould, datée du 4 janvier, par laquelle le conseil remercie les Châlonnais de lui avoir écrit la veille et proteste de son affection au service du Roy et à la conservation du pays. Mais rien ne prouve que cette lettre ait précédé et déterminé plutôt que suivi l'expulsion de Lamothe, Les Châlonnais auront très bien pu vouloir se borner ici à confirmer les habitants de Sainte-Menehould dans leur attachement à la royauté, el ceux-ci les rassurer par une protestation nouvelle de dévouement. Au reste la question est d’un intérêt très secondaire.
? V. aux Arch. mun. de Chélons, AA 6, la promesse que firent les habitants au conseil de ville de persévérer avec lui dans le service du roi.
3 V. Hérelle, La Réforme et la Ligue, t. 1er, p. 159.
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