MAYENNE LIEUTENANT GÉNÉRAL DU ROYAUME
que nul ne pouvait s’aventurer par les chemins pour lui amener les grains et le vin dont elle avait besoin, sans s’exposer à être pris, emmené et rançonné, de sorte que « la plupart qui avaient accous- « tumés de boire du vin ne buvaient plus que de l’eau! », et que les pauvres bourgeois avaient à souffrir à la fois au dehors les attaques de leurs ennemis, et au dedans les horreurs de la famine, auxquelles venaient encore se joindre les ravages de la peste.
Toutes les autres villes de la province se donnèrent à la ligue avec plus ou moins d’empressement. Troyes et Saint-Dizier? le firent sans retard. Troyes, en particulier, signala par de sanglantes représailles l'horreur que lui inspirait le meurtre des Guise (27 décembre 1588), et quand, le 20 janvier suivant, arriva dans ses murs le duc de Mayenne, il y fut reçu par les officiers et les principaux citoyens, tous en deuil et les chevaux harnachés de noir.
Le 25, il nomma son neveu, Claude de Lorraine 5, duc de Chevreuse, € pour commander la ville » au lieu de M. de Dinteville, destitué, et reçut le serment des habitants. Seize d’entre eux qui le refusèrent furent bannis comme suspects.
Château-Thierry, après s'être tenu assez longtemps sur la réserve, se déclara finalement pour la ligue, en faisant faire, le 14 janvier, un service solennel pour le duc de Guise et le cardinal, et en agréant, le 16 mars suivant, comme gouverneur de la ville, M. de Villarceaux, envoyé par le duc de Mayenne.
Quelques villes entendaient ainsi demeurer neutres, mais tôt ou tard elles durent prendre parti, et tandis que Sedan, Maubert- Fontaine et Mouzon restaient fidèles au roi, On vit Verdun, Toul, Mézières et Rethel, Rocroy, Villefranche et Coiffy s'attacher à la ligue.
Cependant Mayenne venait de se rendre à Paris, où l’appelaient les Seise, impatients de conférer avec lui des intérêts de la ligue et du royaume. Îl était à la tête d’une petite armée que lui avait formée la noblesse de Bourgogne et de Champagne, et que grossissaient chaque jour une foule « d'hommes que le désir d’un public changement ou
! Délibér, du 5 août. Hist. de Langres, PAIE
? V. ci-dessous, p. 311, note 4.
# Chartes, n° 277. Chamoy fut chargé de suppléer le jeune prince, qui n'avait guère plus de dix ans (V. ci-dessus, p. 303, n. 1).
Se eg
« leur propre courroux lui donnait incessamment » 1, En passant par Sens (février), il avait convoqué une assemblée générale des habitants, et reçu leur adhésion à l'acte d'union. Il y eut à cette occasion une fête que l'effondrement du plancher de la salle où elle avait lieu pensa rendre fatale au duc.
Arrivé à Paris le douze février, Mayenne y prit part à la constitution d’un nouveau conseil de gouvernement, qui, sous le nom de Conseil générat de l'Union, renfermait en son sein toutes les forces du parti catholique, et réunissait désormais en une seule et même association les deux anciennes ligues de Péronne et de Paris. Le premier acte de cette assemblée, entrée en fonctions le 17 février, fut de nommer Mayenne Zeutenant général de l'Etat royal et couronne de France?,et de convoquer les états généraux à Paris pour le 15 juillet, à l'effet d'élire un nouveau rot et de constituer un gouvernement définitif.
Ce jour-là même, 17 février, sous l'influence des Rose, partisans zélés des Guise, et particulièrement de l’évêque de Senlis, Guillaume Rose, ardent prédicateur à qui son crédit à la cour permettait de servir les intérêts de ses compatriotes, Chaumont, contrairement aux illusions de Dinteville 5, avait juré de « persister dans l'union « et de ne s’en départir jamais ». La bonne ville y avait été d’ailleurs aussi vivement sollicitée par les échevins de Paris et de Troyes, qu’elle en avait été chaleureusement détournée par ses voisins de Langres : « Unissons-nous tous ensemble, lui écrivaient « lesuns, d’une même volonté d’emploier nos biens et nos vies « pour la conservation de notre religion et liberté de notre patrye ». « Ressouvenez-vous, s’il vous plait, lui écrivaient les autres, que « nous sommes si meslés de consanguinité et alliance, que la plu- « part de l’une et l’autre des villes en est composée, signamment de « ceulx qui sont poulsés et advancés aux honneurs et dignités- « amitié desquels, à notre grand regret, il nous fauldra habandon- « ner et le commerce entre lesmarchands et le peuple », sans parler de la douloureuse nécessité où nous serons d'entretenir à grands
1 Chronique novenaire par Cayet, (édition Michaud et Poujoulat), t. I, D'OL
? Les lettres en furent publiées le 4 mars.
3 Hérelle, Documents, p. 164 et 170.