‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 161 sur 327 · REIMS SE DONNE RÉSOLUMENT A LA LIGUE · texte numérisé non relu

REIMS SE DONNE RÉSOLUMENT A LA LIGUE

frais des troupes et peut-être de nous faire la guerre !. Cette conséquence de son inflexible attachement à la ligue, les Chaumontais l'avaient bien prévue ; aussi prirent-ils toutes les mesures de défense et de précaution que commandaient les circonstances Les remparts furent complétés et armés, les châteaux de l'Union pourvus de capitaines expérimentés, et on alla jusqu’à défendre, sous peine de mort, de hanter ou fréquenter les Langrois, et d'établir avec eux aucune relation, directement ou indirectement, par écrit ou verbalement.

À l'opposition politique de ces deux villes voisines allait répondre celle de Reims et de Châlons. La lugubre tragédie des 93 et 24 décembre avait doublement frappé les Rémois au cœur : avec le due de Guise ils avaient perdu leur archevêque. La nouvelle qu'ils en reçurent les jeta tout d’abord dans une morne stupeur ; puis bientôt, sous l'influence des prédications ardentes du clergé et au spectacle des larmes de Madame de Saint-Pierre ?, l’infortunée tante des victimes, la stupeur fit place auxéclats de la douleur et de la colère, et l'agitation gagnant jusqu'aux compagnies menagçait de dégénérer en sédition. Averti de lasituation et désireux de prévenir le triomphe de la ligue, le gouverneur de Châlons, Dinteville, tenta (43 janvier 1589) de se glisser dans Reims sous le prétexte d'exprimer lui-même aux habitants la confiance que lui avait marquée le roi « dans leur « bonne volonté et affection ». Mais le conseil, craignant quelque surprise et bien résolu de ne prendre aucun parti avant le retour du lieutenant Souyn, son député aux états de Blois, le supplia de s’abstenir, « d'autant que la mort de Mons. le cardinal estait encore trop « récente, que le peuple en avait encore la larme à l'œil, et qu'il y « aurait danger de quelque esmotion * ». Vainement Dinteville, que les difficultés ne rebutaient point, suggéra-t-il ensuite au roi de donner aux Rémois pour gouverneur le due de Luxembourg #, que

DE AA ND Er A D ri TN VO re OT ram

MntaimasdiDien

! Hist. de Chaumont, p. 136 et sq. La lettre du maire de Langres arriva i trop tard ; Roussat l’écrivit le 21 février. :

? Renée, abbesse de Saint-Pierre.

3 15 janvier 1589. Arch. de Reims, Statuts, 1° volume, p. 908. 4 François de Luxembourg-Piney, pour qui Henri Ill érigea la seigneurie

de Piney en duché (1576) et pairie (1581, 21 décembre), descendait du conné- i table de Saint-Pol (V. Le règne de Louis XI), par le 3° fils de ce seigneur, | Antoine de Luxembourg-Brienne, dont il fut le second arrière-petit-fils. £ Ï Ü Ë % ;:

devait recommander à leur estime la modération de son caractère. Eclairés sur «le fait de Blois» par les récits de Souyn, qui venait de rentrer (8 février) : « Nous n’avons, répondirent-ils au due (9), « donné charge à personne de demander pour la ville un gouver- « neur. M. de Luxembourg peut croire qu’au cas contraire nous nous « sentirions trop heureux de le pouvoir avoir, estans assurés de son « intégrité et vraye religion; mais nous désirons conserver nos « anciens privilèges, qui sont de ne recevoir gouverneur ny garni- « son de quelque part que ce soit ». Et peu satisfait de cette réponse, après avoir assuré Mayenne, Paris et les Troyens de sa résolution de ne se départir « jamais » de l’union, « aidant Dieu », le conseil avait convoqué pour le dimanche 12 février une assemblée générale, à l'effet d’en obtenir la sanction de ses sentiments et de sa conduite.

Ce jour-là même Morus prononçait, à la grand’messe de la cathédrale, l’éloge « des martyrs de Blois ». Il le fit en termes si éloquents et si pathétiques, il peignit de couleurs si vives l'hypocrisie et la lâcheté du dernier des Valois, opposant à ses capuchineries et motneries cette froide barbarie avec laquelle, après avoir « repait ses « yeux du piteux spectacle de ces pauvres corps, encore baïgnant « en leur sang », il les fit hacher, « puis brüler et jeter les cendres « en la rivière », que le peuple, courant de la cathédrale aux Cordeliers, confirma les décisions prises, chargea le conseil de pour voir à la défense de la ville, et l’autorisa à déléguer deux de ses membres « pouraller à Paris jurer et signer l'Union pour la com- « munaulté de Reims ». La cité rémoise s’était décidément donnée à la ligue‘.

Elle ne s’en tint pas là : lelendemain, 13 février, elle notifiait sa résolution aux villes de la Champagne, en les invitant à s’y associer. En même temps, jalouse d'obtenir de la cour de Rome la consécration de cet acte solennel, sous l’aiguillon du mandement lancé, le 20 mars, par le chapitre et interdisant les sacrements de l'Eglise à tous ceux qui n'auraient juré l’Union ?, elle donnait à Pierre Frizon, doyen du chapitre, pouvoir de se joindre aux députés de Paris,

! Henri, La Réforme et la Ligue, p. A01 à 124. ? V. ce mandement dans le Marlot français, Pièces justificatives, n°200

Page 1