SAINT-POL SE FORTIFIE A RETHEL ET MÉZIÈRES
« afin d'informer Sa Sainteté que, pour le salut de l’Estat et justice « des massacres commis à Bloys, elle était entrée dans la Sainte « Ligue, comme aussi les villes d'Epernay, Fismes, Cormissy, Chà- « teau-Porcien !, Pontfaverger, Rocroy, Maubert-Fontaine et plusieurs « autres villes, bourgs et bourgades du bailliage et prévosté ? ». Le doyen avait aussi mission du chapitre de demander au pape un archevêque, car la vacance du siège ne pouvait qu'être funeste aux intérêts de l'Eglise, et les nominations successives que la compagnie avait cru devoir faire (16 et 17 avril) de François Bruslart, grand archidiacre, et de Pierre Frizon, avaient rencontré dans le premier élu une opposition formelle. Mais autant le pape se montra sur ce point intraitable, autant il se plut à encourager la défense de la religion ; il finit par remettre aux mandataires de la ville des lettres flatteuses, qui furent insérées au Livre des conclusions (7 et 11 mars 1590). Mais, avant le retour de Frizon, bien des événements devaient s’accomplir.
Mettant son expérience et ses régiments au service de Reims, l’ancien compagnon et confident du Balafré, le colonel Antoine de Saint-Pol *, qui, après la mort de son maître, avait été, le 8 janvier, conjointement avec de Rosne, chargé de veiller « à la seureté et « conservation des villes et places fortes des gouvernements de « Champagne et Brie » #, «en l'absence du jeune due de Guise, prisonnier à Blois », s'était porté dans l’Argonne. « De ce pays rude « et fertile sortaient les plus braves des royaux. Occuper les villa- « ges et ruiner les châteaux, c'était faciliter les levées des ligueurs « etempêcher celles de l'ennemi ;... e’était rompre toute commu- { « nication entre Châlons, Sainte-Menehould et Sedan, et préparer « la soumission de ces villes... ; c'était rester en communication
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! Reims reçut le serment de cette ville le 27 mars (Henri, p. 129.
? Livre des conclusions, 21 mars et 13 avril 4589, ap. Henri, p. 196.
$ Après avoir favorisé la fuite de la duchesse de Montpensier, il était allé tout d’abord s’établir à Vitry (17 janvier). |
! La commission est datée de Dijon, le 8e jour de janvier 4589 (Cf. ci- h dessus, p. 305). Saint-Pol revenait d’une légation vers la duchesse de Bouillon, quand il apprit à Paris l'assassinat des princes. Il fut chargé de conduire à Saint-Dizier la duchesse douairière de Montpensier et les deux jeunes filles du duc de Guise et du duc de Mayenne. Il y fut honorablement reçu par le gouverneur de la place (Documents, p. 27):
. « avec la Lorraine, et, à l’occasion, y trouver des renforts ou un « asile ! ».
La prise de Langres et de Montfaucon (janvier), puis de Neufchätel et de Bisseuil?, fruits de la première campagne de Saint-Pol, eut pour principal résultat de faire disparaitre les neutres, et de partager la Champagne entre deux grands partis également ardents, mais de forces très inégales ; car si laligue avait pour elle avec la bourgeoisie l'avantage du nombre, les royalistes possédaient avec l'appui de la noblesse l'esprit militaire et l'expérience des armes. Quoi qu’il en soit, entraînée par les succès de Saint-Pol et l’éloquence passionhée de Jean Bodin, la ville de Laon fit à la ligue le serment de fidélité (21 mars), et manifesta sa joie par une procession générale, le chant du Ze Dewm, des salves d'artillerie et un feu de joie qu’ « avec grande solempnité » l’évêque alluma « ayant la mitreen « teste »ÿ.
De leur côté, les magistrats de Rethel convoquèrent une assemblée générale, qui vota l'alliance avec Reims, « à la charge que les « habitants resteraient rois de leur ville, et sans préjudice aux droits « de monsieur et madame de Nivernois, leurs naturels seigneurs », et bientôt les députés rethélois venaient jurer l’Union devant les conseillers de Reims (28 mars). Le lendemain, 29, ceux-ci recevaient le serment de Château-Porcien, du Chesne, de Donchery, et, bientôt après, celui de la ville de Mézières, qui manifesta, le 14 avril, son adhésion, en arrêtant son gouverneur La Vieuville‘, et en saisissant, avec les deniers publics, les meubles des prisonniers. Comme Rethel, ces villes devaient conserver intacts leurs privilèges, mais elles ne surent les préserver des entreprises de Saint-Pol,
1 Henri, p. 127.
2 Bisseuil fut pris, après huit jours de siège, sur le baron de Therme qui l’occupait (Mémoire des choses plus notables, p. 66, note 4, et Appendice n° Ill).
3 Mémoires sur la Ligue dans le Laonnoïis, par Antoine Richart, Laon, 1869, p. 64-66.
4 La Vieuville, déjà expulsé de Mézières en avril 1985, avait été rétabli, le 29 juillet 1587, par le duc de Guise dans le gouvernement de cette place, et les habitants avaient, le 26 août, promis d'employer leurs vies et leurs biens pour empêcher que leur gouverneur fût dépossédé de sa charge.