PRISE DE JAMETZ
et Rethel surpris ne tarda pas à recevoir une garnison, Mézières une citadelle !.
De là Saint-Pol pouvait aisément tendre la main à son allié le due de Lorraine, qui, profitant de la mort du due de Bouillon, et de la minorité de sa sœur Charlotte, pour convoiter l'héritage et l’héritière « par force, traité ou mariage », s'était empressé d'envoyer contre Jametz ses meilleurs canons et l'élite de ses compagnies : Haussonville, Lenoncourt, Mathieu du Pont, ingénieur et maitre charpentier napolitain, inventeur d’un pont à jeter sur les fossés, le sculpteur Florent Drouin etle marquis du Pont?2. Il aimait à croire que le roi aurait pour agréable une entreprise faite pour donner sûreté aux catholiques (23 mars)5. Vainement le roi lui répondait-il que la mort du due de Bouillon devait avoir apaisé les inimitiés ; que d’ailleurs Jametz et Sedan étaient depuis longtemps sous la protection de la France, et qu’il ne pouvait souffrir que ces villes fussent forcées (27 mars); Jametz, assiégé depuis le 19 janvier, n’en était pas moins vivement pressé.
La place était vaillamment défendue, et Schelandre, son gouverneur, soutenu par les encouragements du roi de Navarre, les diversions des garnisons de Sedan et de Metz, et par les travaux de l’ingénieur Jean Erard, de Bar-le-Duc, après avoir tenu bon pendant près d’un an, supporté un bombardement de sept jours (9-16 avril) et un furieux assaut la veille de Pâques, n'avait livré la ville (29 décembre 1588) que pour se retrancher dans le château 4. Il défendait celui-ci depuis quatre mois ; mais le moment n’était pas éloigné où,
1 Henri, p. 131 et 133. L’occupation des deux villes paraît avoir eu lieu à la fin d'avril, celle de Rethel précédant l’autre.
? Henri, {ntervention de Charles III, ete., p. 17 et 18. — L'armée Lorraine, selon de Thou (L. XC, p. 220), se composait de 3,000 lansquenets, de 2,000 Français, Espagnols et Italiens, et de sept compagnies de cavalerie albanaise.
5 Le moment n’était pas éloigné (mai) où il allait entrer secrètement dans la ligue à l’instigation de Philippe IE, qui lui promettait 25,000 écus par mois, réduits ensuite à 15,000 (V. les Documents publiés par Hérelle, p. 197).
4 Le traité de capitulation est du 26 décembre, mais il ne fut publié que trois jours après (V. les Mémoires de la Ligue, t. I, p. 650 et sq.).
pressé par les forces de la coalition, il serait contraint de le leur abandonner (93 juillet 1589).
Forts de ces succès, les Rémois ne prodiguaient pas seulement à leurs amis des secours de toute sorte : conseils, avertissements, sel, poudre, balles, armes, canons et argent, chevaux et soldats ; ils poursuivaient encore avec acharnement leurs ennemis déclarés, tantôt détournant au profit de la cité les compagnies levées pour eux et les employant à combattre « les genpilshommes et meschants « réalistes voleurs » qui les inquiétaient ; tantôt saisissant et vendant publiquement « au son du basson », leurs meubles, denrées, munitions, coffres et bahuts, ou interdisant avec eux toutes relations commerciales !.
Châlons, de son côté, ne se fait faute de représailles. Dès le mois de janvier, la ville avait pris soin de se fortifier, et quatre compagnies de gens de pied logés aux environs veillaient à sa sûreté ?. Après avoir assuré tout aussitôt le respect de l'autorité royale dans les campagnes voisines, et rangé à leur parti Avize et Vertus, ses habitants battent le pays entre Reims et Epernay, « vollans, massa- « crans, retenans et dérobans tout ce qui s’y acheminait, en sorte que personne n’osait y venir et n’osait en sortir. Pauvres gens de villages, tombans entre leurs mains, reçurent grande exaction et « tourment * », surtout ceux de Bisseuil, Mareuil, Livry, Tauxières, Louvois, Gueux et Ay. Saint-Pol essaie vainement, après la prise de Bisseuil, de rallier Châlons à l’Union, en écrivant au conseil, le 8 mars, de son camp de Matougues, que Mgr de Mayenne veut l'avoir € ou par amytié ou par force » : car «il n'y a plus, leur dit-il, que « vostre ville et Langres qui soient désunies d'avec toutes les autres « villes catholiques »4: Châlons se montre aussi insensible à la menace qu'à la flatterie. La sommation que ce capitaine adresse, le 9 mars, aux habitants de Sainte-Menchould de lui ouvrir leurs portes n’est pas couronnée d’un meilleur succès 5, et Saint-Pol
! Henri, La Réforme et la Ligue, p. 133 et 134. — Réalistes, royalistes.
? On en met, commenous l'avons vu, au bourg de Juvigny; on en met à Sarry, pour protéger le château.
3 Jean Pussot, p.31.
4 Arch. mun. de Chälons, AA 6.
5 Tourteron, à la suite de divers échecs, était entré dans la ville avec