‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 166 sur 327 · HENRI [1 MARCHE SUR PARIS · texte numérisé non relu

HENRI [1 MARCHE SUR PARIS

Au milieu des maux qu’endurait la Champagne, les Châlonnais tournaient leurs regards vers la royauté et imploraient sa protection. Henri IL eût bien voulu pouvoir assurer leur tranquillité ; il avait commandé au duc de Nevers de leur porter aide ; mais le due, faute d'argent, avait dû s'abstenir, et quand, six semaines plus tard, il se fut décidé à se mettre en campagne, arrivé à Noyers, il reçut ordre exprès du roi de retourner à Nevers, ce dont il fut très marri eteut « infiny regret », ainsi qu'il l'écrit, de Noyers même, le 9 mai, aux maire et échevins de la ville de Châlons'. En un tel abandon, comment faire avec sécurité la moisson ? Les Châlonnais demandent aide à Dinteville au commencementde juillet, sollicitantdes troupes pour protéger leurs récoltes, et Dinteville leur répond, le 44, qu'il en parlera au roi?. Mais le roi était alors absorbé par d’autres soins.

Dans la détresse où l’avait jeté le mauvais vouloir des états généraux, qu'il avait dû congédier le 17 janvier 1589, Henri LI s'était rapproché du roi de Navarre, et avait signé avec lui, le 3 avril, un traité par lequel celui-ci s'engageait à le servir « contre ceux qui « violaient l’autorité de Sa Majesté et troublaient son Etat ». Ce traité, rendu public le 30 avril, à la suite d’une entrevue que les deux princes avaient eue au Plessis-les-Tours, n’était pas fait pour rallier au roi les sympathies populaires ; mais en donnant à la guerre civile le caractère d’une lutte entre les partisans de l'autorité royale et ceux de l’omnipotence du peuple, il n'avait pas peu contribué à ramener la noblesse autour du roi, et à transformer en défenseurs de la royauté ceux en qui semblait incarné l’esprit de rébellion.

Ainsi renforcé de l’armée du roi de Navarre, Henri IL n'avait plus songé qu'à marcher sur Paris, et les alliés, quittant Tours vers la mi-mai, s’avançaient d’autant plus joyeux que leur étaient parvenus dans le même temps l’avis secret que Harlay de Saney, envoyé en Suisse pour y lever des troupes *, arrivait avec 15,000

les coches à aller à Paris, et tous routiers et voituriers par terre ne s’osèrent plus mettre aux champs. »

1 Hérelle, Lettres, p. 200, 201.

2 V. aux Archives de la ville de Châlons les originaux de ces diverses lettres.

8 Henri, le 26 mars, écrivait à ce sujet aux Châlonnais qu’il lui fallait pour le payement des Suisses 12,000 écus, et que, si la recette générale de

eg pt

hommes !, et la nouvelle que Longueville et la Noue venaient d’infliger au duc d'Aumale (Senlis, 17 mai) une humiliante défaite, qui avait contraint le duc de Mayenne d'abandonner la campagne pour se jeter dans Paris et appeler à la défense de la capitale ses meilleurs officiers.

Tranquille de ce côté, le roi put envoyer les deux capitaines victorieux au-devant de Sancy, et poursuivre lui-même sa marche vers le nord ; mais, arrivé à Etampes, il fut troublé par un message qu’il reçut (10 juillet), lui annonçant l’excommunication lancée contre lui par le souverain pontife ? ; ilen ressentit, dit Davila ÿ, un tel coup qu’il fut plus de 40 heures sans vouloir manger.

Cependant Longueville et la.Noue, ayant pris la route de Meaux, étaient arrivés, le 27 mai, en vue de cette place, dont ils pensaient s'emparer, et ce jour-là même ils avaient forcé le faubourg Saint- Remi, dont ils occupèrent l’église. De là ils firent contre la ville un feu d’arquebuses très vif, mais il y fut vigoureusement répondu du portail de la cathédrale et du château qui dominaient leur position. Toutefois le chevalier de Thury, chargé de la défense du Marché, n'avait pu s’y maintenir et avait dû rentrer dans la ville, et déjà, le 28, quelques habitants parlaient de capitulation, quand, le 30, on vit l’armée. royale effectuer sa retraite : elle avait appris que Mayenne s’avançait au secours de la place.

Châlons et les deniers provenant du sel n’y pouvaient suffire, ils pouvaient faire fondre un buffet d’or qui « appartenait au deffunet duc de Guyse, et le mettre en lingotz ». Le 12 mai, le conseil priait le roi de Navarre de donner l’ordre aux Trésoriers généraux d” «employer les deniers procédans dubuffect... par eux adjugé, suivant la volonté du feu seigneur Roy, au payement des garnisons de la ville et non ailleurs ».

1 10,000 du canton de Berne, 2,000 reîtres et 3,000 arquebusiers français. Sancy avait été secondé dans son entreprise par M. de Sillery (Nicolas Brulart), ambassadeur du roi auprès de la Suisse.

? Un monitoire de Sixte-Quint, formulé, le 5 mai, en consistoire, et publié le 24 mai, avait sommé Henri III de rendre sous dix jours la liberté au cardinal de Bourbon, et de comparaître en personne ou par procureur devant le Saint-Siège sous 60 jours, à peine d’excommunication. « Cette résolution, dit Davila (p. 86), fut obtenue par le doyen de Reims Pierre Frison, qui était alors à Rome ».

8 L, Xe, p. 86.

Page 1