SAINT-POL BAT GRANDPRÉ A SAINT-AMAND
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sa petite armée sont contraints de se retirer derrière la Marne, à Pringy, sous la conduite du comte de Thermes. Saint-Pol les \ poursuit, et, le lundi matin, à la tête de 1,500 hommes de pied et de 500 chevaux, il attaque Pringy; lui-même, la pique à la main, combat à la barricade, et, gagnant une partie du village, se flatte de tenir la victoire ; mais il est repoussé et ne rentre dans la place que pour soutenir, pendant toute la journée du lendemain 10, de nouveaux combats dans les maisons, dans les rues, dans les ruelles ;à minuit (11 octobre), à peine la lutte était-elle suspendue que les troupes de Châlons arrivent, commandées par T homassin ; les ligueurs se déterminent alors à la retraite, et tirent sur Vitry, « le « tambour battant 1 », tandis qu’au jour, satisfaits de ce succès, les
semaines après. De Thou, venu peu de temps après à Châlons, lui composa l'épitaphe suivante, que nous empruntons aux notes manuscrites de dom François :
Peuples, ornez de fleurs sans nombre
Le tombeau que vous élevez ;
Vous devez ce tribut à l'ombre
Du héros qui vous à sauvés.
Grandpré, qu’enferme cette pierre, Trois jours entiers à combattu Pour chasser de votre frontière Un ennemi qui cède à sa vertu.
Il meurt après cette victoire,
Il meurt percé de mille coups ;
Châlons, dormezen paix à l'abri de sa gloire; Habitants, réjouissez-vous.
Si par une attaque soudaine
Dans vos remparts on osait pénétrer, Les mânes de ce capitaine Suffiraient pour vous délivrer.
Robert de Joyeuse était le mestre de camp du régiment de Champagne (Mémoire des choses plus notables, etc., p. 82).
! Cette circonstance, donnée par le Mémoire lui-même des choses plus notables, etc., suffirait à prouver que Saint-Pol ne fut pas aussi complètement défait que le prétend ce document. Les deux partis au reste s’attribuèrent la victoire.
royaux regagnent Châlons, chargés de butin. Mais celui-ci ne pouvait compenser pour eux les pertes qu'ils avaient faites : Thays, d’Estrées, le comte de Grandpré, restés sur le champ de bataille ; le Rond, Nettancourt, Cuissot, de la Tour (de Jametz), Dorigny (de Reims), Tourteron (le nouveau comte de Grandpré) et plusieurs autres, demeurés prisonniers !.
Aussi, tandis que, de leur côté, le marquis de Pienne et d’Arsy surprennent La Fère(16 octobre) et la livrent à Mayenne, Saint-Pol continue de tenir la campagne et multiplie ses entreprises. Il s’empare sans difficulté des maisons fortes de Blacy, Vitry-le-Brüûlé, Heiltz-le-Maurupt, Alliancelles, Vavray, Nettancourt. Mais Sainte- Menehould, que tenaient pour ainsi dire bloqué quatorze villes?, bourgs et châteaux des environs au pouvoir de la ligue, et où l’ancien gouverneur, Mondreville, alors retiré dans son château de Hans, entretenait de continuelles intelligences, sollicite particulièrement son ambition. Toutefois, si, au commencement de novembre, il vient, en compagnie des Lorrains Haussonville et Montreuil, « se « loger au faubourg des Prés et faire « insulte à la porte Florion ‘», il a l’œil fixé sur Châlons, dont quelques catholiques « malcon- « tents #» travaillent à lui livrer les portes. La « mesche est esven- « tée », il est vrai, et Dinteville, averti, s’est empressé de quitter Sainte-Menehould, où il s'était enfermé avec l'ingénieur Erard, pour aller frapper les coupables et raffermir la fidélité des habitants. Toutefois, laissant Haussonville sous les murs de cette place ct prenant Montreuil avec soi, Saint-Pol ne craint pas de marcher sur Châlons, et, chemin faisant, défait complètement à La Neuvilleau-Pont la compagnie de Vaubécourt. « Le19 novembre, en plein « midi, ils attaquèrent le faubourg de la Maison-des-Champs, res-
! Les ligueurs perdirent beaucoup de soldats, les Rémois entre autres, 40 hommes dont 25 cavaliers ; mais il ne périt qu'un seul capitaine, Molart, gouverneur de Château-Porcien. Le royaliste Claude de Bar reçut à Pringy vingt-six blessures, comme on le voit par son épitaphe latine, qui est dans l’église Saint-Alpin, ce qui ne l’empêcha pas de prolonger son existence jusqu’en 1636.
2? Annales de la ville de Sainte-Menehould, publiées, d'après un manuscrit inédit s’arrêtant à l’année 1700, chez Aubry, 16, rue Dauphine, 1868.
5 Ibid., p. 21.
4 Il s’agit de la conspiration de Georges et Jacques de Berlize.
1589-1590, DINTEVILLE MENACE TROYES ; SAUTOUR, SENS. 331
« tèrent quinze jours devant la ville, et multiplièrent les assauts.
« Mais les sorties des assiégés, de grandes pluies et une invasion
« de reitres en Alsace forçant les ligueurs à la retraite, ils ne renou- : « velèrent plus leurs entreprises sur Châlons ! », et abandonnèrent
celle qu'ils avaient commencée sur Sainte-Menchould.
Ge fut alors le tour de Dinteville de tenter aventure. Troyes l’atti- ; rait. Le conseil de l’Union, sollicité par une députation des habitants de cette ville, avait prié M. de Chevreuse, enfant de onze ans ?, de venir y fixer sa résidence, et ce jeune prince y était arrivé le 99 octobre, avec la qualité de « lieutenant général au gouvernement « de Champagne, pendant la détention du duc de Guise, son frère 5 ». Prendre Chevreuse avec la ville eût été pour les royaux un coup de maitre. Dinteville le tenta à la faveur d’une conspiration, et se présenta, le 13 décembre, avec les seigneurs de Praslain, de Sautour et de Plancy ; mais la garnison était sur ses gardes ; ils durent se retirer, non sans avoir profané les églises situées hors des murs, surtout celle de Saint-Julien.
Sautour ne devait pas être plus heureux contre Sens. Après avoir surpris le bourg de Malay-le-Vicomte (19 décembre), il menaçait d’affamer la ville, en mettant à sec tous les ruisseaux qui en alimentaient les moulins. Attaqué par le gouverneur, Harlay de Champvallon, qu’appuyait une partie de la garnison Troyenne, il dut se retirer vers Armeau et y soutenir tout l'effort de ses adversaires. S'il parvint à les faire reculer, ce ne fut pas sans être blessé dans la lutte #.
Ces hostilités préoccupaient d'autant plus Henri de Béarn et les populations dévouées à sa cause que le pape Sixte Quint envoyait en France, dans l'intérêt de la ligue, le cardinal-légat Gactano.
Saint-Pol avait été chargé d'aller au-devant du légat, afin de le
! Henri, p. 166.
? Appelé aussi prince de Joinville, lorsque le second des fils du Balaîfré, Louis de Lorraine, eut embrassé la carrière ecclésiastique. Il prit part sous ce titre aux sièges de la Fère (1596) et d'Amiens (1597).
$ Le vrai gouverneur de Champagne était Saint-Pol ; Chevreuse ne vint à Troyes que pour servir de gouverneur à la ville (V. René de Bouillé, t. If, p. 42%, — Mémoire des choses plus notables, etc., p. 00, et Mémoires de Jacques Carorguy, p. 40).
? Hist, de Sens, p. 200.
protéger contre les entreprises des partisans du roi. Le 8 janvier, il le recevait à Bar-sur-Seine ; le 9, il l’amenait à Troyes, où lui fut faite une réception magnifique, et le 12, quittant cette ville, Gaetano prenait la route de Paris, où, le 18, il entrait en grande pompe. Henri fit donc écrire aux Châlonnais, le 14 janvier et le 4 février 1590, qu’il allait envoyer le maréchal d’Aumont « pour eslargir les « environs de la ville ! », etassurer leur sécurité. Mais comme l’animosité des partis était surtout entretenue par les garnisons des châteaux, royalistes et ligueurs en vinrent à ruiner ceux-ci, pour mettre un terme plus prompt à la lutte ou pour en atténuer, du moins, les tristes conséquences. Ainsi voyons-nous, à la fin de 1589, les Rémois, autorisés à « nettoyer le plat pays à quatre lieues à la « ronde », raser les châteaux de Gueux, Courteau, Aubilly, et en apporter triomphalementà Reimsles chaines, les ponts et les portes?. Ainsi voyons-nous, à Troyes, les différents ordres de la cité, réunis le 20 février 1590 sous la présidence du duc de Chevreuse, décider que tous les châteaux du voisinage seront démantelés, pour empécher l’ennemi de s’y loger et pour rendre les chemins libres *. Cette nécessité d'assurer leurs communications avec la Brie et la Picardie avait déjà porté les habitants de Reims à proposer à ceux de la Fère, Laon, Soissons et Rethel, « de solder à frais communs « un corps de cavalerie pour battre l’estrade et se protéger mutuel- « lement en cas de besoin ‘ ». Ils échouèrent dans leur projet, mais ils suppléèrent à l’avantage qu'ils recherchaient en appuyant de secours de toute nature les ligueurs du voisinage, soit pour tenir en échec Liesse, Forzy, Rongnac, Vieil-Arcy, la Bondière-lès-Paris, soit pour défendre Courville, Cormicy, Neufchâtel, Vervins, Vis (Wie}-sur-Aisne, Vailly, Laon 5, Compiègne, Provins, Senlis.
1 Arch munic., AA 7. C'était ce qu'il leur avait déjà annoncé, le 3 et le 11 novembre, et le 6 décembre 1589 (Hérelle, La Réforme et la Ligue, Lettres, p. 230, 232. Cf. p. 237, n° 5 et 11 février, 6 et 4 mars).
2 Henri, p. 167. — Saint-Pol détruisit pour eux le château d’Unchair, en février 1590.
8 Boutiot, p. 185 et 186.
4 Henri, p. 167.
5 Nous lisons dans les Mémoires d'Antoine Richart sur la Lique en Laonnois (p.235) que cette ville résolut (Concl.du 12 février) de fabriquer « des quartz et demiz quartz d’escu à une croix d'un costé qui