MAYENNE EST BATTU A IVRY
Les hostilités avaient d’ailleurs pour effet de mettre constamment en péril l'honneur des femmes, et d’entraver, de ruiner le travail des champs, dont l'abandon faisait peser sur les peuples une misère profonde *. Le mal était venu à tel point que les chefs suprèmes des deux partis s’en émurent et firent entre eux un accord «en faveur « des femmes et des laboureurs ? ». Mayenne le rappellera le 4 mai 1591, en opposant « la rigueur » de sa conduite sur ce point aux désordres qu’entretiennent ses adversaires « contre tout sentiment « d'humanité », encore bien qu'il ne puisse « croire que ce soit « l'intention du roi de Navarre ÿ ».
Cet accord était intervenu, dit Mayenne, à la suite des maux qu’engendra « notre dernier malheur ».
Il avait eu, en effet, celui de perdre la bataille d'Ivry, le 14 mars 1590, malgré l’habileté et la vaillance qu’il avait déployées, malgré l'appui d’un corps espagnol, dont le chef s'était flatté de mettre seul le Navarrais à la raison #.Vainement la duchesse de Guise s’était-elle empressée d'adresser aux Troyens un bulletin de victoire, pour leur
aurait alentour ceste inscription: Sit nomen Domini benedictum, et à l’austre costé sur la pille l’escusson de France avec ceste inscription : Carolus decimus Francorum rez, et les lettres de L et A jointes l’une à l’autre ».
1 Mémoires de Jacques Carorguy, p. 39.
? Dès le 24 février 1590, Reims avait fait dans ce but des ouvertures à Châlons ; mais Châlons ne les avait pas accueillies (Arch. mun. de Chàlons, liasse Traités de paix). — L'accord dont il s’agit entre Mayenne et Henri paraît avoir eu lieu vers la fin d'octobre 1590, car, le 3 novembre, le roi publiait, au camp d’Ecouen, en faveur des laboureurs des lettres qui furent enregistrées au parlement de Châlons le 31 mars 1591, et le 8 avril Mayenne se félicitait de la diligence qui avait été mise à la publication des édits du labourage ; mais ces mesures demeurèrent à peu près stériles.
5 Correspondance de Mayenne en 1596 et 1591, éditée par M. Loriquet, conservateur de la bibliothèque de Reims (Lettres 388 et 389, t. IT, p. 192 et 193).
# Philippe Il l’avait envoyé à Mayenne en conséquence d’un traité d’alliance conclu, le 11 janvier 1590, entre l'Espagne et la ligue, et le8 mars il l'avait en quelque sorte accompagné d’un manifeste fameux, où il protestait contre la capacité du roi Charles X.
éviter toute surprise de fâcheuses nouvelles !. La fatale vérité s'était bientôt répandue, et, dès le 20 mars ?, Meaux avait vu Mayenne traverser ses murs en fugitif, bientôt suivi des débris de son armée, bandes affamées et pillardes contre lesquelles se barricadaient et se défendaient de leur mieux les villages dequelqueïmportance, comme Nanteuil-lès-Meaux, Quincy, Mareuil, Monthyon, mais qui n’épargnaient guère les localités incapables de leur résister 5. Aussi l'alarme fut grande parmi les ligueurs de la Champagne, et partout il y eut redoublement de prières et de vigilance. A Reims, particulièrement, on fit, le 20 mars, une célèbre procession « où toutes « les reliques de la ville furent portées par les rues, avec la châsse « de l’Apostre des François ». On lut ensuite « dans la grande église » les articles de la foi et de la sainte Union, et chacun fut appelé à en faire profession “.
Ainsi retrempées, les armes de la ligue parurent un moment plus redoutables dans les luttes partielles dont la Champagne fut alors le théâtre. La petite ville close de Montiéramey l’éprouva cruellement. Elle comptait plus de 3,000 défenseurs sous le commandement de Sautour, et Me de Dinteville y avait réuni des provisions considérables. Attaquée par la Rochette, lieutenant de la compagnie de M. de Chevreuse, la garnison fit une sortie malheureuse, où Sautour tomba aux mains des assaillants, et l’arrivée de trois canons décida la place à faire sa soumission. Celle-ci ne la sauva point du pillage ; elle en subit toutes les horreurs, du 24 au 27 mars. Les prisonniers de remarques furent menés à Troyes, où l’on devait les garder « soigneusement, et principallement le sieur de Saultour, lequel « s’est tousiours monstré très affectionné à l’encontre de la sainte « Union ». Aussi remerciera-t-on « Dieu de sa caption, attendu qu’il « ne peut plus faire de mal aux catholiques, et qu’il est pour payer « une bonne rançon * ». Quelques jours après la prise de Montié-
1 Boutiot, t. IV, p. 187.
£ Ce jour-là même, Dinteville annonçait aux Châlonnais la victoire du roi (Hérelle, La Réforme et la Ligue, t. 1, p. 238).
3 Elles pillèrent, entr'autres, le village de Claye, pour le punir d’être peu affectionné pour la bonne cause (Hist. de Meaux, par Carro, p. 260).
4 Marlot, t. IV, p. 479.
5 Carnandet : « La reprinse de Montyramé » par le prince de Joinville, gouverneur de Troyes en Champagne (Boutiot, p. 187 et 188).