SUCCÈS ALTERNATIFS DE LA LIGUE ET DE HENRI
ramey, le gouverneur de Chaumont, Guyonvelle, venu à Troyes pour se mettre à la disposition de l’Union, partait pour Gyé, désigné à sa bravoure. Chemin faisant, il prend à composition Vendeuvre, et ce château, déclaré neutre, devient commun aux deux partis, & qui y buvaient ensemble quand ils s’y rencontraient ». De là, passant par Bar-sur-Seine, il arrive à Gyé, et de la chapelle qui est au-dessus de la ville, canonnant les murailles, il y ouvre une brèche par laquelle sa troupe entre sans opposition. Plus de trois mille muids de vin tombent aux mains de celle-ci. Guyonvelle s’en réserve mille, et pense trafiquer du reste avec le conseil de l’Union, mais celui-ci refuse. Le 2 mai, le corps d'expédition rentrait à Troyes !, après avoir occupé Fontette.
Cependant tous ces succès ne pouvaient compenser ceux du Béarnais, qui, maître de la campagne, s'était acheminé vers Paris, et qui, ne pouvant, avec une armée de 13,000 hommes, songer à l'emporter de vive force, allait entreprendre le blocus d’une capitale pourvue de défenseurs, de munitions et de vivres, pleine de confiance dans sa force et prête à tousles sacrifices pour la défense de la religion. Le plan de Henri était d'occuper tous les passages par lesquels Paris pouvait s’'approvisionner, et dans cette vue il s'était, dès le 2 avril, emparé de Lagny sur la Marne. C'était le jour même que le duc de Longueville, opérant en Champagne, sommait les habitants de Provins de rentrer sous l'obéissance du roi. Le gouverneur de la ville, Jacques de Mauduit, n’avait rien négligé pour en réparer et compléter les fortifications ; il pouvait, d’ailleurs, compter sur le dévouement du peuple : un refus formel fut sa réponse à Longueville. Mais, lorsque celui-ci eut fait avancer ses canons et tout disposé pour le siège, l'influence des partisans du roi inelina les principaux bourgeois à la soumission, et le mardi 10 avrilon capitula. Provins échappait au pillage en payant treize mille écus d’or, et Longueville promettait, « au nom de Sa Majesté, « qu'il ne serait rien innové en l'exercice de la religion catho- « lique ? ».
Dans le même temps, Melun se rendait à Henri (12 avril), Moret, Crécy faisaient leur soumission, et, le 18, Montereau recevait une
1 Id., ibid.
2 Hist. de Provins, par Bourquelot, t. 11, p. 478.
garnison royale, tandis que Pont-sur-Seine, Braye, Nogent-sur-Seine ouvraient leurs portes au roi, sansavoir à regretter de s'être confiés à sa clémence. Méry, moins bien inspiré, fut emporté d'assaut et livré au pillage d’une soldatesque qui ne respirait que sang et butin.
Bientôt (23 avril) le maréchal d’Aumont se présente devant la ville de Sens, et la somme de se rendre. Le gouverneur Champvallon penchait pour la soumission ; mais le parti de la résistance l'emporte, et Champvallon n'échappe à la mort qu'en se réfugiant dans l’archevèché. Avertide ces divisions intestines par le maréchal, Henri se décide à quitter un instant le blocus de Paris etamène des renforts et neuf canons. En quatre heures, cinq cents boulets sont jetés dans la place ; elle subit trois assauts sans en être ébranlée. Impatient et blessé de cette constance des assiégés, Henri se retire (2 mai), levant, dit-il, le siège de Sens pour aller prendre Paris, comme il avait abandonné celui de Dreux pour gagner la bataille d’Ivry !. Et alors Saïnt-Pol vient dans la ville pour y protéger Champvallon contre la fureur des habitants. Comme il retournait à son camp de Lesmont, passant par Troyes, il résolut d'aller assiéger Vassy, « pleine de forte garnison huguenotte qui courait et sacca- « geait tous les jours le pays ; et pour ce faire envoya quérir trois « pièces à Sainct-Dizier ». Les habitants firent en vain, vers le 10 mai, deux vigoureuses sorties ; la perte d’un de ses capitaines n’en rendit Saint-Pol que plus ardent à les réduire. Les canons, arrivés, furent mis en batterie et allaient foudroyer la place, quand soudain ordre fut donné de lever le siège.
Saint-Pol venait d'apprendre que Vitry était passé des mains de Mutigny, son beau-frère, dans celles d’un royaliste. Tourteron, fait prisonnier à Pringy et enfermé dans la citadelle? de Vitry, avait obtenu la liberté d’y voir sa femme, et M» Tourteron, qui se disait « très occupée à réunir et bientôt preste à verser » la rançon de dix
i Hist. de Sens, par de Lavernade, p. 202 et 203.
? Cette citadelle, qui était située à l'extrémité de la rue Domyné-de- Verzet, avait été commencée le 14 mars 1587 et achevée le 4avril de l’année suivante, sur l’ordre de Henri de Guise. Elle devait être démolie, aux prières et requête des habitants, en 1598 (V. Valentin, Passage de Louis XIV à Vitry-le-François, p. 17, n. 2).
kit 1590. VITRY PERDU ET REPRIS PAR LES LIGUEURS. 337 538
ne mille éeus convenue, ne songeait réellement qu’à faire tourner à la 4
délivrance de son mari les rapports qu’elle entretenait avec lui. Elle fit si bien que, dans la nuit du 7 au 8 mai, Yvernaulmont, son el confident, aidé des Ghâlonnais, pénétrait dans la citadelle par une vasemate et jetait l’effroi dans la garnison. Surpris en son sommeil, Mutigny, demi-nu et armé de la lance d’un gendarme, essaie vainement de se défendre ; il succombe en héros, et sa mort !, en livrant la place aux assaillants, rend Tourteron à la liberté. Sans perdre de temps, Châlons s'adresse au roi : « Sire, lui dit-elle, la place de « Victry, par son importance, est à tenir ou à raser ; pour le pre- « mier, faut renfort de quatre cents ou cinq cents hommes de cheval, « afin de résister à l'ennemi ; pour le dernier, vos pauvres subjects, « habitants de votre ville de Chaalons, vousreprésentent les infinies « incommodités qu’ils et tout le plat pays ont receues par ey-devant Ê « du dict Vietry... Partant supplient que la place soit rasée, et « renduechampestre, comme elle l’estait en l’année 4545 (47 mai) ?». La réponse n’était pas encore parvenue que Vitry était recouvré : quatre capitaines, « compagnons hasardeux », à chacun desquels à Saint-Pol avait promis le commandement d’une compagnie entretenue dans Mézières, « s’ilsmontraient le chemin aux autres », avaient emporté d'assaut la citadelle «en plein midi » (23 mai). Saint-Pol en remit la garde au sieur de Frignicourt, et le Béarnais, informé de l'échec par les Châlonnais, ne put que leur témoigner (28 mai) LE tout le déplaisir qu'il en avait reçu, leur promettant d’ailleurs que, dès qu'il aurait exécuté les desseins qu'il avait «de de ça», il irait reprendre Vitry et toute la Champagne ‘. AE En attendant, les royalistes surprennent Gomond, un dimanche À (20 mai), et défont, maltraitent si horriblement les ligueurs accou- ki rus à la délivrance, que ceux qui réchappèrent en portèrent «la en 1] € plupart des marques toute leur vie ». « Horribles étaient les cris ie « et les gémissements que l’on entendait de toutes parts, dit un Là
Je
1 L'inscription de sa tombe, conservée dans l’église de Vitry, témoigne k qu’en effet il mourut le 18 mai.
? Ap. Henri, Pièces justificatives, p. 423.
# Cinq jours après la mort de Mutigny (Mémoÿre des choses plus notables, 4 etc., p. 106). 7e
# Bibl. de Châlons, arch. municipales.
« curé d'Herpy dans des notes manuscrites ; plus horribles encore, « lorsque les voitures ramenèrent les morts en leurs lieux pour les « enterrer ! ».
Ailleurs, tandis que, sous la conduite du chevalier de Thury, son gouverneur, la garnison de Meaux triomphe avec plus de peine que de gloire de la vaillance désespérée des habitants de Quiney (15 juin), le château de Dammartin, malgré l'appui de cette garnison, succombe après trois mois de siège et se rend, le 13 juillet, aux troupes royales ?.
De leur côté, les Châlonnais prennent leur revanche de la perte de Vitry en participant à la prise d’Avize, qu’ils empêchent de démanteler (mai) «en considération des bons plaisirs et offices » qu’ils en ont reçus « aux vendanges dernières », et en occupant plusieurs châteaux des environs, dont les compagnies osaient porter le ravage jusqu'aux portes de leur cité : Conflans, dont la garnison de Vitry s'était emparée six mois auparavant (février), ne se rendit qu'après avoir reçu quatre-vingts coups de canon (18 août) *. Mais Aulnayaux-Planches n’offrit à Thomassin qu’une faible résistance.
Au milieu de ces succès, profitant de ce que la défense de Paris avait appelé et retenait Saint-Pol à Meaux, Tourteron, qui avait un autre grief à venger, avait suréunir autour de lui un certain nombre d'officiers mécontents de la ligue #, et que le gouverneur de Maubert- Fontaine recevait sans défiance. Quand ils eurent bien endormi la vigilance de Painault’, ces gentilshommes entreprirent de s'emparer
1 Mémoire des choses plus notables, etc., p. 107, n. 4, et Jolibois, Hist. de Rethel, p. 100.
2 Hist. de Meauæ, par Carro, p. 261.
3 Le roi ne manque pas de féliciter Thomassin et les Châlonnais d’avoir fait un si bon devoir, et il leur prescrit d'assurer la sécurité du pays en démantelant ces places, ainsi, du reste, que Thomassin avait commencé de le faire (Lettres du 26 août).
4 Au nombre de ces officiers étaient les quatre capitaines que Saint-Pol avait déterminés par l’appât d’une récompense à reprendre Vitry, mais à qui il ne paraissait pas se mettreen peine d’acquitter sa promesse. Garault, l’un d'eux, ayant été pris dans la suite, fut cruellement puni de sa trahison, ayant été « mis en quatre quartiers » à Rocroy au mois de janvier 1591 (Pussot, p. 8).
5 Payniault, écrit Saint-Pol; Pinault, dit le Mémoire des choses plus notables, etc., p. 108.