‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 175 sur 327 · FARNÈSE DÉGAGE PARIS · texte numérisé non relu

FARNÈSE DÉGAGE PARIS

de la place, et, le 24 juin, après « avoir fait bonne chère et joué & aux quilles », ils assassinaient leur hôte, « tuaient quelques-uns « de ses soldats et faisaient sauter les autres dans le fossé ». La perte de Maubert, bientôt suivie de celle d’Aubenton et de la Thiérache, fut très sensible aux gens de Reims. « C'était par là qu'ils « passaient pour commercer avec nos provinces septentrionales « et les Pays-Bas. Désormais les passages se trouvaient fermés, « les marchands et les marchandises exposés aux voleurs et aux « ennemis! ».

La fortune ne devait revenir aux ligueurs qu'après la délivrance de Paris et le retour de Saint-Pol. Mayenne, en abandonnant avec les restes de son armée le champ de bataille d'Ivry, n’avait songé qu’à courir au-devant de Farnèse, due de Parme, gouverneur des Pays-Bas pour Philippe If, et à presser l’arrivée des secours qu’il attendait de ce prince. De retour à Meaux le 2 août, après avoir repris en passant La Ferté-sous-Jouarre, il ne tarda pas à être rejoint (23 août) par son illustre allié. Farnèse amenait avec lui 14,000 fantassins, 3,000 cavaliers et 20 canons : c'était le salut de la ligue et de la France. Aussi les autorités de Meaux accucillirent le duc comme un souverain, avec décharges d'artillerie, harangues, présentation des clefs, Te Deum, ete. Après avoir donné quelques jours à la concentration de ses forces, il partit, le 30 août, avec Mayenne et vint loger à Clayes, pensant y trouver l’armée royale, qui avait levé la veille (29) le blocus de Paris. Mais Henri, sur les pressantes instances du due de Biron, s'était décidé à s’avancer dans les plaines de Chelles avec l'espoir d’y livrer bataille : ce dont le due de Parme « fust très aise », car il ne redoutait rien tant que le passage de Clayes, « dont l’abord est très difficile, à cause d’un ruisseau qui y « passe, qui est accompagné d’un marais fangeux ? ». Le due se porta donc de Clayes vers Lagny, qui était alors au parti royal, et prit sur la droite de la Marne une position inexpugnable. Vainement, pendant dix jours (1° au 10 septembre), Henri tenta-t-il de l’attirer à un engagement. Après avoir un instant cru au succès, il eut l’humiliation de voir Lagny tomber aux mains de son adversaire (7 septembre), et la douleur d’être abandonné par une partie des

1 Henri, ibid., p. 174 et 172.

? Villeroy, Mémoires, t. X1 de la coll. Michaud, p. 160.

gentilshommes de son armée, incapables de supporter de plus longues fatigues sans profit immédiat. En cette extrémité, et Paris s'étant ravitaillé à la faveur des circonstances, il prit la résolution de renvoyer dans leurs provinces tous les chefs non soldés, lesquels partirent pour la Lorraine, le Maine, l'Anjou, la Normandie, la Picardie, la Champagne, la Bourgogne. Pour lui, il se retira à Compiègne avec un corps de cavalerie, et résolut de tenir la campagne en partisan.

Ce mouvement de retraite permit au duc de Parme de prendre Corbeil après un siège de 25 jours (du 22 septembre au 16 octobre), et de regagner Provins, que les ligueurs de Montglat, son gouverneur, lui avaient aliéné (30 octobre). Là s’arrétèrent ses exploits.

Vers le même temps, le comte de Grandpré entreprenait de diriger une expédition contre Troyes, dont les ligueurs avaient pris, au commencement d'août, Chappes ! et Saint-Liébaut (Estissac). Ces succès, non moins que les plaintes des royalistes de Troyes réfugiés à Châlons, l’avaient excité à cette entreprise, et il n’avait pas donné moins de deux mois àses préparatifs d'attaque. Le rendez-vous des troupes était à Huiron près de Vitry-le-François, et elles ne comptaient pas moins de 3 à 4,000 hommes tirés des garnisons de Metz, de Sainte-Menehould et d'Epernay, sans parler des corps d'ouvriers serruriers et charpentiers, aptes à forcer les portes. Le 15 septembre, cette armée se mettait en marche, et le 17, aux premières lueurs du jour de la Saint-Lambert, la compagnie chargée de l'assaut, sous le commandement d’un certain Pyrole?, franchissant une brèche réparée avec des planches, escaladait le rempart près du Joli-Saut, pénétrait dans la ville, et après avoir laissé une partie des siens à la garde de la porte de Preize, courait à celle de Saint-Jacques qu'elle occupait sans difficulté.

Le gros de l’armée fit invasion par là dans la place. C'était à l'heure de matines. Yves le Tartrier, doyen de Saint-Pierre, premier

1 Chappes était tombé au pouvoir de la ligue au printemps de 1589, et avait été repris par les royalistes le 18 octobre de la même année. Saint- Liébaut avait subi un pareil sort (La Réforme et la Ligue, t. H, p. 32, note).

2 Ce Pyrole devait être, en avril 1592, fait prisonnier par les Troyens et mis à mort vers la fin de mai (Boutiot, p. 207).

Page 1