‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 176 sur 327 · LE DUC DE LORRAINE ALLIÉ DE LA LIGUE · texte numérisé non relu

LE DUC DE LORRAINE ALLIÉ DE LA LIGUE

échevin et chef du conseil de M. de Chevreuse, se rendait à l’église. A la vue de l’ennemi, il retourne chez lui, revêt sa cuirasse, et courant à l'évêché pour avertir le due, il criait aux armes, quand il tomba atteint d’un coup d’arquebuse. Cependant le tocsin s’est fait entendre, et de toutes parts les habitants accourent à la défense de la ville. Le combat s'engage ; étonnés, troublés de la résistance qu’ils rencontrent, les envahisseurs netardent pas à plier et à battre en retraite, non sans avoir recherché, mais sans succès, le jeune duc de Chevreuse. Il leur manquait 5 à 600 soldats et environ 150 gentilshommes ou officiers.

Pendant qu’ils reprenaïent le chemin de la Champagne, se rendant à Châlons, à Epernay, Sedan ou Suippes, le peuple, encore tout échauffé du feu de la lutte, et exaspéré contre les royalistes, d’où leur était venu tout le péril, courut aux prisons, et y mit à mort trente-sept détenus du parti; Sautour et son lieutenant furent du nombre des victimes‘. La réaction ne devait pas s'arrêter là. On envoya un capitaine à Chappes et à Bourguignons, pour en détruire les châteaux : celui de Chappes fut incendié le 1° octobre, celui de Bourguignons le 4. On démantela ensuite le château de Saint-Lyé, domaine de l’évêque ?, et on rasa complètement ceux de Payns, de Thinellières et de Bouranton. Le calme ne parutse rétablir à Troyes qu'après ces exécutions.

La Champagne septentrionale était loin de le goûter; car, en même temps que la levée du siège de Paris avait rendu Saint-Pol à son commandement, un nouvel allié de la ligue venait de franchir la frontière française et de mettre le pied dans la province, à la tète d’une armée assez imposante.

Le duc de Lorraine, qui, sous Henri IIL, avait affecté la neutralité, et qu'après les événements de Blois, les ligueurs avaient vainement sollicité de faire « sa sortie » officielle et publique, s’était empressé, à la mort du roi, de dépêcher à Paris un gentilhomme pour « faire entendre sa résolution ferme et arrêtée d’embrasser la cause des catholiques de tout son pouvoir et moyens (10 août 1589) ». Son

1 Boutiot, t. IV, p. 194 et sq.

2? M. de Beauffremont, royaliste, qui mourut le 24 septembre 1593.

3 V. Henri, Mist. de la Réforme et de la Ligue à Reims, p. 176, et Hist. de Chaumont, p. 146, lettre du même jour aux Chaumontois.

dévouement au triomphe de la foi n’était pas d’ailleurs désintéressé. S'il n’aspirait pas encore ouvertement au trône, il ne négligeaitrien depuis longtemps pour obtenir le gouvernement des Trois-Evêchés. « Il prodiguait les visites, les honneurs, les caresses, les présents, les pensions aux évêques, ses créatures, ses parents ou serviteurs t; aux gouverneurs ses bons voisins et amys ?. Ici, il jouait et perdait de grosses sommes à la paume ; là, il tenait un enfant sur les fonts de baptême . Il achetait volontiers chez les marchands de Reims, d’Epernay, de Troyes, de Châlons, fines serviettes et draps de soie, tentes et chevaux. Il honorait les écoles de Reims en y envoyant son fils aîné et son neveu, en y choisissant un précepteur et un secrétaire 4 pour le marquis du Pont. Deux médecins, le messin Hanus Foës et le rémois La Framboisière reçurent aussi du prince plus d’une marque de confiance et de générosité . Les gens d’Eglise, les pauvres paysans eux-mêmes ne furent pas oubliés, soit qu'il s’agit de la réparation ou de l’achèvement de quelque édifice religieux ; soit qu’il fallût indemniser ceux qui avaient souffert des violences des soldats lorrainsf : en sorte que les peuples et leurs chefs s’habituaient, depuis de longues années, à voir, à fêter, à servir le duc de Lorraine comme un fils de France, comme leur

1 Metz: Jean, cardinal de Lorraine; Robert de Lenoncourt; Charles 1, cardinal de Lorraine ; Louis I, cardinal de Guise; Charles Il, cardinal de Lorraine ; Antoine Fournier, primicier, évêque de Basilie. — Toul : Jean cardinal ; Toussaint d'Hocédy ; Charles, cardinal de Vaudémont; P. du Chastellet, président du conseil de Lorraine; François de Rosières, grand archidiacre; — Verdun; Charles [, Nicolas Psaume, Nicolas Boucher.

2? Saubole, Maillanne, Guito,deRosne, Mondreville, du Chastellet, Guyonvelle, Flamanville (gouverneurs de Metz, Toul, Verdun, Châlons, Sainte- Menehould, Langres, Chaumont, Villefranche).

3 L'enfant du sieur de Maïllanne, du sieur de Quarquey, du sieur de Rosne.

4 Le docteur Nicolas Boucher, qui accompagna le prince à Pont-à-Mousson et mourut évêque de Verdun ; son neveu, Nicolas Millet.

5 Le premier fut appelé pendant la maladie de la duchesse Claude ; le second fut le médecin ordinaire du comte de Vaudémont.

6 Dons à l’église d'Avenay, à Saint-Pierre de Reims pour Pachèvement des vitraux ; indemnité à des paysans maltraités par la garde ducale.

Page 1