‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 177 sur 327 · IL INVESTIT LA PLACE DE SAINTE-MENEROULD · texte numérisé non relu

IL INVESTIT LA PLACE DE SAINTE-MENEROULD

avant-garde, comme leur auxiliaire naturel contre les Bourguignons et les hérétiques ‘>.

Aussi n’avait-il eu aucune peine à s’introduire dans les villes de Toul et de Verdun, dont il avait du reste puissamment aidé le duc de Guise à prendre possession, et Mayenne ne lui avait pas fait attendre ses lettres d'aveu. Maïs il avait dû renoncer à l'occupation de Metz, et toutes ses avances aux royalistes avaient été perdues. Ceux-ci semblèrent même un moment redoubler contre lui leurs hostilités, et la ville de Bar faillit lui être enlevée par Yvernaulmont (6 septembre 1589). Cette surprise le toucha, l'irrita, et dissipa toutes ses irrésolutions. Elle lui fut du moins un prétexte de répondre aux appels réitérés des ligueurs, et particulièrement des habitants de Chaumont, de Troyes, de Reims et de Mézières.

Il arrivait à la tête de huit mille fantassins, de deux mille chevaux et de 15 pièces d'artillerie accompagnées de 5 charretées de boulets de canon, dont deux portant 50 livres de balles, et d’une charretée de poudre ?. Après avoir attaqué Villefranche, qui, après cinq jours de siège, capitula au moment d’être secourue par les soins du duc de Nevers (8 octobre1590)°, il s’avança vers Sainte-Menehould et investit la place. Renneville y avait réuni de nombreux et brillants défenseurs, « le comte de Grandpré, M. de Joyeuse, Ludieu, ancien « gouverneur de Verdun, Vaubecourt, capitaine de chevau-legers, « .. Burasse, mestre-de-camp du régiment de Champagne, Bettan-

1 Henri, Intervention de Charles LIT, duc de Lorraine, dans les affaires de la Ligue en Champagne, p. 25 et 26.

2? Hérelle, La Réforme et la Ligue, t. I, p. 327.

8 Le duc ne pardonna point au gouverneur Flamanville sa capitulation empressée ; il le fit pendre pour servir d'exemple (11 décembre 1590). Henri a publié, p. 461, une lettrede Flamanville datée de Sedan, 12 octobre, par laquelle il cherche à s’excuser d’avoir rendu Villefranche (dont il était gouverneur depuis le 21 juin 1589). Comme la date de cette lettre ne concorde point avec celle du 16 qu’assigne à la soumission de la place le Mémoire des choses plus notables advenuesen l& province de Champagne, Hérelle suppose qu’au lieu de 12 octobre il faut lire 22. Une telle supposition ne tendrait à rien de moins qu’à mettre au-dessus de l’autorité d’une lettre autographe celle d’un récit dont la date n’est pas fixée et qui n’est pas exempt d’assez graves erreurs. Rien d’ailleurs ne nous paraît commander impérieusement cette substitution.

« court, Nettancourt, Espence, Beauvaus et autres !». Le duc, de son côté, comptait sur le concours de Saint-Pol, de Mayenne et du duc de Parme, qui lui avaient donné rendez-vous sous les murs de la ville. Mais Mayenne, alors « en piques » avec Farnèse, qui était impatient de regagner les Pays-Bas ?, perdit son temps à reconduire les Espagnols jusqu’à la frontière, et Saint-Pol, satisfait d’avoir ruiné tous les environs de Sainte-Menehould, avait pris le chemin de la Thiérache et du Rethélois. Campé à Verrières avecsa cavalerie, tandis que la majeure partie de son infanterie était répandue entre Chaudefontaine, Vaud et Bignipont, le duc de Lorraine eut donc à soutenir seul tout le poids du siège. « Tous les jours. il y avait « escarmouches et attaques: en une qui se fit le 22 octobre 1590, « Nervèze, maréchal-de-camp de l’armée lorraine, et Fantaine, capi- « taine de son régiment, furent tués ». Trois semaines s’étaient ainsi écoulées, quand Charles IL apprit que le due de Nevers, jaloux d'empêcher Saint-Pol de se rendre devant Sainte-Menchould, l'avait surpris et battu à Poix 4, le 25 octobre, et que celui-ci avait dû se réfugier à Mézières, laissant sur le carreau ou aux mains du vainqueur près de six cents hommes, dont 300, l’élite d’un « vieil « régiment qu'il appelait de Champagne », et un certain nombre d’Irlandais, dont il avait deux compagnies à sa solde 5. Le duc, sans perdre de temps, leva le siège (25) et, tout en prenant Vassy (19 novembre) gagna le Bassignyf, où il laissa son armée pour retourner

1 Annales de la ville de Sainte-Menehould, p. 22.

2 Il était à Fismes le 26 novembre, d’où, ce jour-là même, il alla passer l'Aisne à Pontavert.

5 Annales de la ville de Sainte-Menehoutd, p. 22.

4 Poix-Terron (Ardennes), au sud de Mézières, sur la route de Châlons.

5 Jusque-là les Lorrains s'étaient moqués des royaux, « les invitans « d'aller à Troyes quérir des andouilles » ; mais, après l'échec de Saint- Pol, ce fut le tour des royaux de se moquer de leurs adversaires, en leur offrant des pois pour manger leurs andouilles (Mémoire des choses plus notables, p. 119).

6 C’est peu après son départ que Renneville, instruit de labsence du gouverneur de Hans, atlaqua et prit ce château. Sur sa requête, le roi lui fit expédier, le 28 novembre, l’ordre d’en démolir les fortifications. Tandis qu'on exécutait cet ordre, le feu prit au château, qui fut presque entière-

ment consumé.

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