‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 178 sur 327 · NEVERS GOUVERNEUR DE LA CHAMPAGNE POUR SON FILS · texte numérisé non relu

NEVERS GOUVERNEUR DE LA CHAMPAGNE POUR SON FILS

en Lorraine. Il avait reconnu dans le duc de Nevers son plus redoutable adversaire.

Appelé, après l’assassinat du duc de Guise, à choisir entre le gouvernement de Champagne et celui de Picardie, qu'il administrait, Louis de Gonzague, due de Nevers, en catholique éprouvé autant qu’en homme de cœur, ne s'était décidé à accepter la dépouille sanglante de son beau-frère qu'après cinq semaines de réflexion et avec l’assentiment de madame de Guise ; encore ne l’avait-il fait qu’en faveur de son fils Charles, qui, « à cause de son bas âge », prit le titre de gouverneur de la Champagne, tandis que son père en assumait provisoirement la charge !. Le roi mort, Louis était retombé en « troubles et agitations », trop bon Français pour combattre le successeur de Henri Il, trop bon chrétien pour communiquer « avec l’hérétique ». Aussi, ne voulant pas plus agir en rebelle qu’en ligueur, il avait remis au Béarnais le gouvernement de Champagne, en déclarant que, « ne sachant quelle route tenir, il se retirait en sa maison et prenait « six mois pour attendre la volonté de Dieu ». Henri, respectant ses scrupules, s'était bien gardé d'accepter sa démission ; mais il sut intéresser la duchesse à sa cause, et par elle gagner le cœur du duc. Ebranlé après les journées d’Arques, celui-ei s'était, après [vry, confessé vaincu et « prest à suivre sans condition ».

1 Dans un acte daté de Plancy, du 13 mai, il s'intitule : « Ludovico « Gonzague, duc de Nivernais et de Rethelois, prince de Mantoue, pair de « France, gouverneur et lieutenant général pour le roi en ses pays de « Champagne et Brie, en attendant que son fils, le duc de Rethelois, ait « acquis l'expérience requise ». (V. Boutiot, t. IV, p. 210, note).

Celui-ci fit sa première entrée solennelle à Langres le 43 avril 1594; à Châlons, le 26. Son père avait indiqué lui-même, dans une lettre du 25 à M. de Thomassin, le cérémonial à suivre : « 11 n’y faut autre cérémonie que de faire un dais de telle étoffe que l’on veut pour porter devant lui. Messieurs de la justice et du Conseil de ville font la salutation ordinaire, eusuite le gouverneur se rendà la porte de la cathédrale, où les chanoines le reçoivent, revestus de leurs plus belles chappes, et l’évesque ou le doyen

lui fait baiser la grande croix ; ensuite on le mène au chœur, où un carreau Jui à été préparé. On chante un Te Dewm, et le gouverneur s’en retourne dans son logis. Alors sur le rempart on tire l'artillerie, et c’est toute la cérémonie » (La Réforme et la Ligue, p. 372).

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Toutefois, fidèle àses principes religieux, il n’avait pas complimenté le vainqueur sans ajouter : « Je vous supplie très humblement de « faire réflexion sur les grâces que recevez de Dieu, de songer que « depuis Clovis aucun roy de France n’a esté hérétique ». Bientôt il venait prendre part au siège de Paris (25 août), et quelques jours après (3 septembre), il était à Ghâteau-Thierry, reprenant possession du gouvernement de Champagne, à la grande joie des royalistes de la province, qui mettaienten lui leurs espérances «et leurs cœurs ! ».

IL eût bien voulu pousser jusqu'à Châlons, mais l'argent, les munitions lui faisaient défaut. Il ne laissa pas de faire attaquer Dormans, qui se rendit le 23 septembre, et dont il fit incontinent démolir le tiers du château, pour avoir « servi de retraite à « plusieurs voleurs du bien du pauvre peuple et causé la ruine de « beaucoup de gens de bien, bons catholiques et vivant paisiblement « en leurs maisons ».

Il presse d’ailleurs le roi (7 novembre) de lui fournir en hommes et en argent les moyens de le servir efficacement, et de prouver aux populations champenoises qu'elles ne seront pas abandonnées.

Malgré tout, il ne s’'épargne point pour répondre à leur attente ; s’il est arrivé trop tard pour sauver Villefranche, il a soutenu le courage des habitants de Sainte-Menehould, battu les vieilles bandes de Saint-Pol et forcé le duc de Lorraine à la retraite. Ilne devait pas borner là le cours de ses succès ; mais le roi le rappelle pour côtoyer l’armée du duc de Parme dans sa retraite vers les Pays-Bas.

Saint-Pol ne manque pas de profiter de son éloignement pour rentrer en campagne. Il brüle Poix et plusieurs autres villages, prend et pille le château de Montigny, incendie une partie du bourg d'Omont, et rejoint ensuite Mayenne, qui, le 18 décembre, réduit Braine à capituler ?.

Mais le duc de Nevers est rendu à lui-même, et il va jeter l’épouvante dans Reïms en s’emparant de Bisseuil (27 décembre 1590), sur les partisans de Saint-Pol, qui pensaient être en « lieu de « sûreté * ». Saint-Pol en sera d'autant plus « descryé », etil s’en

4 V. Henri, p. 178 et sq.

? Les conditions de la capitulation sont signées de Charles de Lorraine. Ainsi en avait-il été, le 30 octobre, pour la capitulation de Provins.

3 V. dans Paris, Mist. de l’abbaye d’'Avenay, t. Il, pièces justificatives,

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