‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 179 sur 327 · MAYENNE VIENT AU SECOURS DE PROVINS · texte numérisé non relu

MAYENNE VIENT AU SECOURS DE PROVINS

de

réjouit fort, car désormais, écrivait-il de Condé, dès le 27, «aux L

« gens du conseil de Ghâlons.…., il n’y aura personne qui le veuille en « assister. J'espère, ajoutait-il, m'en aller demain diner à Mareuil et ;

« coucher à Epernay, vous remerciant du pain et du vin que vous 2

« avez envoyé pour nos soldats, qui est venu fort à propos ! ». Il n’alla point pour cette fois diner àMareuil : il ne devait y entrer que sept mois plus tard ?. Jaloux de « remettre en l’obéissance du roi » la ville de Provins qui s’en était soustraite le 30 octobre précédent, il vint asseoir son camp (4 janvier) sous les murs de la place ; pressée vigoureusement, celle-ci devait se rendre le 14 au soir, Si } elle n’était secourue; mais elle lui échappa par l’arrivée d’un secours de Mayenne dans la nuit du 43 au 14. Il n’alla pas plus loin.

Le roi, « persuadé que, quand la tête de la ligue serait frappée « dans la capitale, les membres périraient bien vite en, province », poursuivait, en effet, son dessein de réduire Paris « par la souffrance « continue ». Comme il ne disposait que de 6 à 8,000 hommes de troupes régulières, il avait envoyé le vicomte de Turenne, l’un des plus habiles protestants, solliciter les secours de l'Angleterre, de la Hollande et de l'Allemagne #. Mais sa bouillante ardeur ne lui per-

p. 237 et sq., les termes de la capitulation et les états des compagnies qui $

défendaient la place. — C’est en ce même mois de décembre que la garnison de Sainte-Menehould surprit, la nuit, la ville de Clermont-en-Argonne j et la mit au pillage. Pour se venger de ce sac, la garnison de Clermont fi

vint, au mois d'avril 1591, à Florent, « et y commit desexcès merveilleux en l’église » (Mémoire des choses plus notables, elc., p. 122, 123). 4 Henri, p. 182. an LH 2 V. dans Paris, ibid., les articles de la capitulation. Henri, p. 182, s’est évidemment trompé, en concluant de la lettre du duc que celui-ci avait occupé Mareuil en même temps que Bisseuil.

8 Poirson, p. 89. ; 4 Il ne pouvait le faire évidemment sans donner à ces Etats des gages 4 secrets d’attachement au protestantisme. Il ne s’agissait plus sans doute, comme en 1583 (juillet), de provoquer contre les puissances catholiques l'alliance de tous les Etats protestants, et de leur offrir celle des églises réformées de France (V. les Luttes religieuses en France au X VI® siécle, D par M. de Meaux, p. 203 et 204); mais il est clair que de ce côté incli- i

: : . ps : : 32 'i naient toujours les sympathies de Henri. Elles ne devaient céder qu'à la “14 violence des événements et aux coups frappés par la Providence. 254

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mettait point d’en attendre l’arrivée, et il n’était occasion qu'il ne cherchât de se donner carrière. Peu satisfait d’avoir surpris Château- Thierry (4 novembre), il ne tarda pas à s'assurer au prix de 400 livres la soumission de la Ferté-sous-Jouarre (10 décembre 1590), et à reprendre Lagny le 21 suivant. L’occupation de ces plâces par l’armée royale était bien faite pour jeter l'inquiétude dans celle de Meaux, située entre les deux dernières, et déjà fort éprouvée par la dyssenterie, qui, du mois d’août à la fin d'octobre, avait enlevé plus de 1,200 personnes. Aussi Mayenne crut-il devoir rassurer la population en rendant à Soissons une ordonnance qui fut publiée à Meaux le 18 janvier 1591, et qui défendait « à tous gens de guerre « pour le service de l’Union des catholiques. de prendre prison- « niers,nirançonner aucuns paysans, laboureurs, fermiers, ni autres « gens des champs qui ne portent point les armes en quels lieux « qu'ils soient résidents, ni de prendre leurs bestiaux servant au « labeur, soient bœufs, chevaux, juments, mules, mulets, soit en « leurs maisons ou faisant leurs labeurs ou autres ouvrages, ni « autrement, en telle sorte que ce soit sur peine de la vie ou d’être « punis rigoureusement. ». Mayenne fit plus encore: profitant de l'effort que faisait à Chartres le roi de Navarre, il résolut, « pour « délivrer la rivière » et faire «couler de Meaux grande quantité de « vivres à Paris », de se porter contre Lagny. S'étant rendu maitre de la place le 22 mars, il la démantela. [lreprit également Assi (Azy), la Ferté-sous-Jouarre (2 avril)? et Château-Thierry (11), qu’il n’estimait « estre de si petite importance que le roy de Navarre ne s’en « deubt bien remuer, comme il fit faisant avancer quelque cavale- « rie, mais trop tard... *». Voulant éviter l’effusion du sang qu'il a en horreur, écrit-il, le 12, à la cour de Parlement de Paris, il avait fait offrir au secrétaire Pinart, gouverneur de la ville, « une hon- « neste composition » ; mais l’opiniâtreté de celui-ci le contraignit d’en venir à la force ouverte, « et le succez, ajoute-t-il, m'a esté si « heureux par la grâce de Dieu, qu’en moing d’une heure et avecq

1! Hist. de Meaux, p. 270.

2? Sur lesiège de La Ferté, v. la Correspondance de Mayenne, publiée par Loriquet, t. Il, lettre 368°, p. 160 et 162.

$ Correspondance de Mayenne, t. M, lettre 400°, du 41 mai 1591,

1591. ALARMES DES CHALONNAIS. 349 2e 1

ni « peu de perte d'hommes, je me suis rendu maistre de la place par ne. « assaut ! ». LA

Ce succès ne pouvait qu'alarmer Châlons, surtout après la conférence que, le 18 janvier, Saint-Pol avait eue à Verdun avec le ducde onu Lorraine pour y concerter une entreprise sur la capitale de la généralité ?, et alors que, vers la fin de ce mois, Saint-Pol s'était emparé de Damery, qu'il fortifiait. Un certain Claude Roussel, serviteur en l'hôtellerie de l'Ours 3, à Châlons, n’avait-il pas ensuite tenté de livrer la ville aux rebelles ? Roussel fut, à la vérité, condamné par arrêt du Parlement du 22 avril à être mis en quatre quartiers, et ses ‘ biens confisqués au profit du roi *. Menacés d’une attaque ou d’une x 4 surprise, les Châlonnais, pour se garder, prirent, le 9 février, des mesures d’une rigueur outrée : « Deffenses seront faictes à toutes Rs personnes, de quelque qualitéetcondition qu’ilz soient, de ne point aller aux villes rebelles, d'y envoyer ou escripre, sur peine de la mort, sans permission ; aussy que tous estrangiers et vagabonds sortiront promptement de la ville ; et où il se trouvera quelques « soldats de la garnison faisans courses sans permission, seront « pendus et estrenglez ». l

Mais le lendemain même de la prise de Château-Thierry, la ville de Chartres, après deux mois de siège, promettait à Henri de lui | ouvrir ses portes (12 avril). Libre de ce côté et averti de la prise du E:e château de Reynel (41 mars) et des desseins du duc de Lorraine sur Montigny, La Fauche et autres places, le roi allait renvoyer à la : Champagne f et à la Bourgogne une partie de ses capitaines. La présence de ceux-ci ne pouvait manquer de raviver encore le feu de à la guerre. Ce fut pour Châlons un motif pressant de faire un nou- fs

1 Ibid., lettre 367€, p. 153. Le château ne se rendit que le 16. Cela n’empêcha pas le Parlement de Châlons de condamner Pinart à la mort et 41 à la confiscation de ses biens. Mais, grâce au roi, cette sentence fut con- fi vertie en une amende de 30,000 écus d’or.

2? La Réforme et la Ligue, t. II, p. 362.

3 Cette hôtellerie était au fond de l'impasse de la Cloche. ji 4 La Réforme et la Ligue, ibid., p. 363. Le Lt 5 Concl. du Conseil de ville. je ea 6 Ainsi, du reste, qu’il le faisait espérer aux Châlonnais dans ses lettres 4 ï

du 22 février, 2 et 20 mars 1591, écrites devant Chartres (La Réforme et la Ligue, t. 1, p. 268, 269).

veau règlement pour sa défense, d’assurer la garde et les rondes de nuit (16 avril), et de décider qu’on réparera les fortifications (18).

On vit bientôt, en effet, d'un côté M. de Praslain s'emparer par surprise de Bar-sur-Seine (30 avril) et le livrer au pillage; de l’autre, apparaître Guyonvelle sous le titre de lieutenant de l’armée de Joinville. Guyonvelle était appelé par les Troyens, dont un parti venait d’être battu sous les murs de Saënt-Mard-en-Otre, qu'il assiégeait. Après avoir inutilement sommé Bar-sur-Seine de se rendre, il replace, du 22 au 30 mai, sous l'autorité des Guise Gyé, qui devait être démantelé, Neuville, Courteron, Essoyes, Courban, La Ferté-sur-Aube, occupe, du 2 au 9 juin, la ville de Bar-sur-Aube, où il laisse son artillerie, et rentre victorieux à Troyes.

Le maréchal d’Aumont, gouverneur de la Bourgogne, vint, peu après, il est vrai (22 août), s'emparer du château-fort de la Villeneuve-au-Chène, qu’il rasa de fond en comble, après avoir cruellement châtié la garnison de la résistance qu’elle lui avait opposée ! ; il reprit ensuite Gyé sans coup férir, et contraignit Ervy à la soumission, tandis que le neveu de l'évêque de Langres surprenait Mussy pour Henri [V.

Mais, dans ce temps-là même, le duc de Lorraine, s'étant porté avec Guyonvelle sur la ville de Langres, où, depuis le mois de juillet s'était enfermé Dinteville, était venu, le lundi 19 août, séjourner à Luzy (Lecey), en attendant le moment de l'attaque. Le capitaine Brichanteau, pétardier français, devait, « épaulé... de 200 cuirasses « et de 3,000 hommes de pied », planter le pétard à la porte du marché ; mais l’arrivée soudaine d’un des gardiens de la ville fit échouer l’entreprise ; car ceux qui devaient en assurer le succès, se voyant ou se croyant découverts, s’enfuirent en désordre, laissant le pétard à la porte, et couvrant les chemins d’arquebuses et de corselets (20 août)?. Le duc de Lorraine déconcerté dut battre en retraite : il vint loger à Rolampont avec son armée, et gagna

! Elle s’était surtout permis de le narguer en disant:

« Le maréchaux vient ferrer nos chevaux. »

2? Les Langrois célébrèrent le lendemain leur délivrance par une procession solennelle, et en perpétuèrent le souvenir par une semblable solennité qui avait lieu chaque année le 20 août, et pendant laquelle on exposait le fameux pétard à l’une des fenêtres de l’hôtel de ville.

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